‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 181 sur 217 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

et sans témoigner nul remords, ni de son régicide, ni d’aucune témérité de sa vie, il appela près de lui M. Sterry, de ses chapelains le plus savant. ** Présumez-vous, dit-il, Sterr}’, vousqui êtes un théologien, qu’il soit possible de décheoir de l’état de grâce? — Cela n’est pas possible, répondit Sterry. — C’est aussi ce que je crois, et c’est pourquoi je suis tranquille ; car j’ai la certitude d’avoir été une fois en état de grâce. " Alors, ne jugeant pas nécessaire de prier pour lui, c’est pour le peuple qu’il pria. « Seigneur, dit-il, de quelque manière que tu disposes de moi, et quelle que soit ma place dans tes tabernacles, veille sur les hommes de cette nation que tu m’as ordonné de gouverner, et, qu’ils soient mes amis ou mes ennemis, combleles tous de ton esprit. ** Ainsi, s’écrie Ludlo\v étonné {Mèm.y t. II, p. 400), ses dernières paroles furent plutôt celles d’un médiateur que d’un pécheur. »?

Le 3 septembre 1058, anniversaire des batailles de Dunbar et de Worcester, le 3 septembre, son grand jour, il fut comme' foudro}'é. Il entreprit avec la mort une lutte sourde entrecou-pée d’éclairs d'espérance. Il chercha le Seigneur pour la dernière fois, et il expira dans l’ardeur de son désir, vers les deux, heures de l’après-midi, au milieu des sanglots de sa famille, de ses amis et de ses serviteurs. Sa femme et ses filles criaient ; Richard, FleeUvood, Falconbridge et Claypole pleuraient. Lesofficiers et les soldats se laraentaientâTenvi. ** Séchez, séchez vos« larmes, s’écria Sterry, votre protecteur ici-bas le sera en haut désormais, maintenant qu’il est avec le Christ à la droite du. Père ! »? L’enthousiasme et rattendrissement gagnent jusqu’à Thurloe, un vieux politique, un rusé jurisconsulte, un sophiste delà tyrannie tout blasé de combinaisons et tout glacé de calculs.

** On ne peut, écrivait-il à Henri Cromwell, on ne peut exprimer l’affliction de l’armée et du peuple. Le nom de votre père est déjà consacré. Jamais monarque n’a été l’objet d’autant debénédictions. Il est monté au ciel embaumé dans les pleurs del’Angleterre et porté sur les ailes de la prière des saints. »»

"Whitelocke raconte que beaucoup tinrent Cromwell pour empoisonné. Rien n'était plus faux, mais la multitude ne se résigne pas à la mort naturelle des hommes extraordinaires.

38^^ HISTOIRE d’olivier CROMWELL

LMhiàj^nation des masses fat encore allumée par la tempête de feu' qui éclata la nuit du 2 au 3 septembre et qui sembla un présagé. Cette tempête brisa le toit des maisons, déracina les arbres Centenaires, souleva les flots de l’océan et entraîna les falaises dans l’abîme des eaux. Les partisans de Cromw ell virent dans 'cette prophétie de la nature un hommage des éléments envers le plus grand des capitaines, des chefs d'Etat et des théologiens, tandis que les cavaliers déclaraient que tous les princes' de Tenfer et de l’air s’étaient'réunis pour surprendre l’Ame d'il protecteur et la porter en triomphe à Satan. Tous ces bruits, tous ces contes, toutes ces légendes, toutes ces passions d’amour' et de haine n’étaient, au fond, que de la gloire.

■. Là gloire, qui avait élevé Cromw'ell aussi haut que le trône, le célébra jusque dans les obscurités du sépulcre.

Il était né gentilhomme. Il se fit fermier et administra bien sa fortune privée. Il aima sa femme et ses enfants, qui le consolaient dans ses tristesses et dans ses gouffres de mysticisme. L’action l’arracha tout palpitant aux rêveries fatales où son génie sombre le plongeait et où sa raison aurait peut-être succombé. Le calvinisme avait besoin de lui pour se transformer, et le calvinisme élut en lui son capitaine et son législateur. Cromwell contint toute la réforme, et ce monde ?narchique, il le éésuma et lui communiqua l’équilibre. Luther, Calvin et Knox sont comme fondus dans ce vaillant d’Israël, dans ce puritain dictatorial si affectueux aux siens et quelquefois si clément à ses ennemis. Il est à lui seul la tète, le cœur et le bras de la réforme. Par lui, elle combat, gouverne et s'affermit; par elle, il devient un grand théologien, un grand général, un grand homme d’Etat.

' Le plus éloquent des historiens de Cromwell, c’est Cromw'ell lui-même. Ses lettres et ses discours le peignent au vif. Il est son biographe orateur et l’annaliste, soit de la réforme, soit de la révolution d’Angleterre. Il est 'de plus l’arbitre et le prophète des sectes. Que lui manque-t-il? peu de chose. Il a plus de force que de charme, mais sa force est d’un Titan.

Olivier Cromw'ell mourut plus respecté qu’un roi; il mourut lord protecteur, honoré, admiré du peuple anglais de l’Europe

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