‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 182 sur 217 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

et du monde. Le trait qui le distingue profondément. c’est.Ja piété. Il est le plus pieux des despotes, comme Coligny et tave- Adolphe sont les plus pieux dos héros. Malgré «ses trames, et ses artifices, et son crime, le régicide Cromw'pll a toujours vécu en la présence de Dieu. Dieu est sans cesse. a,u fond de son âme, au commencement, au milieu, à la fiq. Quoique beaucoup trop d’alliage fût mêlé k son or, il portait sur sa conscience l’effigie du Seigneur. Moitié lion et moitié ser»pent, Cromwell n’était pas complètement de mauvaise foi, même dans les pièges qu’il dressait. . .

Cet homme de la Bible, mystérieux à lui-même, était trèsmultiple; il était hypocrite, ambitieux, et avec cela religieux jusqu’à l’extase. Je le répète pour le mieux graver, il agitait dans une confusion formidable les intérêts de Dieu et les siens, qu’il regardait comme identiques. Par là, il abusait les autres et il s’abusait lui-même. Son désir secret lui paraissait souvent une inspiration divine. Son esprit avait des illuminations qui lui donnaient de merveilleuses surprises. Puisque les événements qui s’accomplissaient et qu’il accomplissait tenaient du surnaturel, ses pensées devaient être miraculeuses. Il était donc l’instrument du Seigneur. Il se trompait, mais il ne pouvait se tromper qu’à demi dans cette voie où tous les oracles qu’il rendait préparaient sa grandeur personnelle, toujours inséparable de la grandeur de son île et de la grandeur de Dieu. Lorsqu’il avait douté de lui-même, de sa moralité, de sa sainteté, il se rassurait vite. N’était-il pas indispensable à l’Angleterre dont il avait deviné les destinées futures et au Seigneur dont il propageait la loi dans tout l’univers? Par le mouvement qu’il imprima à la marine, Cromwell acheva Elisabeth, et il fut un précurseur prodigieux en réalisant les deux tendances incommensurables de sa patrie. Il l’institua la reine de la ligue protestante des contrées septentrionales, et il lui facilita la prise de tant Je Gibraltars à l’aide desquels se développèrent ses colonies dont le réseau s’étendit jusqu’à l’Amérique, jusqu’à rinde. De la sorte, Cromwell fonda l’influence morale et la richesse matérielle de son pays; et du petit peuple anglais, il fit l’une des plus grandes nations de l’histoire. Voilà, je crois,

'le rôle de Cromwell, et voilà Cromwell. Il consomma le schisme irréconciliable de l’Angleterre et de la papauté, non pas qu’il faille le juger dans des proportions quelconques avec .Henri VIII. Ses affinités sont ailleurs. Il est dans l’ordre de la , politique, de la guerre et du gouvernement ce que Luther,

• Calvin et Knox ont été dans l'onlre de la pensée, de la parole,

• de l’éloquence et de la théologie. Il est le colossal homme d’action de ces puissants initiateurs.

Si l’on ajoute à cela que Cromwell sema comme un germe de vie la liberté religieuse toujours croissante, une liberté qui dépassa le protestantisme et atteignit jusqu’à la philosophie, on comprend toute l’œuvre du lord protecteur. Œuvre d’homme et de grand homme! Kt cependant il n'aura pas l’admiration •entière des càines tendres, le régicide, ni des âmes hères, le

• despote; mais il défie la postérité de le méconnaître dans son abbaye de Westminster, où il va être déposé, où il tiendra plus de place que toutes les dynasties de l’Angleterre, et où, supé- •rieur aux princes, il n’aura d’égaux que Milton, Shakespeare * •et Newton!

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