LIVRE DOUZIÈME
.lîîgcment sur Cromwell. — Proclamation de son fils Richard comme lord protecteur (4 septembre 1658). — Convocation du parlement (29 janvier l(i59). — Jlivision de l’armée. — Dissolution du parlement (22 avril 1659). — Restauration du long parlement (6 mai). — Coup d’Éitat de l’armée contre le piirlcment. — Anarchie militaire. — Reconstitution du parlement (26 juillet). — Monk sontient le parlement. — Son retour h I-ondres (3 février 1660). — Banquet de la Cité à Monk. — Monk nommé généralissime (2 avril). — Rappel de Charles II par le nouveau parlement. — Son débarquement à Douvres (26 mai). — Vengeances de Charles II. — Mort de Harrison, de Vane, de Ilutchinson (1662). — Milton. — Sa mort (novembre 1674). — Mort de lord Russell et d’Algernon Sidney (1683). — Charles II vend Dunkerque à la }• rance. — Les exilés. — Ludlow. — Tentatives d’assassinat. — i.islc assassiné à Lausanne. — Clarendon pro-crit. — Maîtresses de Cliarles II. — Sa mort (6 février 1685). — Jacques II. — Persécutions. — Débarquement du prince d’Orauge (5 novembre 1688). — Mort do Ludlow (1693). Convocation du parlement. — Guillaume III.
J’ai fait ma tâche, j’ai raconté Cromwell. Mais de même que j’ai éclairé par les origines la révolution qu’il représente dans son ensemble , de môme je dois indiquer les traces de cet homme prodigieux sur toute la ligne de cette révolution jusqu’à Guillaume III. Le génie de Cromwell survécut à Cromwell, identifié qu’était ce génie au génie anglais.
La plus grande prépondérance de Cromwell fut religieuse, et c’est là son auréole. Le gentilhomme fermier, qui avait remué tant de choses égoïstes, mit la main à une chose bien généreuse : la tolérance mutuelle des cultes. La bataille de Naseby où il vainquit Charles la bataille de Worcester où il triompha de Charles II ne sont rien auprès des combats qu’il combattit pour affranchir la conscience. Lorsqu'il sortit de son brouillard, le papisme, l’épiscopat et le presbytérianisme se
HISTOIRE D’OLmER CROMWELL
disputaient la prééminence, afin de persécuter. Cromwell observa le déchaînement de l’opinion contre le papisme, et s’il le réprima toujours, ce ne fut que politiquement et avec l’ampleur de son vaste principe qui n’excluait personne du droit de se choisir son Dieu, ni même les catholiques, ni même les juifs. Politiquement encore , Cromwell désorganisa les presbytériens, ces calvinistes de Knox, qui avaient abattu les épiscopaux. Il fut alors l’initiateur des indépendants, qui professaient toutes les sectes. En se déclarant l’apôtre des indépendants, il se posa comme l’apôtre de la liberté des âmes.
Une religion aurait tout opprimé, deux, trois religions se seraient dévorées entre elles ; — cent, deux cents religions et plus, autant de religions qu’il y a de peuples, d’associations ou môme d’individus, ne pouvaient vivre ensemble qu’à une condition : la tolérance réciproque. C’est la grande originalité de Cromwell d’avoir deviné cela, c’est sa gloire durable d’avoir fondé la liberté de la conscience sans préjugé et sans restriction ultérieure; si bien, que le mouvement de liberté protestante sous Guillaume III et les mouvements de liberté philosophique au dix-neuvième siècle se rattachent très-logiquement au lord protecteur.' Au-dessus de toutes ses autres fortunes que j’ai décrites, il eut cette singulière fortune, cette haute mission, ce bonheur inouï d’être le libérateur de l’esprit humain. Oui, l’esprit humain gémissait enchaîné comme un Prométhée moderne, et c’est Cromwell qui a le plus travaillé à le délivrer. Que chacun avoue librement son Dieu , voilà le principe de Cromwell et voilà sa plus belle page, la page dont toutes les lignes sont immortelles, la page qu’on a trop négligé de déchiflrer et que je voudrais avoir gravée en lettres d’airain.
Le 4 septembre 1658, le lendemain de la mort du lord protecteur, par un élan involontaire de tradition monarchique, le fils aîné du grand homme qui n’était plus, Richard Cromwell, fut proclamé à son tour lord protecteur de la république d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande. Le conseil d’État s’aida pour cette hardiesse d’une habitude invétérée, de l’autorité encore persistante de Cromwell, du concours des magistrats de la cité,