LIVRE DOUZIÈME
n’empêchera pas le peuple anglais , après des vicissitudes nouvelles, de se ressaisir lui-même. Il s’est donné aux presbytériens, aux indépendants et à Cromwell, il va peut-être se donner à Charles II ; mais il secouera tous ses tyrans successifs, et il ne sera fidèle qu’au droit. Or, le droit, c’est le parlement indélébile, imprescriptible. Le parlement, voilà donc le gouvernement futur de l’Angleterre. De cette île battue des tempêtes, le type, le chef-d’œuvre de la liberté organisée, en d’autres termes le gouvernement parlementaire envahira peu à peu le monde. Ce gouvernement, monarchie ou république, vivra malgré les fraudes, les usurpations, les travestissements; il vivra, car il mérite de vivre par sa sainteté, lui qui relève la tribune, qui sauvegarde la presse, lui qui couvre du bouclier de la loi l’homme et la famille, le citoyen et la cité, la pensée, la sûreté et la propriété de tous. Avant d’avoir la réalité d’un si noble gouvernement, l’Angleterre, et c’est sa vraie gloire, en eut toujours dans r<àme l’idéal. Voilà pourquoi, plus tard,elle vaincra.
En attendant, la dictature prise par les officiers de Wallimrfort-house réveilla Monk. Olivier Cromwell l’avait fait à
peu près vice-roi d’Ecosse. Monk, le plus avisé dès généraux anglais, n’aurait jamais trahi Cromwell qu’il redoutait; mais Cromwell couché à Westminster, au lieu d’être debout à White-Iîall, Monk ne craignait plus personne. Il écrivit à Lenthall et s’engagea, par des promesses ambiguës, à soutenir le long parlement. Le général Lambert fut envoyé contre Monk, dont le génie était de temporiser. Il usait par là les obstacles, et il acheminait son dessein. Tandis qu’il négociait à Edimbourg, à Londres les soldats qui n’avaient pas embrassé les ambitions de leurs chefs pénétrèrent dans la maison de Lenthall et réclamèrent le long parlement. Desborough se sauva à l’armée de Lambert. Fleetwood, à genoux devant Lenthall, remit au représentant du parlement son brevet de commandant en chef. Le 20 juillet 1659, le long parlement était reconstitué à Westminster. Lambert fut destitué, et l’ordre fut expédié de l’arrêter. Les affaires de Monk allaient bien. N’ayant plus Lambert à combattre, il prépara lentement ses trappes. Enfin
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
il joignit à York lord Fairfax, s’entendit avec lui pendant cinq jours et continua sa route vers Londres. Il y arriva \e 3 février 1660. Il fut logé à White-Hall par ordre du parlement. Il n’y avait plus dans le palais un seul Cromwell. Cette famille, soulevée par son héros militaire et politique au faite de la grandeur, — ce héros disparu, avait glissé tout à coup dans l’obscurité.
Monk et le long parlement une fois en présence s’observèrent avec une attention anxieuse. Ils se méfiaient l’un de l’autre. Le parlement, très-impopulaire dans Londres, se servit de cette circonstance pour compromettre Monk. Il lui ordonna de briser les portes de la cité hostile (9 février). Les apprentis, les marchands et les presbytériens huèrent et sifflèrent. Après avoir obéi si malencontreusement, Monk sentit sa faute, et, changeant de tacti(iue, il provoqua une assemblée de ces bourgeois qu’il avait offensés à regret. Il leur exprima son dévouement, leur dit d’un accent très-ferme qu’il était prêt à leur être utile, et que ce serait quand ils voudraient. Les acclamations succédèrent aux outrages. La cité invita Monk à Guildhall. Il y eut un banquet splendide (10 février). Des feux sillonnèrent les rues, et on y brûla des croupions de toutes sortes d'animaux. Insulte grotesque, sauvage, mais énergique dans son ignobilité contre le parlement! Monk adopta les membres presbytériens exclus de la chambre en 1647 et en 1648. Ces membres, parmi lesquels on remarquait Denzil Hollis, rentrèrent sous les auspices de Monk au parlement, qu’ils modifièrent à leur image.
Ce fut un grand coup que cette réparation tardive. Le parlement ainsi recomposé choisit un conseil d’État royaliste, nomma Monk généralissime des armées dans les trois nations, détermina sa propre dissolution au 15 mars et fixa au 25 avril l’inauguration d’un nouveau parlement.
Au terme indiqué, ce parlement était à son poste. Il allait être l’instrument de la restauration des Stuarts. 11 reçut du roi la déclaration de Breda, qui annonçait l’amnistie pour tous les coupables, la liberté de conscience, la sanction des propriétés révolutionnaires et le payement des arrérages de l’ar-