‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 187 sur 217 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

mée. Le parlement répondit à Charles II que le gouvernement de la Grande-Bretagne, restitué selon la constitution ancienne, aurait désormais un roi, des lords et des communes. La chaml)re engageait donc le prince à se hâter de prendre possession du trône de ses pères. Charles II quitta Breda pour la Haye, d’où il s’embarqua sur la flotte de l’amiral Montague. Le 25 mai 1600, il posait le pied sur la chaussée du port de Douvres. Monk, à la tête de toute la noblesse d’Angleterre, reçut Charles II sous les arcs de triomphe de ce beau rivage. Le peuple ignorant, les bourgeois imbéciles, sans souvenir et sans prévoyance, étaient ivres de joie à l’aspect d’un général apostat livrant trois royaumes fatigués de troubles à un Stuart libertin, effronté, perdu d’honneur, dont l’héritier, un autre Stuart, un papiste aveugle, attendait son heure. Son heure sonnera, en effet, puis une heure plus glorieuse, l’heure de Guillaume III.

C’en était fait à jamais du lonÿ parlement. Il avait été précédé du co%crt parlement, convoqué pour le 3 avril 1640 et dissous le 5 mai suivant. Par contraste avec ce parlement éphémère, le parlement inauguré le 3 novembre 1640 et brisé définitivement le 21 février 1660 fut appelé le long parlement.

Ce parlement, diffamé par la restauration qui le remplaça, avait été très-grand, et l’Angleterre lui doit sa liberté.

Chassé par Olivier Cromwell, le 20 avril 1653, le long parlement fut réinstallé sous le protectorat de Richard Cromwell, le 7 mai 1659. Flétri du sobriquet de Rimp : croupion, il fut étouffé dans des embrassements de Judas, dans les étreintes de Monk, dont nous n’avons pas assez creusé les pièges.

Monk est un personnage de haute comédie. Sans scrupule religieux d’aucun genre, sans préférence politique d’aucune sorte, désabusé de tout, il dirigea comme une évolution militaire la restauration de 1660, qu’il avait préparée et qu’il acheva.

Il avait des amis indépendants et il en avait d’anglicans. Ses deux chapelains étaient d’opinions diverses. Price était épiscopal et cavalier, Gumble était presbytérien, et ils répondaient de leur maître à chacun de leur parti. Monk souriait à tout le

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

monde, parlait peu, ne jetait pas même une espérance; furtif, impénétrable toujours. Sa taciturnité était un mystère perpétuel, et comme il ne s’était jamais trahi par une indiscrétion, ses changements à vue étaient d’autant plus attachants et surprenants. Il tenait beaucoup à avoir Fairfax pour confédéré, et il l'eut. Le vainqueur de Naseby, le vieux capitaine qui avait tant contribué, sans le savoir et sans le vouloir, à précipiter Clu:rles I®*’, aida Monk, peut-être par un secret repentir, à restaurer Charles II. Un fait curieux, c’est que le cheval du nouveau roi è son couronnement, c’est Fairfax qui le lui donna. Monk tenait aussi beaucoup à gagner le clergé écossais, et il le conquit par le presbytérianisme.

« Il était grand temps, dit Price, l’un des chapelains do Monk, que le général cherchât à se pourvoir d’une religion pour lui-même. Sa femme lui en trouva une. ** M. Monk, dit- « elle, est presbytérien, et mon fils Kit est pour le long parle- - ment. »» Monk, avec les autres hommes, gardait le silence et mâchait des feuilles de tabac, écoutant ceux qui parlaient et qu'il faisait parler au besoin. Il se servit surtout des presbytériens, les anciens patriotes devenus contre-révolutionnaires par haine des indépendants pour acheminer la restauration. Il importait qu’on le crût presbytérien. « Or le général, continue Price, depuis le commencement de son entreprise et même auparavant, s’était donné pour presbytérien, et sa marraine; que j’ai connue, y avait fait ce qu’elle pouvait. »»

Quand une grande tâche est finie, l’attendrissement gagne parfois les plus corrompus. Après la restauration, Monk demeurait au Cockpit. Son chapelain Price alla l’y féliciter. Il tomba i\ deux genoux, baisa la main du général, qui le releva et qui se mit à fondre en larmes, disant : « Non, monsieur Price, ce n’est pas moi qui ai accompli cela. J’ai été un instrument de Dieu ; c’est lui qui a tout fait. »» Il ne faudrait pas trop se fier cependant à cet éclair de sensibilité. Le coquin, même en robe de chambre, exagérait son rôle providentiel. Le diable était pour plus que Dieu dans la conduite de Monk.

Cromwell avait agi contre le long parlement en usurpateur et en tyran. Il provoqua la colère et l’indignation. Monk, lui.

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