LIVRE DorZlÈMK
gique de la belle reine Marie, — Jacques 1”“ fut un presbytérien modéré ; — Charles l®*’, un anglican sincère ; — Charles II, comme roi un protestant, comme Stuart un papiste, comme homme un déiste railleur; — Jacques II fut un catholique et même un jésuite laïque. Tous les quatre étaient infatués du droit divin, et c’est ce qui les inclina plus ou moins vers Rome.
Cette double tendance explique leur destinée. Car le peuple anglais avait les tendances contraires, et l’abîme se creusa de plus en plus entre la nation et la dynastie.
Ces quatre monarques blessèrent l’Angleterre dans ses intérêts et dans ses opinions; ils la blessèrent surtout dans sa fierté. Elle rougit d’eux, et ce fut leur plus grand malheur.
Charles II, qui aurait pu tout réparer, compromit tout par sa bassesse, avant que Jacques II perdît tout par son fanatisme. Toujoiirs avide d’argent, Charles se laissa pensionner par la France. Ce roi épicurien n’avait pas même le sentiment de l’honneur. Ce que l’Angleterre lui pardonna le moins peut-être, ce fut la honte que ce prince ne cessa de lui infliger. L’Angleterre était humiliée de son roi. Elle n’oublia jamais la vente de Dunkerque et de Mardik. Ces deux villes, dont les Anglais s’étaient emparés avec du sang et de la gloire, furent cédées ignominieusement à la Franco pour de l’or. Ce marché fut l’une des causes nombreuses de la chute des Stuarts.
Pendant que les horreurs légales et illégales sévissaient à l’intérieur, un grand nombre de proscrits s’étaient réfugiés à l’étranger.
Edmond Ludlow les représente assez bien dans l’exil. Après Cromwell, qu’il avait bravé, et les événements qui suivirent la mort du protecteur, Ludlow ne s’était pas pressé de fuir. Seulement, quand il se fut rendu compte de sa situation et de celle de ses amis lors de l’entrée triomphale de Charles II dans Londres (29 mai I6C0), il se décida sans balancer émettre la mer entre ses ennemis et lui.
Beaucoup de cavaliers lui portaient un vif intérêt. Ludlow avait été brave parmi les plus braves. Il avait été intègre, désin téressé, austère, magnanime, humain dans la paix et dans la
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
guerre. On ne pouvait lui reprocher que la condamnation capitale de Charles et cette condamnation même, ilTavait crue juste et nécessaire. Il était toujours prêt à Tavouer sans hésitation, sans forfanterie et sans faiblesse. « Je ne vois point de motif, disait-il, pour parler de cette affaire, à moins d’y être contraint; mais alors, m’en dût-il coûter la vie, il m’est impossible de biaiser. »
Cet homme-là était un caractère. Né et élevé dans l’aristocratie, il avait toujours été un stoïcien de la noblesse et un chevalier de la république. Il joignait à l’inflexibilité des principes la courtoisie des manières. Il avait une grande loyauté, un grand courage et une grande âme. Malgré la tache de sang de Charles I®" qui offusquait en lui, telle était sa vertu, qu’il inspirait d’irrésistibles sollicitudes. Les royalistes les plus ardents l’avertirent du péril où le plaçait la haine de Charles II contre tous les juges de son père. « Gardez-vous, lui avaR fait dire le secrétaire d’État, sir William Morrice ; car la prison, c’est le billot. »» Le fils aîné du meilleur ami de Charles II, du marquis d’Ormond, lord Osser.y, qui avait connu et admiré Ludlow en Irlande, lui donna le même conseil. Ludlow ne fut pas sourd à ces avertissements. Il partit pour le comté de Sussex, loua son passage sur un navire marchand et attendit tranquillement dans le bâtiment à l’ancre, près de l’embouchure de rOuse.
Au moment d’appareiller, le patron du navire dit inopinément au proscrit : « Le lieutenant général Ludlow n’est-il pas en prison avec les autres juges du roi? — Je n’ai rien entendu de cela, » repartit avec sang-froid Ludlow que le moindre trouble pouvait trahir.
Débarqué à Dieppe, il gagna la Suisse par la Normandie, l’Ile-de-France, le Maçonnais et le Lyonnais. Il s’établit successivement à Genève, puis à Lausanne. 11 s’installa dès 1662 à Vevey.
« Je suis entré dans la maison morne de Ludlow, ai-je dit quelque part. Le régicide passa trente ans au milieu des plus beaux sites sans les regarder. Il vécut là indifférent à la nature, qui l’aurait adouci, tout entier à la politique , ce formidable