‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 20 sur 217 · LIVRE DET’XIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DET’XIÈME

sa jeune femme, que des estampes authentiques montrent encore la tête penchée, avec un cou de c}'gne, une perle à chaque oreille, une lueur aux yeux, un sourire aux lèvres, une candeur adorable dans toute la physionomie. Wentworth aimait cette femme, mais il aimait aussi les libertés de l’Angleterre. Nul ne' les défendit d’abord mieux que lui. Il contesta toutes les prétentions iniques de la couronne avec un éclat incomparable. Impôt de tonnage et de pondage sur l’importation et l’exportation ; impôt de money pour la construction d’un certain nombre de navires; impôt déguisé sous le nom d’emprunts obligatoires; impôts de toute espèce inventés pour les desseins et les prodigalités de la cour, Wentworth rejetait tout, à moins que le parlement n’eùt tout consacré par son intervention. Il poursuivit Buckingham comme une proie (1520), et il préféra la prison avec Elliot et Ilampdeii à l’humiliation de contribuer au prêt forcé. Nul plus que lui ne. marqua d’une empreinte virile la pétition des droits, et ne contraignit davantage (1528'; l’assentiment de Charles à cette seconde grande charte.

Wentworth était alors le plus illustre chef de l’opposition. Malheureusement la conscience ne fut pas assez riche pour le payer. Il lui fallait des récompenses vulgaires. Il écouta la voix secrète de Buckingham, aussi persuasive que celle du serpent. Il dt volte-face, et, sous les auspices de Richard Weston, il se dévoua tout entier à la cour. Ses rares partisans affirment qu’il voulut sauver la prérogative royale trop affaiblie. J'incline à croire qu’il y eut quelque sophisme de délicatesse dans la détermination de Wentworth. Il excellait à justifier ses moins nobles passions par de spécieuses théories. Certes l’indulgence est un devoir et un plaisir, pourvu qu'on ne la pousse pas jusqu’à la trahison de la vérité. Jusqu’à de nouvelles preuves, je persisterai donc à penser que dans l’apostasie de Wentworth il y eut plus d’ambition que de vertu. Je me défie d’une vertu qui stipule si bien ses récompenses. La progression est rapide. Sir Thomas Wentworth, à peine reconcilié (1628), est nommé successivement baron, puis vicomte de Wentwoftlt, puis lord président du Nord.

Dans cette nouvelle situation, Wentworth s’occupa très-peu des affaires extérieures. Le beau-frère de Charles P*", le malheureux électeur palatin Frédéric V, ne fut pas même rétabli par Gustave- Adolphe, et mourut à Mayence quinze jours après Lutzen^G novembre 1632), où succomba le héros suédois. Richelieu, d’une autre part, s’était emparé de la Rochelle, le dernier boulevard des protestants. Ni la maison de Bourbon, ni la maison de Habsbourg n’offraient de prise sérieuse à la maison de Stuart, qui allait être assez absorbée chez elle dans ses îles de tempêtes. Le vicomte de Wentworth porta son effort où étaient les difficultés, — à l’intérieur. Il se retourna contre l'opposition qu’il avait servie. Il dit et il fit le contraire de ce qu’il avait dit et fait. Il laboiira la politique à contre-sens de sa tradition. Il avait réprouvé le despotisme, et il le propagea. Il avait subi volontairement la prison plutôt que d’adhérer à une taxe illégale, et les imitateurs de son héroïsme, il les emprisonne. La Tour de Londres et les cachots de l’Angleterre se ferment sur les personnages les plus honorables. Wentvvorth déchire d’une main sacrilège la pétition des droits, dont il avait été le généreux promoteur. Sur la proposition du garde des sceaux Finch, la majorité des juges de Westminster-Hall reconnut au roi la faculté de fixer seul la taxe pour l’entretien de la flotte; cette majorité corrompue ou effrayée reconnut aussi au roi une seconde faculté, celle d’incarcérer tous les réfractaires à cet impôt monstrueux appelé ship money. C’était rayer d’un trait de plume les parlements et la nation.

Le vicomte de Wentworth, qui était lord député d’Irlande, célébra ce crime de la prérogative royale par des paroles qui méritent d’être conservées. « Depuis ([ue le roi, dit-il, peut imposer légalement une taxe pour l’équipement de la marine, il peut le faire pour la levée d’une armée; et la même raison qui l'autorise à réunir une armée pour résister l’autorisera ù conduire cette armée en pays étranger pour prévenir une invasion. De plus, ce qui est loi en Angleterre l’étant aussi en Ecosse et en Irlande, cette décision des juges rendra désormais le roi aussi absolu au dedans que formidable au dehors. Qu’il s’abstienne de la guerre quelques années, qu’il liabitue ses sujets au

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