LIVRE DEUXIÈME
payement de cette taxe, — à la fin il se trouvera plus puissant et plus respecté qu’aucun de ses prédécesseurs. »» (Mémoires de Straford.)
Voilà le secret de Wenhvorth. Ce n’est plus un tribun, c’est un visir. Il supprime les parlements, il diminue les peuples, il grandit le roi. Charles est au comble de la joie. Buckingham semble ressuscité avec les vices de moins et le génie de plus. Il se nomme Wentworth. Le roi est conseillé selon son cœur et son esprit. Laud était le ministre théologien : il rapprochait de Rome l’anglicanisme par les cérémonies et la hiérarchie épiscopale. Wentworth était le ministre politique : il poussait à la tyrannie par l’usurpation de l’armée, de l’impôt et môme de la propriété. Il était ami de Laud, et leur correspondance témoigne de leur accord. Ils voulaient l’un et l’autre gouverner à outrance, et leur devise mutuelle était : Thorough and tho- Toug, M Tout au travers et de part en part »*. Ils se montrent en toute occasion ennemis des demi-mesures et partisans d’une pénalité draconienne. Ils sont uns et Charles est un avec eux. Il était un avec eux par conviction et par orgueil ; avec la reine, il était un par passion. Au fond, il n’aimait qu’elle; elle lui était tout. Le meurtre de Buckingham le riva entièrement à cette princesse, l’exclusif Charles Stuart. Henriette lui était une femme, une reine, une maîtresse, un favori, un suprême ministre. Il s’humiliait de ses soumissions. Se subordonner à elle, s’éteindre, s’effacer en elle était son bonheur. Il mettait sa gloire à s'humilier devant cette idole capricieuse et charmante. Peu lui importait l’opinion. Son amour lui ôtait tout amour-propre. Sa personnalité paraissait abolie. Il était fier de ce prosternement ; Henriette en était contente. Le nonce, qui résidait auprès de la reine, profitait de tout.
La reine était catholique et féodale. Elle souriait à l’arminianisme de Laud, qu’elle considérait comme un acheminement au papisme. Elle tressaillait aux vastes desseins de Wentworth, qui rétablissait la royauté dans la plénitude de la toute-puissance. Il ne s’y épargnait pas, en effet. L’Irlande le gênait moins encore que l’Angleterre. Il y arriva, en 1633, lord lieutenant, tandis que le siège de Cantorbery était déféré
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
à son ami Laud. Wentworth s’entoura d’abord de toutes les pompes de la royauté qu’il représentait. Il savait ce qu’il faisait. « Les Irlandais, disait-il, doivent tout ce qu’ils possèdent à l’indulgence du vainqueur. Les concessions anciennes peuvent être retirées ou modifiées. L’Irlande est pays conquis. »» Aussi "Wentworth n’est pas un magistrat, mais un proconsul. Il adjuge la quatrième partie des terres à la couronne; il prononce des amendes arbitraires ; il viole la parole royale. Et pendant qu’il avait le bras, un bras impitoyable, dans l’oppression de l’Irlande, il avait l’esprit de direction dans l’oppression de l’Angleterre.
Ni les fureurs, ni les héroïsmes ne manquèrent contre la tyrannie. L’avocat Pryimc fut condamné par la chambre étoilée pour un pamphlet intitulé : Histriomastix. C’était une instruction semée d’injures. Prynne y stigmatisait le théâtre, les acteurs, les mascarades; il y faisait des allusions au roi, à la reine, à toute la noblesse qui donnaient l’exemple du paganisme. La danse était maudite par le puritain, la danse dont chaque pas était un pas vers l’enfer. La chasse, les fêtes populaires, les chansons pour la plantation des arbres de mai, les repas de Noël n’étaient pas épargnés non plus. Le cachot où Prynne avait été jeté (1G32), loin de le refroidir, l’échauffa, l’exalta. Il accmsa du fond de cette geôle humide, les évêques, il leur reprocha de substituer à la doctrine primitive l’arminianisme, ce vestibule du paganisme et de la corruption romaine. Il embaucha contre les prélats impies le médecin Bastwick et le théologien Burton. A eux trois, ils dénoncèrent les exactions du gouvernement, les simonies du haut clergé. Les évêques étaient tous des lords de Satan, des soldats de l’Antéchrist, des profanateurs d’âmes. Traduits par ordre de Laud devant la chambre étoilée, les trois puritains, après des défenses violentes, furent frappés d’une sentence cruelle. L’amende fut pour chacun de cinq mille livres. La prison devait être perpétuelle et solitaire. Ils subirent de plus (30 juin 1037) deux heures de pilori et l’amputation des oreilles. Ces oreilles sanglantes tombées sur l’échafaud, les intrépides libellistes les ramassèrent et les montrèrent à la foule. L’émotion