‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 200 sur 217 · LIVRE D0UZI1>AIE · texte numérisé non relu

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santé mademoiselle de Kerkouent, que Charles II aima dès Tentrevue de Douvres. Elle ne cessa pas d’être, auprès du roi d’Angleterre et dans son alcdve, l’ambassadrice énigmatique de la politique française. Ce fut une Astarté de chancellerie. Elle permettait au roi, pourvu qu’il fût bien obéissant, une maîtresse de théâtre, une actrice, — la Gwyn, qui avait un talent de charge admirable et qui amusait le prince blasé.

Après son abandon par le roi, la duchesse de Portsmouth se livra à d’incroyables excès. Elle parlait de Charles II avec tant de mépris qu’elle ajouta encore au mépris public. Les beaux esprits n’épargnaient pas non plus Charles II dans leurs libelles. Le comte de Dorset y mettait le stylet de sa raillerie, Sidlev les torrents de sa verve, Rochester surtout le tranchant et l’éclat de ses satires. Le duc de Buckingham, « ce grand seigneur tout infiltré de mercure, »» dit l’évèque Burnet, était le premier à rire des ironies de ces libertins sur son maître. En voici une qui lui plaisait d’autant plus ([u’elle le vengeait comme auditeur obligé. Le roi contait â merveille, mais il se répétait beaucoup, ce qui assommait ses partisans absolus. « Je ne puis trop m’étonner, disait Rochester, de voir un prince qui possède une assez bonne mémoire pour redire la môme anecdote sans oublier le moindre détail, oublier toujours qu’il l'a répétée la veille aux mêmes personnes. «

Charles II monta sur le trône en 1660. Il avait trente ans. Sous son règne, la peste sévit (1665), et l’incendie de Londres jeta une lueur sinistre (1666); mais la peste passa, et la capitale de l’Angleterre renaquit de ses cendres, plus belle, plus monumentale. Ce qui ne revint pas, ce fut le respect pour le roi, car le roi était le vassal de Louis XIV, l'esclave de l’argent français et d’une maîtresse française. Il remplissait son trésor particulier des budgets de l’Angleterre et des subventions du plus fastueux des Bourbons. Il ne sut pas fermer le chemin de Chatam à Ruyter, qui brûla dans le port les glorieux vaisseaux de Blake. Il ne réprima pas la conspiration inventée par Oatès, cette conspiration dite des papistes qui devaient tuer le roi pour décerner la couronne à son frère le duc d’York, cette conspiration fausse qui fit décapiter Stafford

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

et couler tant de sang innocent. Il fut impitoyable pour Russel, Algernon Sidney. Il épuisa le peu qu’il avait d’énergie à garantir le duc d’York de l’exclusion votée presque unanimement contre ce frère ultramontain par la chambre des communes. Il vécut de débauches et il en mourut le 0 février 1085.

Il n’osa pas s'avouer papiste, comme il se vantait quelquefois de l’être. Il refusa la communion des évêques anglicans et n’accepta que leur bénédiction. Il expira à petit bruit en catholique. C’est portes fermées qu’il reçut l’Eucharistie des mains du père Ilodlestone, en présence des comtes de Bath, de Feversham et du duc d’York. L’hostie s’embarrassa dans sa gorge et il Mlut un verre d’eau pour la précipiter. Il recommanda h son héritier, avec une sorte de sensibilité, la duchesse (le Portsmoutli et son fils le duc de Richmond. Il se tut sur tout le reste. Pas un mot de la reine, pas un mot ni de ses officiers, ni de ses serviteurs, ni de ses créanciers, ni de ses courtisans, ni de son peuple. Il n’eut guère la mémoire du cœur et n’eut pas du tout la mémoire de la conscience. On lui trouva un trésor privé de quatre-vingt-dix mille guinées grapillées sur le trésor public et sur les largesses de Louis XIV.

Du moins Cromwell avait relevé l’honneur de l’Angleterre chez toutes les nations. Il châtiait l’hostilité et même l’irrévérence. L’orgueil anglais était fier de la considération que le plus humble sujet britannique obtenait dans les contrées lointaines. Cette hauteur de Cromwell avec l’étranger fut l’une des habiletés qu’il déploya et peut-être sa séduction la plus puissante. Le rôle de Charles II était entièrement cdiitraire. Dédaigné de tous, il fit dédaigner la Grande-Bretagne. Lockart, qui avait été ambassadeur de Cromwell et qui fut ambassadeur de Charles II, avoua à Burnet qu’il ne retrouva plus ces égards dont on entourait le représentant du protecteur et dont on se dispensait envers le représentant du roi. Lord Denzil Hollis, l’un des chefs de l’opposition contre Charles P»’ et l’un des diplomates de Charles II, n’avait pas trop de toute sa dignité pour se garder de l’insulte à la cour .de Versailles. Comment s’en étonner? Il'était l’homme d’un prince que pensionnait Louis XIV, l’homme d’un prince que l’Angle-

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