LIVRE DOUZIÈME
terre môme ne. pouvait nommer sans rougir depuis qu’il avait vendu Dunkerque à la France. Que faisait-il de l’or dont on le payait, ce Stuart qui eut pour maître de morale le pervers duc de Buckingham, et pour maître de politique religieuse l’abject philosophe Hobbes ? Ce qu’il faisait de son or, Charles II ? Il le distribuait immédiatement à ses maîtresses ou aux favoris de ses maltresses, et ce qui est plus ignominieux, il l’économisait dans une bourse particulière, à la façon d’un avare.
Beaucoup d’indices prouvent que Charles II était catholique dès avant la restauration. Il dissimulait' une foi qui aurait pu lui nuire. Il n’était ni épiscopal ni presbytérien, et il fomentait la division entre les deux Eglises, parce qu’il espérait que de cette perturbation jaillirait le catholicisme. Avait-il pour cela une conviction, un cri de conscience? Je l’ai supposé un moment et j’étais près d’estimer un peu cet auguste drôle, mais mon erreur n’a pas duré. Je n’ai pas tardé à lire dans Burnet {Mém.y t. I, p. 234) : “ Le comte de Lauderdale m’a assuré que le roi lui conseilla un jour de renoncer au presbytérianisme, attendu que ce n’était pas une religion pour des gens de qualité. »» Charles II ne fut donc pas plus un croyant qu’un politique. Pour le résumer en un mot, il ne fut qu’un débauché sur le trône. Il manqua toujours à ses devoirs d’homme, à ses devoirs de roi, et il n’eut jamais de remords, ou, s’il en eut, le voluptueux les repoussa comme une fatigue:
Jacques II, lui, consterna la Grande-Bretagne en persécutant le protestantisme partout et en favorisant ouvertement le papisme. Il se prosternait à Saint-James devant un nonce du pape, s’environnait de capucins, emprisonnait les évêques anglicans, restreignait les privilèges de la ville de Londres et sollicitait pour son confesseur jésuite, le père Peters, le chapeau de cardinal.
Si Charles II avait inspiré peu de regrets, Jacques II éveilla peu d’espérances. Catholique ardent, soutenu par sa seconde femme d’une dissimulation italienne, encouragé par son confesseur Peters, par sa petite cour de prêtres romains, arbitres des serments et des parjures, il épouvanta d’abord l’Angleterre. Il ne l’apaisa qu’en promettant son appui à la religion
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
épiscopale, qui était la religion de l’État. Tout se soumit, et un parlement nouveau vota une liste civile. Mais la sécurité n’était qu’illusoire. Le duc de Montmoutli et le marquis d’Argyle furent exécutés. Jacques ordonna à mistriss Sidley, sa maîtresse, de quitter White-Hall, et il alla publiquement à la messe. Il permit en même temps beaucoup de cruautés.
Le colonel Kirk, qui avait servi à Tanger, parcourait les comtés, faisant pendre tous les soldats de Montmouth qu’il rencontrait. Il observait en riant lé mouvement des jambes des suppliciés, demandait du vin, buvait avec son état-major, puis s’écriait : « Les voilà qui dansent, qu’on amène les violons. « Jeffreys surpassait encore, s'il' est possible, ces barbaries. Le roi approuvait. Au retour de Jeffreys de cette atroce campagne judiciaire, Jacques le créa baron et lui accorda la pairie.
Jeffreys condamna cinq cents personnes à mort. Une moitié à peine de ces victimes fut épargnée. C’était à force de guinées qu’on se sauvait. Jeffreys, millionnaire et cyniquement effronté, se vantait de ses férocités et de ses richesses. Il disait qu’il n’était pas le plus pauvre des chanceliers, et qu’à lui seul il avait donné plus de besogne aux bourreaux que tous les juges suprêmes d'Angleterre ensemble depuis Guillaume le Conquérant.
Jacques II était presque aussi libertin que son frère et il n’avait pas moins d’égoïsme. Cet égo'isme était monstrueux et quelquefois il allait jusqu’au crime. Entre autres exemples de cette personnalité féroce, en voici un qui suffira. Dans un voyage que Jacques fit en Ecosse pour y rejoindre sa femme, la frégate qu’il monta sombra. Lui était descendu à temps sur la chaloupe. Il y recueillit d’abord ses chiens, puis ses prêtres, et s'éloigna, laissant périr cent cinquante passagers, quand la chaloupe aurait pu en contenir quatre-vingts de plus (Burnet, Mcm.j t. III, p. 244).
Il s'était proposé, même avant son avènement, un grand duel avec l’Angleterre. L’Angleterre était parlementaire et protestante ; il avait résolu de la ranger au pouvoir absolu et au catholicisme. Encouragé par son confesseur et par Louis XIV,