LIVRE DOUZIÈME
il combattit et irrita les communes, les lords et le peuple. Il envahit jusqu’aux universités de Cambridge et d’ Oxford, qu’il destinait à être la proie des jésuites. Tous les élèves de ces universités depuis quarante ans, et c’était toute l’élite de l’Angleterre, prirent parti. Leur mécontentement devint un véritable danger politique. Ce n’est pas ainsi qu’agissait Cromwell.
Ce grand homme d’Etat, qui connaissait la clientèle des universités, les ménagea toujours avec la plus habile sollicitude. Jacques II se les aliéna.
Une chose qu’il essaya d’imiter de Cromwell, ce fut la tolérance ; mais la tolérance de Cromwell n’effrayait point, parce qu'elle s’alliait avec l’interdiction contre le papisme. Au contraire, la tolérance de Jacques II, même lorsqu’il était duc d’York, était suspecte; car elle impliquait le retour du catholicisme, c’est-à-dire de l’intolérance suprême. Le parlement anglais, dès le règne de Charles II, comprenait si bien cette différence, qu’il se prémunit contre Rome par le serment du test. Ce serment était une épreuve, une pierre de touche pour discerner les papistes. Les fonctionnaires catholiques ne pouvaient le prêter, puisqu’il prescrivait de renier la transsubstantiation. Le duc d’York lui-même, plutôt que de s’y soumettre, avait donné sa démission de grand amiral d’Angleterre (1678).
Le pregiier test est de cette date 1673; le second testj celui de 1G78, est plus sévère. Au reniement de la transsubstantiation, il ajoutait la réprobation contre ce qu’il appelait le culte idolàtrique de la Vierge et des saints.
Ces deux tests anglais, le duc d’York, couronné roi, se jura de les anéantir. Mais il avait en face de lui l’Angleterre. Protestante, elle voulait rester protestante. Elle s’affirmait par les tests. Si les catholiques en eussent été dispensés, alors ils auraient occupé toutes les places, concentré toute la puissance; établis dans tous les postes par un prince ultramontain comme eux, ils auraient extirpé la réforme. La chapelle du roi serait devenue la grande Eglise de la nation. C’en était fait de toutes les religions du peuple anglais. Persévérant, quoique rebuté, Jacques se ranimait dans la galanterie. Malgré l’influence de la
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
reine et en dépit de tout, il revoyait niistriss Sidley ; il la fit même, au grand scandale des prêtres, comtesse de Dorcliester. Mais l’indignation des jésuites n'était pas tyrannique ; les bons pères se montraient cléments, et le roi reprenait son œuvre religieuse avec beaucoup plus d’ardeur. Il fallait bien qu’il rachetât son péché. Indépendamment de son plan général, sans cesse il tentait autour de lui des conversions individuelles. Un matin, Jacques pria le duc de Norfolk de porter devant lui l’épée de l’Etat. Le roi allait à sa chapelle, et le duc s’arrêta à la porte. Jacques lui dit : « Milord, votre père aurait été plus loin. — Et le votre, sire, qui valait bien le mien, ne serait pas venu si avant. »* ’
Jacques aurait désiré compromettre avec l’Angleterre le prince d’Orange, son gendre. Il employa comme négociateur auprès de lui le quaker Penn, fils du vice-amiral de ce nom. Penn approuvait la tolérance en théorie et il pressa le prince d’Orange de se rallier à cette belle cause. Il tendait un piège, sans le savoir. Jacques était un fanatique, Penn un utopiste. Le politique Guillaume répondit au sectaire étrange et na'ff qui le suppliait : « Je suis aussi tolérant que vous. Je pense que ni prince ni prêtre ne doit s’interposer entre Dieu et la conscience. Je donne donc mon assentiment à tout ce qu’entreprendra le roi Jacques pour la liberté religieuse. Seulement je tiens les Us^s pour des garanties nécessaires au protestantisme, surtout avec un roi catholique, et ces garanties, je les défendrai toujours. w L’Angleterre était de l’avis de Guillaume. Elle ne doutait pas que le papisme ne se manifestât par la persécution lorsqu'il se serait introduit par la tolérance. Elle réclamait non moins que le prince d’Orange la stabilité des fes^s.
Le roi Jacques remercia Penn, ne s’emporta point contre Guillaume et poursuivit sa conspiration. Quoique le pape ne fût pas assez zélé à son gré et au gré des jésuites, il lui envoya un ambassadeur qui fut Palmer, comte de Castlemaine, le mari de la maîtres.se de Charles IL Le pape envoya aussi un nonce au roi. Jacques offensait l’Angleterre de plus en plus. Il ne montrait pas simplement sa haine contre la réforme, il l’étalait. Il ne craignit pas de s’affilier à la société de Jésus, déterminé à