LIVRE DOUZIÈME
gneurs du parlement.’ Il leur dit ; « Je souhaite, messieurs, que vous ayez liberté entière dans la délibération qui vous occupe; ce que je souhaite aussi, c’est que vous sachiez bien mes intentions. Je suis accouru d’après vos vœux au secours de votre constitution et de votre foi. Je ne demande aucun salaire. Quelques-uns d’entre vous désirent un régent; je les préviens de ne pas compter sur moi pour ce rôle, ni pour le rôle de mari de la reine, ni pour le rôle de roi temporaire. Roi à vie, à la bonne heure. Malgré mon estime et ma tendresse envers'la princesse Marie, je ne suis pas fait pour être le second de ma femme. A défaut de nos enfants, ceux de la princesse Anne devraient être préférés à ceux que je pourrais avoir d’un autre mariage.
« Voilà, messieurs, mes idées sur les questions du jour. Ne vous contraignez point du reste à les accepter. Soyez les maîtres de prendre d’autres mesures. Ce cas échéant, content de vous avoir été de quelque utilité, je retournerais en Hollande, où je rentrerais, ainsi qu’il me conviendrait, dans mes fonctions accoutumées. " {Mé?n. de Burnct, t. IV, p. 447 et suiv.) •
Ces considérations exposées noblement, d’un ton grave et aisé, en présence de lord Hallifax et de quelques autres personnages influents, le parlement, comme si ses irrésolutions étaient fixées, déféra la couronne au stathouder, qui fut désormais Guillaume IIl. Guillaume fut proclamé roi, et Marie, sa femme, reine. Le veto et la sanction des Mils furent attribués à Guillaume seul. La succession fut dévolue au survivant du roi ou de la reine, puis à leur postérité, puis à la princesse Anne et à ses enfants. Guillaume accepta la suprématie avec le sceptre et se soumit aux conditions nationales qui lui furent imposées. Le papisme fut une impossibilité de règne. La liberté religieuse et la liberté politique furent mises sous la sauvegarde de la foi jurée, de la tribune et de la presse. Le moyen âge fut définitivement vaincu, et le droit des rois fut subordonné au droit des peuples. Le véritable droit divin, le droit de la raison, fut promulgué pour toujours sous le ciel. Les parlements triomphèrent à jamais.
J’ai dès longtemps éprouvé que l’on conti'acte en histoire
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des amitiés. Il sufnt d’un nom , d’un événement pour les réveiller.
Quelle joie n’est-ce donc pas pour moi de me dire, en terminant ces récits, que Guillaume III est le petit-fils du fils de Guillaume d'ürange et le petit-fils du petit-fils de Coligny. Oui, Guillaume III avait pour bisaïeul le Taciturne et pour trisaïeul le grand-amiral de Chatillon, moralement le plus grand peutêtre de tous les crrands hommes.
La parenté de Coligny communique du fond de la tombe au gendre de Jacques II un prestige singulier. Je reconnais et je salue en lui ses ancêtres. Guillaume III méritait par son g-énie de résumer la plus mémorable date de l’Angleterre : 1688; il méritait aussi par sa tradition cet immense honneur. Tout en proclamant Guillaume III le roi de la liberté civile et religieuse, le roi d’une ère nouvelle, je me suis complu dans cette pensée qu’il fut préparé par ses ancêtres, le Taciturne et Coligny, à cette haute destinée d’être le monarque de la sainte cause dont ils avaient été les héros et les martyrs. J’ai senti d’autant mieux par là le charme intime de l’histoire qui, sous sa gravité, cache les tendresses, mais ne les désavoue pas.
Je m’incline donc devant Guillaume III, prince si sage, si généreux, que des libertés de l’homme, lesquelles sont toutes excellentes, il choisit spécialement la plus divine — la liberté de conscience, pour en doter son peuple; prince si magnanime, que des bons gouvernements, lesquel.s sont la monarchie sans tyrannie, l'oligarchie sans exclusion, la république sans anarchie, il tira et accepta un gouvernement meilleur composé des éléments les plus exquis des trois autres pour le naturaliser dans son lie ! Et c’est ce gouvernement essayé par Sparte, tenté par Rome, accompli au delà du détroit si glorieusement, qui nomme encore et qui sacre l’Angleterre entre toutes les nations I
Telle est cependant parmi nous la supériorité des apparences sur les réalités; telle est, si je puis le dire, l’incurie du beau moral, que c’est être hardi de préférer Guillaume III à Louis XIV ! Louis XIV seul est appelé grand, Louis XIV, le persécuteur ignorant, le despote majestueux qui a répandu en