LIVRE DEUXIÈME
du peuple fut grande et alla croissant après le supplice, pendant le voyage de ces malheureux vers les îles qui leur étaient assignées jusqu’à leur dernier soupir. Ils n’étaient plus des coupables, mais des martyrs. Les hommes criaient de colère, les femmes pleuraient de pitié. Des milliers d’ouvriers, de paysans, suivirent ces sombres cortèges, avant-coureurs sinistres de la guerre civile. Prynne fut envoyé à Jersey, Dastwick dans l'une 'des Sorlingues, et Burton ù Guernesey. Séparés par la mer, chacun de ces fiers puritains n’eut désormais pour patrie qu’une petite île et pour demeure qu’une forteresse.
Il y eut d’autres dévouements plus purs, plus éclairés et non moins intrépides, le dévouement de Hampden, par exemple.
Hampden était un gentilhomme de Buckingham shire. Il avait l’àme romaine. La liberté lui était plus chère que la vie. Rien ne lui paraissait plus doux que de souffrir pour ses convictions. Il s’était refusé en 1626 au prêt forcé, et il avait payé son courage de la prison. En 1637, il se disposait avec Olivier Cronnvell, son cousin, et d’autres amis, à faire voile vers l’Amérique pour y fonder une colonie de patriotes, lorsqu’un ordre du conseil les retint sur le sol de l’Angleterre. Hampden y protesta en déniant les vingt shillings de sa taxe des vaisseaux. Cette taxe, il la rejetait comme illégale parce qu’elle n’avait pas été consentie. Il fut cité devant les barons de l’échiquier. Là, pendant onze jours, à partir du 6 novembre, AI. Holborn prouva, d’après des traditions, que Hampden devait payer le subside du sM'p money , et Saint-John , parent aussi de Cromwell, soutint que Hampden ne devait pas payer, puisque le Parlement n’était pas intervenu pour légitimer l’impôt. Il invoqua la pétition des droits approuvée par Charles P*'. Toute l’Angleterre était de cœur avec Hampden. Les barons de l’échiquier gardèrent trois mois la cause. Après une si longue délibération, ils jugèrent contre Hampden, qui eut cinq voix sur douze; le roi en eut sept. Seulement, derrière le roi il n’y avait que la cour; derrière Hampden il y avait la nation.
Ce procès est un événement dans l’histoire d’Angleterre.
HISTOIRE D’OLnTER CROM\ST5LL
Hampden est le prophète, par son opposition opportune, de l’affranchissement. Depuis douze années les parlements étaient suspendus et comme supprimés. Hampden les rendit nécessaires, inévitables. De là sa popularité immense. Il était digne d’une telle popularité. Nul ne fut plus modeste, plus brave, plus éloquent. Il était honnête comme la conscience. Ses portraits de cette date ont un charme d’expression extraordinaire.
Hampden est jeune encore dans sa maturité hardie. Une grâce de candeur voile à demi l’audace du grand patriote. On la sent néanmoins cette audace contenue. L’aspect de cet Anglais noblement résolu est d’une fermeté sublime. Tout en lui semble grandir en résistant. Son menton est solide, sa bouche un peu serrée, son regard assuré, pénétrant, et son front bosselé semble sillonné par une foudre intérieure. Ses longs cheveux doués de vie rappellent ceux de Samson et paraissent un symbole de force. L’esprit de la Bible a passé par là. Hampden serait un héros hébraïque, s’il n'était, avant tout, le patriote de la vieille Angleterre, le précurseur invincible des parlements, le presbytérien politique bien plus que le puritain religieux du dix-septième siècle.
La victoire donnée à Charles par les barons de l’échiquier était une victoire décevante et funeste. L’arbitraire roval s’en accrut. Il s’étendit avec plus de sécurité à tout, à l’impôt sous toutes les formes, à la marine, à l’armée, à la religion. La reine, d’une intolérance superbe qui lui fut trop rendue, prodiguait les faveurs au catholicisme, les dédains à l’hérésie et au schisme; le roi humiliait la ville de Londres, un peu rebelle aux taxes, il la provoquait même jusqu'à détenir captifs les magistrats, jusqu’à interdire l’épée au lord maire; Wentworth frappait de sa canne les officiers irlandais, comme de ses exactions la pauvre île de sa vice-royauté hautaine; Laud enfin torturait la presse, multipliait les pompes de la liturgie, recommandait les amusements le dimanche, exagérait la hiérarchie épiscopale, et faisait craindre par ses imprudences un acheminement systématique vers ce qu’on appelait le papisme.
Tout semblait facile en Angleterre et en Irlande, mais l’Écosse