LIVRE DEUXIÈME
teurs. Lesley commandait à une Église plutôt qu’à un camp. Ses soldats entendaient deux sermons par jour, un le matin, un autre le soir. Avant et après le sermon, ces covenantaires, au nombre de vingt raille aussi, se livraient aux exercices militaires, discutaient les Écritures ou chantaient les psaumes.
Chaque tente avait un étendard avec cette devise, sous le
chardon d’Ecosse : « Pour la couronne du Christ et le covenant. »» — • Je ne me suis jamais trouvé dans de plus heureuses dispositions, écrivait Baillie, Tun des presbytériens qui firent cette campagne, pour le Seigneur. J’étais comme un homme qui a pris congé du inonde et j’étais dévoué à ce service sans retour, jusqu’à la mort. Il me semblait que la grâce de Dieu était répandue sur moi ; il me semblait qu’un esprit de douceur, d’humilité, et cependant de hardiesse et de courage, m’animait. »* Les plus humbles étaient électrisés du même enthousiasme.
Lesley avait marché dans la direction de Berwick au-devant
du roi, et il prit position à un mille et demi des Anglais près
de cette ville. Les Ecossais criaient : « Des parlements et plus d’épiscopat! »» Ils entonnaient leurs hymnes bibliques, et leurs voix montaient plus haut que le bruit des flots de la Tweed, que les mugissements de la mer. Charles sentit sa faiblesse. Les
vœux de son armée ne différaient guère des vœux de l’armée écossaise. Il s’arrangea donc pour traiter au lieu de combattre. Il promit dans les trois mois une assemblée générale pour les questions religieuses et un parlement pour les questions financières et civiles. Les deux armées furent licenciées (juin 1639).
Tandis que les covenantaires espéraient tout de leur parlement écossais, le roi, qui avait son arrière-pensée, convoquait, après douze ans de pouvoir absolu, un parlement anglais (3 avril 1640). Charles se flattait d’obtenir par là de l’argent pour une armée nouvelle. Il se proposait de dompter, à l’aide de cette armée, l’insolence des covenantaires. Mais le parlement, peutêtre à cause de cela et dans la crainte d’un redoublement d’oppression, ne vota pas de subsides, exigeant préalablement le redressement d’un certain nombre de griefs et la concession de garanties constitutionnelles. Le roi s’irrita. Wentworth, qui
avait été fait comte de Strafford, le 12 janvier, appuya auprès de Charles la dissolution du parlement, qui fut déclarée le 5 avril.
Le parti national se prononça pour les covenantaires et contre le gouvernement de White-Hall. Charles leva des contributions de sa seule autorité. Il reparut à York. Le comte de Northumberland s’étant dérobé au commandement en chef sous prétexte de maladie, Strafford se chargea de ce fardeau. Le grand orateur devint général. Cette fois lord Conway dirigeait la cavalerie. Les troupes royales entrèrent dans le Northumberland .
Lesle}\ cependant, n’avait pas eu de peine à réformer son armée presbytérienne. Il avait le plus soudain et le plus puissant des recruteurs, l’enthousiasme religieux. Les ministres, en descendant de leurs chaires, partaient avec le contingent des paroisses. Les psaumes étaient leur Marseillaise. Autant de soldats, autant de Bibles. Les Écossais cheminaient en ordre, comme dans une procession, sous les regards de Dieu. Nul blasphème, mais des exhortations, des prières, des conversations pieuses. Beaucoup souhaitaient la mort; car la mort, ce serait le martyre, ce serait le ciel. N'allaient-ils pas combattre le papisme, l’arminianisme, l’épiscopat? Pour eux, c’était tout un. Ils affranchiraient l’Angleterre en même temps que l’Écosse. Les deux pays n’étaient-ils pas en proie aux fils de Satan, aux tyrans déchaînés d'Israël? Lesley , stimulant cette ardeur, traversa la Tweed, cette rivière boréale que j’ai vue rouler autant de nuages que de flots, et dont l’embouchure dans la mer du Nord est dominée par les toits rouges de Berwick. Le général écossais continua son mouvement stratégique vers la Tyne. Lord Conway, détaché par son chef le comte de Strafford, attendit de pied ferme à Newburn les Écossais. On m’a montré le champ de cette escarmouche qui eut de si grandes suites. Les Écossais se lancèrent de la rive gauche de la T}'ne. Culbutés une première fois dans l’eau noire du fleuve industriel qu’ils teignirent de leur sang, ils se précipitèrent de nouveau et s’établirent sur la rive droite, d’un rude élan. Les Anglais se retirèrent les uns par Newcastle,