LIVRE DEUXIÈME
les autres par Durham sur York. Le comte de Strafford ne chercha pas, comme l’ont affirmé plusieurs historiens, à prolonger et à passionner la guerre. Les délibérations du conseil, le témoignage de lord Conway, les Mémoires de Hardwick ne laissent pas de doute à cet égard. Les motifs de Strafford pour dissuader, au contraire, son maître des hostilités ne se devinent que trop. L’armée anglaise était brave, mais elle n’était pas sûre. Le vent du siècle soufflait sur elle. Dans le cœur , elle était, covenantaire. De son coup d’œil d’homme d’État, Strafford pénétra la situation à laquelle, du reste, il avait tant contribué. Son courage fut vaincu par son intelligence. Il ne s’opposa pas à une suspension d’armes ni au dessein suggéré au roi d’assembler à York une élite de noblesse. Le roi fut entraîné par les pairs (septembre) à convoquer un parlement, afin de régler, de concert avec la nation, toutes les affaires. L’armée écossaise devait recevoir jusqu’à cette convocation vingt mille livres sterling par mois.
Charles fit enfin ce grand pas sous l’aiguillon de la nécessité. Depuis 1628, il hésitait. Au commencement de cette ' année (1640), le roi avait tenté un parlement et l’avait brisé. Ce parlement n’avait pas duré un printemps. Au bout de quelques semaines, Charles avait reculé avec angoisse. Il ne se résigna pas sans horreur, .après le court farlcmenty au nouveau parlement, qu’il ouvrit le -3 novembre 1640 et qui fut le long parlement, le plus illustre de tous les parlements de l’Angleterre.
Ce parlement, dont Lenthall; un avocat, fut l’orateur (le président), absorba tout.. L’opinion lui communiqua sa force invincible. La reine, Laud, Strafford, le roi et la cour furent annulés. La majorité était des deux tiers contre les abus. Lés chefs du parlement eurent une popularité soudaine' qui centupla leur influence.
C’était d’abord Hampden, un patriote intrépide, dont là beauté relevait encore le courage et qui avait bravé en face la tyrannie. A côté de lui, on distinguait Saint-John, son défenseur dans le retentissant procès du ship money. Saint-John restait l’ombre sinistre de Hampden; il apparaissait, cet avocat
HISTOIRE d’oLH'IER CROMWELL
subtil, avare et dissimulé, dans un contraste singulier avec le héros de la résistance légale, ce généreux Hampden, à qui il devait toute sa célébrité.
Denzil Hollis, le second fils du comte Clare, avait le cœur d’un chevalier et la bouche d’un orateur. Aristocrate hautain, ami chaud, ennemi implacable, il voudra toujours une liberté modérée ; presbytérien humoriste et immuable au début de la révolution, wigh superbe à la fin.
M. Pym était un tacticien d’assemblée, un grand capitaine de parlement. Il logeait chez sir Richard Manley, dans une ruelle derrière Westminster. C’est là qu’il donnait des dîners aux collègues qu’il désirait gagner. Comme il n’était pas riche, Hampden et d’autres patriotes se cotisaient pour lui venir en aide. Ils contribuaient avec lui aux frais de ces conciliabules gastronomiques où beaucoup de mesures iinportantes étaient prises d’avance. Les délibérations de ce club amical et diplomatique précédaient les délibérations du parlement. La grande supériorité de AT, PyM^ c’était l’équilibre. Il ne se troublait ni ne se déconcertait ; mais moins il s’étonnait lui-même, plus il étonnait les autres. Ses paroles étaient simples, son geste rare, sa dialectique serrée, ses conclusions mortellés, semblable à cet ange infernal de la persuasion que Milton introduit dans l’Éden, et qui, de replis en replis savants, vous étouffe discrètement par un redoublement soudain de ses étreintes de serpent. Tel était Pym comme logicien. Il semblait d’abord, peu redoutable; mais quand il vous avait saisi, vous ne sortiez pas vivant de sa prise. Il y a de lui des estampes fidèles. Son front est très-élevé. Les tempes se creusent profondément. Les yeux regardent de côté, et soupçonnent ou combinent un piège. La bouche entr’ouverte retient plus de plans qu’elle n’en confie. Toute cette figure puissante est celle d’un chef de parlement; elle pourrait être celle d’un chef de guerre. Le mot de ce visage énigmatique est stratégie. Il y a du calcul, un calcul immense dans ces traits, mais un calcul si facile, si détendu, qu’il ne voile pas la gaieté, une gaieté visible, bien que contenue, la gaieté de la force.
Sir Henri Vane se fit le disciple de Pym, mais un disciple