LIVRE DEUXIÈME
crés au service de la forteresse. Ces gardes, nommés les HamletSt étaient parlementaires. Le chevalier Balfour les électrisa de son zèle, et repoussa personnellement deux mille livres sterling qu’on joignait à Toffre d’un mariage brillant pour sa fille, afin de le suborner. Il rejeta ces propositions avec hauteur, et le comte de Straflford fut de plus en plus rivé à la Tour.
Le bill à^attai'nder étant adopté par les communes, le roi manda les deux chambres avant le vote des lords, le mai. Il déplora le bill qui allait faire de lui un juge. Il déclara que jamais Strafford ne lui avait même insinué soit de châtier l’Angleterre avec l’armée d'Irlande, soit d’abolir les lois, soit d’établir un gouvernement absolu. Il n’était donc pas un traître, et le roi ne pouvait pas le condamner selon la rigueur du bill ^attainder. Seulement il le punirait de sa malversation, en le privant de toutes ses dignités et de toutes ses fonctions. Le roi pria les lords de ménager des scrupules aussi légitimes, et de chercher une solution plus humaine par laquelle il satisferait à la fois au devoir et à l’opinion.
Ce discours de Charles irrita le parlement. Etait-ce au roi de dicter les arrêts? Empiéterait-il toujours sur les privilèges de la nation? Voilà ce que se disaient entre eux les députés et les pairs. Strafford sentit le péril de cette démarche. — « La bonté du roi, dit-il, me sera fatale. Il ne me reste plus qu’à me préparer à la mort. »» Il ne se trompait pas. Les esprits s’enflammèrent. Pym échauffa ses collègues dans les dîners qu’il leur donnait, il déchaîna les pasteurs, dont les sermons retombèrent en charbons de feu, il organisa des rassemblements qui erraient autour de White-Hall et de Westminster criant : « Justice! justice! » Plusieurs vociféraient : « La tète de Strafford ou la tête du roi! » C’est dans ces conjonctures tumultueuses que le bill ^altainder fut approuvé par les lords à la majorité de vingt-sept suflrages contre dix-neuf (7 mai).
Le roi, dont les deux chambres réclamèrent la sanction, vacillait dans une perplexité cruelle. Il avait toujours été de cœur avec Strafford, le plus grand de ses serviteurs et de ses amis, le plus magnanime ouvrier du droit divbiy du pouvoir ab-
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
solu, comme l’entendaient les Stuarts. Charles abandonneraitil son ministre intrépide? Mettrait-il la main dans le crime de son parlement? Indépendamment de toutes les raisons qui lui imposaient le courage, le prince et l’homme, dans Charles I®**, n’étaient-ils pas enchaînés par la générosité de Strafford? Le 4 mai, le noble prisonnier avait écrit à son maître une lettre dont voici quelques fragments :
« Si je vous disais, sire, que je n’éprouve aucun combat, je me ferais moins homme que je ne le suis. Dieu connaît ma faiblesse; et, lorsque avec un cœur innocent, il s’agit d’appeler la destruction sur ma tête et sur celle de mes jeunes enfants, on peut croire qu’il n’est pas facile d’obtenir pour un tel sacrifice le consentement de la chair et du sang.
« Je me suis décidé, cependant, et pour le parti que je crois le plus noble, et pour l’intérêt qui est incontestablement le plus grand ; car que devient un particulier mis en balance avec Votre Majesté et avec tout l'État? En deux mots, sire, je rends à votre conscience sa liberté... Ne luttez pas davantage contre la nécessité. Mon sang sera le prix de votre réconciliation avec vos peuples.
« Sire, mon consentement vous acquittera plus devant Dieu que tout ce que pourrait faire le monde entier. Aucun supplice n’est inique envers celui qui veut le subir. Puisque la grâce du ciel m’a rendu capable de pardonner à touâ avec facilité, c’est de bien plus grand cœur, sire, que je vous donne ma vie éphémère comme un juste retour de vos anciennes faveurs. Je vous
demande seulement d’être bon pour mon pauvre fils et pour ses
trois sœurs à proportion des réhabilitations réservées peut-être à leur malheureux père. « Les anxiétés de Charles augmentèrent. Du 7 au 9 mai, il flotta dans une indécision formidable. Les deux chambres étaient d’accord avec l’opinion publique, et le bill à'attaindcT la sanction royale. Que résoudre?
Charles, au lieu de chercher, comme les forts et les braves, son point d’appui en lui-même, appela les juges, puis les évêques (9 mai). Les magistrats et les prélats lui dirent qu’il avait deux consciences, que sa conscience privée devait céder