‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 33 sur 217 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

coulèrent, et son’ agitation intérieure éclata; après une pause, s’étant un peu calmé, il ^eprit) : Oui, mylords, si ce n’eùt été tout cela, j’aurais dédaigné de disputer ma vie. Quel moment meilleur de mourir que celui où je donne par mon sacrifice un témoignage irrécusable de ma fidélité? Ce qui m’est personnel n’est rien, mais si je devais nuire par ma faute à ces orphelins, mon cœur serait navré. Pardonnez donc mes efforts et ma faiblesse. Mylords, j’aurais encore bien des choses à vous exposer; je n’en suis pas capable et je me tais; je n’ai plus ni voix ni forces: seulement, je désire de toute mon humilité et de toute mon affection être pour vous un phare qui vous sauve du naufrage. Pour ce qui n’est que de moi, je sais le néant de ce monde comparé à nos éternelles destinées ailleurs. Ainsi, quel que soit votre jugement, je m’y ^soumets d’avance avec beaucoup de tranquillité d’esprit; que ce soit la vie ou la mort, je dirai : Te Deum laudamns ! »»

Telle fut la suprême harangue de Strafford le 10 avril. Ce qui est vraiment tragique, c’est qu’il se défendait à vide, et qu’à l’instant où il réfutait l’accusation judiciaire, elle n’existait plus. C’est une accusation politique, un bill d'atfaïnderque les communes forgeaient comme une arme meurtrière. Elles discutaient isolément dans leur salle, où l’évolution de Pym les avait attirées, hors de cette enceinte aristocratique où Strafford venait de remuer si profondément son auditoire, hommes, femmes, juges. Vaine et lamentable entreprise! Ce que l’illustre accusé faisait à la chambre des lords, les presbytériens le défaisaient à la chambre des communes. Pym, le sombre tacticien parlementaire, animait ses collègues contre l’apostat de la liberté. Saint-John, cet homme morose, fourbe, énigmatique et sans entrailles, qu’on appelait Vhomme a la lanterne sourde^ Saint- John s’écria : « Il est des personnes auxquelles on ne doit pas accorder la protection de la loi, et qu’il faut abattre, n’importe comment. »* {Mém, de Hallès,)

Quelques députés furent indignés, lord Digby plus qu’aucun autre. Soit réaction soudaine contre tant de haine, soit pitié tardive pour le comte de Strafford, soit dévouement secret au roi, Digby, qui avait toujours été de l’opposition, se retourna.

6C HISTOIRE d’olivier CROMWELL

Il résolut de sauver Strafford sans cesser de l’insulter, espérant agir d’autant plus efficacement pour lui qu’il parlait contre. Tout en inclinant à la clémence, à la peine au-dessous de la peine capitale, par ce motif que Strafford avait conseillé d’employer l’armée d’Irlande à réduire l’Ecosse, et non l’Angleterre, ce qui renversait le principal argument de Pym, lord Digby maintenait les plus draconiennes sévérités de langage. — *• Monsieur l’orateur (le président), disait-il, je suis encore dans le même sentiment à l’égard du comte de Strafford. Je ne balance point à le regarder comme le plus dangereux ministre, le plus insupportable à des sujets libres, que l’on puisse imaginer. Je crois que ses menées sont en elles-mêmes aussi tyranniques et aussi orgueilleuses qu’on l’a proclamé si hautement; je crois que sa perversité a été singulièrement aggravée par ces rares talents dont Dieu l’a revêtu et dont le démon lui a enseigné l’application. Mais rien ne doit nous éloigner de l’équité; rien ne doit nous faire renoncer à l’accusation judiciaire pour y substituer le nouveau bill... « Lord Digby échoua devant la passion publique. Il perdit en un jour toute sa popularité. Le 21 avril le bill à' attainder fut voté à la pluralité de 204 députés contre 50. Le comte de Strafford fut déclaré convaincu d’avoir cherclié h renverser les lois fondamentales du royaume et k fonder un gouvernement absolu, ce qui était le plus grand des crimes, le crime de haute trahison.

Le bill à'attainder fut porté à la chambre des pairs, et le roi fit dire au comte de Strafford que pas un cheveu ne tomberait de sa tête. Il avait la ferme intention de lui venir en aide. 11 avait combiné plusieurs plans. Le meilleur était d’augmenter de cent soldats déterminés et sûrs la garnison de la Tour. Ils seraient commandés par le capitaine Billingsby, qui était déjà considéré comme le libérateur de Strafford. Tout allait bien, mais Pym et ses amis avaient leur police. Ils avertirent les lords, qui avertirent le chevalier Balfour, lieutenant de la Tour de Londres. Balfour ne balança pas, et c’est au parlement qu’il obéit avec une fidélité inflexible. Il refusa l’entrée de la Tour au capitaine Billingsby-, aux cent hommes choisis par cet officier, et il veilla lui-même avec les gardes spécialement consa-

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