LIVRE QUATRIÈME
Massev veillait à tout. Le roi lui envoyait-il une sommation après le prince Rupert, voici les messa^^ers que Massey expédiait au roi. Écoutons lord Clarendon : « Avant le temps prescrit, on vit sortir de la ville avec le trompette deux hommes à visages pâles, longs, maigres et sinistres; des figures si étranges qu’elles déridèrent à la fois les plus sévères physionomies et qu'elles attristèrent les plus joyeux, car de pareils compagnons ne pouvaient apporter autre chose que la guerre. Ces hommes, sans aucune marque de re.spect et de civilité, dirent, d’un ton sec, clair et résolu, qu’ils transmettraient au roi la réponse de la pieuse ville de Glocester; et sur toutes les questions qu’on leur fit se montrèrent si prompts à des reparties insolentes et séditieuses, qu’on eût dit que leur intention était de provoquer le roi à violer son sauf-conduit. »• Ces messagers d’un si sauvage aspect et d’une si brutale franchise étaient un bourgeois de Glocester dont on ignore le nom et le sergent-major Pudsey. Ils étaient des échantillons énergiques de cette ville eu fermenmentation religieuse, en soulèvement patriotique et militaire.
Le lord général pressentait les dispositions de Glocester. Il connaissait l’esprit des habitants et de la garnison; il connaissait surtout Édouard Massey, l’un des plus étonnants officiers de l’armée. Il rélléchissait sans cesse à Glocester et à son gouverneur, puis, contre son habitude, il accélérait tout. « Nous débloquerons cette ville en perdition si Masse}^ nous attend, — et il est homme à nous attendre, »» disait Essex à son état-major. Et il continuait sa marche lestement, malgré le prince Rupert qui s’était détaché du siège pour arrêter les progrès du lord général. Le roi, qui était resté aux approches de Glocester, ne croyait pas à la venue d’Essex, et disait : « Le comte a du bon sens, il n’agira pas comme un fou en essayant l’impossible. « C’était en effet l’impossible qu’Essex essayait dans sa marche aventureuse et que le colonel Massey accomplissait dans les murs de Glocester.
Le lord général était à Beasconfield le 26 août. Le l^** septembre, il fut rejoint à Rrakley Heath par les miliciens de Londres que Pym avait harangués avant leur départ. Il y eut des escarmouches à Dcddington et aux environs de Stow entre
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le comte d’Essex et le prince Rupert. Le prince s’engageait un peu et se retirait ensuite. Le comte avançait toujours, si bien que, le 5 septembre, il gravit les collines de Presburg et fit tirer quatre pièces de canon de gros calibre. Le colonel Massey entendit ce bruit si espéré, et il s’empressa de rédiger une proclamation où il annonçait la présence du lord général. Il était temps, car les vivres allaient tarir, et il n’y avait plus qu’un baril de poudre. Le comte d’Essex atteignit Cheltenham. Quoique harcelé par le prince Rupert, il ne modifiait pas ses évolutions dont la pointe était toujours dirigée vers Glocester. Enfin, le 8 septembre, vingt-sixième jour du siège, le lord général faisait son entrée à Glocester.
Les habitants, la garnison, le colonel Massey en tête, vinrent au-devant du libérateur. Essex répondait par des saluts aux acclaniations de la multitude. Il embrassa Edward Massey devant la foule ivre de joie. Ce fut l’un des plus beaux jours de la révolution, — le plus beau jour assurément du colonel et du lord général.
Essex coucha deux nuits à Glocester. Il ravitailla entièrement la ville. Munitions de bouche et de guerre, argent, soldats, il la pourvut de tout, et en partit le 11 septembre pour Cheltenham. Il s’était même trop dépouillé. Il avait apporté l’aisance, il emportait la pénurie et les besoins, lorsqu’il fut averti que les régiments de Crispe et de Spencer étaient à Cirencester, avec quarante charges de vivres. Il se détourna aussitôt, fit une longue marche de nuit, tomba sur la ville, s’empara de toutes les richesses du camp, prit cinq cents hommes et autant de chevaux. Ce fut une grande bonne fortune qui lui versa l’abondance pendant sa retraite sur Londres où le parlement le souhaitait. Il gagna Hungerford à travers plusieurs combats brillants, mais inutiles.
Le 19 septembre, il était à Newbury. L’armée du roi occupait cette ville et la colline de Biggs Hill. Depuis la levée du siège de Glocester, Charles s’était retranché dans cette position pour couper la route aux parlementaires. D’un premier coup d’ôeil, le comte d’Essex vit qu’il fallait conquérir la colline de Biggs Hill et en déloger l’ennemi. Il n’y avait pas