LIVRE QUATRIÈME
dit-il, un très-digne ami; c’était un homme d’un mérite rare, et dont je sais que la mémoire vous est chère à tous, M. John Hampden. Lorsque nous commençâmes cette entreprise, je vis que nos gens étaient battus partout; je le vis, et je demandai à Hampden d’ajouter quelques régiments â l’armée de mylord Essex. Je l’assurai que je pourrai y mettre des hommes qui, selon moi, auraient en eux l’esprit qu’il fallait pour avancer l’œuvre. « C’est très-vrai ce que je vous dis, ajoutai-je en m’a- « dressant à sir John Hampden , si vrai que Dieu est mon « témoin. Vos soldats , lui dis-je encore, sont- pour la plupart « de vieux domestiques, des garçons d’auberge et autres de « même sorte; quant à nos ennemis, ce sont fils de gentils- « hommes, cadets de famille, hommes de qualité. Croyez-vous « que les courages des nôtres, de personnes d’une si vile espèce, « seront de force contre des cavaliers ayant honneur, bravoure •* et résolution ? *♦ En vérité, je lui représentai cela conformément à ma conscience, et je lui dis : « 11 faut que vos hommes « aient un esprit, — ne prenez pas mal mes avertissements, — «♦ un esprit qtü aille aussi loin que peuvent aller les gentils- « hommes, quoi vous serez battus, toujours battus! »
Réellement jfflui dis cela. C’était un homme prudent et honorable, et il me rép ondit que j’avais une bonne idée; mais qu’elle était imprau^Ble. Je lui^épondis que je l’y aiderais tant soit peu, et je le fis. En, vérit^^ il faut Iden fjue je le dise, — attribuez-le à qui vofe voudrez, — je réunis à enrégimenter des hommes qui avaient la crainte de l)ibu devant les yeux et de la vertu dans ce qu’ils faisaient, et depuis ce jour, ils ne furent jamais battus, mais toujours battants... >» (Harris, p. 78.)
Voilà ce que Cromwell essayait pour toute l’armée nationale. Mais pour ses régiments à lui, c’était bien autre chose. Il les connaissait homme par homme ; il était leur^chef spirituel et temporel, leur ministre, leur médecin, leur général, et plus que cela, — leur prophète. Il ne se contraignait pas avec eux, et il voulait que ses saints fussent des diables révolutionnaires. Le comte d’Essex levait ses soldats, en ce temps-là, au nom du roi et du parlement. Cromwell, à qui la même formule était prescrite, levait les siens au nom du parlement seul, et il leur
disait : “ Je combats si peu pour le roi que, si je le rencontre dans la mêlée, je lui tirerai ma balle comme à un simple particulier. Je ne prétends pas vous imposer des devoirs ambigus et contradictoires. J'exhorte ceux que choqueraient mes principes à ne pas s’engager sous mes ordres. ** {Memoivà' uf the Protectoral house, t. p. 271.)
Tel était Olivier Croimvell en 1044, tandis que les trois armées du parlement, sous leurs trois généraux, le comte de Leven, lord Manchester et sir Thomas Fairfax, pressaient la ville d'York dans un cercle de fer et de feu. Le roi s’était retiré d’Oxford à Worcester. Le prince Rupert accourut du Midi vers York avec l’impétuosité d’un héros féodal au cœur chaud et au bras prompt. 11 entra dans la ville sans diliiculté, car les parlementaires avaient quitté leurs redoutes à son approche, di.sposés à suivre les stratégies de son armée et à la combattre, si l’occasion était propice. Cette occasion, le prince Rupert la fit naître. Il n’était pas homme à se contenter du débloquement d'York. Il sortit des murs avec lord Newcastle, tous deux trop hautains pour ne pas se froi.sser, soit dans le commandement, soit dans l’obéissance. Ils avaient vingt- trois mille hommes, et c’est à la tête de cette armée imposante qu'ils provoquèrent une armée égale dans la plaine de Marston-Moor, dont j’ai observé avec tant d'intérêt les plis de terrain verts et fauves, à travers l’ardente évocation du passé. Seulement j’examinais cette plaine tragique en historien et en voyageur; mais Rupert et Newcastle, Leven, Manchester et Fairfax l’observèrent en tacticiens. Cromwell la mesura en grand capitaine. Il manœuvrait l’aile gauche sous Manchester, et sa réserve était un peu en arrière , sa réserve composée d’une élite sacrée d’indépendants aux poitrines d’airain. Ces anarchiques sectaires s’étaient soumis d’eux-mèmes à la discipline de Cromwell. Ils attendaient son siginl dans des méditations bibliques, se taisant, priant et chantant tour à tour, selon le souftle du Seigneur.
L’aile droite des parlementaires, que dirigeait Fairfax, et leur infanterie du centre furent chargées avec une telle fui'ie par l'aile gauche des royalistes que le général patriote ne put arrêter ce torrent d'acier. Il le mordait en vain par moments