‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 61 sur 217 · LIVRE gl'ATRIlblE · texte numérisé non relu

LIVRE gl'ATRIlblE

d’une morsure désespérée. Un peu abandonné et presque seul, Fairfax, dans ce désastre, fit des exploits de chevalier errant. Le démon de la guerre était en lui. Sa bravoure était presque toujours communicative, son inspiration irrésistible, ses talents électriques sous la mitraille. Les soldats l’acclamaient, et il les groupait d’ordinaire autour de lui. Cet*e fois, leur peur fut plus grande que leur admiration, et ils se débandèrent. La déroute fut si complète que Fairfax luL-même, avec les comtes de Leven et de Manchester, se laissa entraîner dans une sorte de fuite vers le château de Cawood.

Pendant le succès de son aile gauche, le prince Rupert, avec son aile droite, s’était avancé dans une position avantageuse, d’où il décimait à coups de canon l’aile gauche des parlementaires, commandée par le colonel Cromwell. Le neveu du colo- • nel, le capitaine Walton, fut blessé grièvement. Cromwell, répondant à l’artillerie par l’artillerie, fit faire une évolution à deux régiments de fantassins 'pour garder ses batteries. Ces deux régiments, attaqués par les royalistes, furent soutenus par les patriotes. Le combat s’engagea vivement alors entre le prince Rupert et Cromwell. La cavalerie, qui formait le cinquième de chaque armée, fut admirable. Après une première décharge de leurs pistolets, royalistes et parlementaires ne se frappèrent plus que de l’épée. La mêlée fut sanglante. Le prince Rupert fut culbuté avec son aile droite par l’aile gauche de Cromwell, qui ne s’acharna pas aveuglément sur les fuyards. Dès qu’il les eut dispersés de tous les côtés, il rallia ses bonnes troupes, et, décrivant le tour du champ de bataille, il se replia vers le terrain de Fairfax, où l’aile gauche victorieuse des ro}'alistes revenait en triomphe de sa poursuite vigoureuse. La bataille recommença entre les deux ailes gauches, qui s’étaient rejointes par deux victoires. Ce fut en ce moment suprême que Cromwell appela sa réserve d’indépendants, de millénaires et d’anabaptistes. Cette réserve terrible, composée de saints exterminateurs, acheva la défaite au tranchant des sabres et au bruit des psaumes. La vie et les couplets des cavaliers s’éteignirent à travers le cli(|uetis des armes et sous le cri rauque des versets de la Bible. Il resta cinq mille cadavres sur le champ

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

de bataille. Des captifs innombrables et toute l’artillerie royaliste tombèrent aux mains des parlementaires. Parmi les prisonniers on remarqua sir Charles Lucas et plus de cent vingt officiers de tous grades. L’étendard palatin de Rupert rehaussa les autres drapeaux pris sur l’ennemi. Le prince lui-même, sans bannière, et avec les débris de son armée, recula dans l’ouest, ' tandis que lord Newcastle partit pour Scarborough, d’oü il s’embarqua et gagna Hambourg. Le prétexte de cet exil volontaire était un ressentiment implacable contre les insolences du prince Rupert, le motif était la conviction de l’inutilité de toute lutte des royalistes.

Les trois généraux sauvés par Cromwell marchèrent de nouveau sur York, qui ouvrit ses portes. Fairfax y demeura comme gouverneur, Manchester revint dans le comté de Nottingham, et Leven, avec ses Écossais, conquit la ville de Newcastle.

Cromwell grandit au-dessus de tous. Cette armée révolutionnaire dont il avait développé la théorie devant Hampden étonné, il l’avait réalisée, accomplie. Elle avait paru vivante à Marston-Moor. Elle avait tout décidé. Elle avait été coulée en bronze dans la fournaise de l’esprit. Le peuple était du même métal. Et, ce qui est plus miraculeux à cette date, ou plutôt à cette ère de la bataille de Marston-Moor (2 juillet 1644), c’est que, entre le peuple et l’armée, mais bien au-dessus d’eux, il y avait un homme de constitué. Or, quand Dieu veut faire un grand acte, un grand mouvement social, il commence par faire un homme.

Cet homme était Cromwell. Centre tantôt lumineux, tantôt obscur d’une théologie et d’une politique, orateur impérieux, militaire transcendant, diplomate, administrateur, organisateur, tous ces dons étaient souvent cachés, parfois visibles. Ils éclatèrent à Marston-Moor. Depuis cette journée mémorable, l’étoile que Cromwell avait dans le nuage .s’en dégagea, tour à tour brillante et ténébreuse, jamais entièrement voilée.

En ce temps-là le comte d’Essex avait conduit son armée dans le comté de Cornouailles. Le roi l’y pourchassa vivement, après avoir opéré la jonction de ses troupes d’Oxford et de ses troupes de l’ouest. William Waller, dépêché par le comité de

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