LIVRE QUATRIÈME
les portraits, les révélations secrètes; ce que vous y trouverez surtout, c’est une malédiction inépuisable. Hollis est patricien. Il est indigné que « les serviteurs »» aient monté à cheval, les serviteurs, c’est-à-dire les hommes qui n’étaient pas nobles. Cette pensée domine le presbytérien aristocrate et implacable. 11 dédaigne les anglicans de la première heure qui le précèdent; il abhorre les indépendants de la seconde heure qui le devancent et qui le chasseront comme il a chassé les épiscopaux.
Ah ! gentilhomme, fils de grand seigneur, tu as frappé sur le trôn^ et sur l’autel, tu les a secoués l’un après l’autre, et tu voudrais arrêter le peuple ! Ne l’espère pas. Tu couves des œufs vides. La fécondité est ailleurs. Plus tard, les idées modérées de ton cœur hautain ressusciteront, mais plus vastes. Ton presbytérianisme dominateur sera la liberté des cultes, et ton gouvernement parlementaire sera le gouvernement constitutionnel. Voilà ce que tes principes gagnent à descendre dans les foules; ils s’en dégageront phis justes et plus humains.
En attendant, la lutte de 1644 était superbe. Hampden et Pym avaient disparu. Les comtes d’Essex, de Manchester et de Denbigh, sir William Waller, sir Philippe Stapleton et Denzil Hollis étaient les nobles défenseurs de la monarchie tempérée et du culte écossais; tandis que Croni'^'elJ, Henri Vane, Saint- John, Ireton et Fiennes se montraient les promoteurs formidablement diplomates de la république et de la religion individuelle. Whitelocke était tenté, Selden irrésolu. Lenthall entraîné.
Les dissidences n’éclataient pas moins dans les manières que dans les doctrines. Avec le roi, les presbytériens étaient respectueux dans la révolte ; — les indépendants outrageants et amers ; avec la reine, les presbytériens ne manquaient pas de courtoisie ; ils la traitaient en très-grande dame, en fille, épouse, sœur et mère de rois ; cependant il n’y avait pas d’excès dans leur respect. Henriette , avant la guerre même, évitait d’exiger des lords tous les soins auxquels les obligeaient leurs dignités de cour, l’ameublement et l’arrangement par exemple des palais. - Ce sont de trop grands princes, disait-elle, pour s’occuper à mon intention de semblables détails. « Essex, le
plus illustre des presbytériens, fut toujours indocile et rude à à la reine. Il alla jusqu’à lui refuser un sauf-conduit pour Bath et pour Bristol, d’où elle se serait échappée après ses couches à Exeter. Tandis qu’elle était malade et traquée, le noble comte d’Essex ne craignit pas de lui proposer ironiquement ce sauf-conduit pour Londres où l’eût attendue la captivité, peutêtre l’échafaud. Il fallait que le vent du siècle fût bien âpre. Mais les indépendants étaient bien autrement hostiles à cette reine de naissance, de situation, de famille, de maternité qu’il leur plaisait d’humilier comme une simple femme. Ce. qui n’était de la’ part du comte d’Essex qunn mauvais procédé eût été pour eux un acte, une vengeance, et l’on pressentait déjà qu'ils ne s’interdiraient pas plus les coups de hache que les coups de canon.
Entre les presbytériens et les indépendants, d’ailleurs, la guerre était incessante. Les indépendants suscitaient mille obstacles au généralissime, le conite d’Essex. Ils lui refusaient argent, munitions et soldats. Et non-seulement contre lui, mais contre lord Manchester, contre sir William Waller, contre sir Philippe Stapleton, contre Denzil Hollis et tous les autres presbytériens. Cette antipathie profonde se manifesta surtout dans l’ordonnance du renoncement à soi-même.
Le 16 décembre 1643, une motion faite à la chambre des lords sur l’inaptitude des membres du parlement à posséder des places lucratives avait été écoutée sans défaveur. Le 9 décembre 1644, Cromwell reprit cette motion dans la chambre des communes. Il s’estimait déjà comme l’instrument de la Providence, comme le prophète, comme l’apôtre de Dieu. Il travaillait à l’avénement des indépendants comme à son propre avènement. Plus de généraux presbytériens 1 plus de vieille armée! plus d’aristocratie! mais des généraux vraiment calvinistes, une armée rajeunie, une noblesse de théologiens inspirés. En d’autres termes, un chaos biblique dont Cromwell fera un monde nouveau !
Comment arrivera-t-il à son but? Par une habileté consommée. Les presbytériens étaient maîtres de tout, lorsqu’il s’écria dans la séance du 9 décembre 1644 : *• C’est aujour-