LIVRE QUATRIÈME
d'hui qu’il faut parler une fois pour toutes ou se taire à jamais. Il ne s’agit de rien moins que d’arracher à l’agonie une nation qui saigne. Je vous le dis, si nous ne poussons la guqrre avec plus d’énergie et de promptitude, si nous ne secouons les lenteurs dont abusent les soldats de fortune au delà des mers, nous lasserons le royaume et nous ferons haïr le nom du parlement.
•• Que disent, en effet, les ennemis? Que disent même beaucoup de gens qui étaient nos partisans à l’ouverture des chambres? Ils disent que les lords et les députés ont acquis de grandes places, de grands commandements, qu’ils ont ceint l’épée, et que, soit par leurs brigues dans les assemblées délibérantes, soit par leur influence dans l’armée, ils se perpétueront au pouvoir et perpétueront aussi la guerre, de peur que leur autorité ne cesse avec elle. Ce que j’exprime ici devant vous, d’autres l’expriment ailleurs. Je suis loin d’accuser personne. Je connais le mérite des généraux, membres du parlement, qui sont toujours en activité; mais sans dédaigner aucun d’eux, je puis l’affirmer du fond de ma conscience, — si l’armée n’est pas transformée, si la guerre n’est pas accélérée vers un dénoùment prochain, le peuple ne supportera pas le combat plus longtemps, et il nous forcera à une paix ignominieuse.
* Je vous recommande d’être indulgents à toutes les fautes des généraux en chef; moi-même j’ai commis des fautes, et comment les éviter toujours dans Les hasards de la vie militaire ? Au lieu donc de dresser un réquisitoire contre les auteurs du mal, découvrons le remède à ce mal. Voilà ce qui est indispensable. Et j’espère que nos cœurs sont trop anglais, trop dévoués au pays qui nous a vus naître pour que les membres de l’une ou de l’autre cliambre hésitent à se renoncer eus>mtmeSy et à sacrifier au bien public leurs intérêts privés. Quelle que soit la conclusion de la chambre, cette conclusion ne sera un déshonneur pour aucun de nous. »»
Ce discours agita les communes jusque dans leur profondeur révolutionnaire. Le grand mot avait été lancé, le mot qui allait balayer un trône et un autel, et ce mot, c’était le renoncement
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
à soi-même (le self denying). Par là, les modérés seraient terrassés, et les indépendants substitués aux presbytériens ; par là, les généraux quitteraient la selle de leur cheval pour leur fauteuil de député ou de lord à Westminster. Plusieurs orateurs, entre autres Whitelocke, insistèrent sur l’impossibilité de remplacer tant de généraux éminents parmi lesquels était Cromwell. Ne serait-ce pas désorganiser l’armée, et la décapiter, en quelque sorte, que de lui retirer les chefs qui l’avaient menée plus d’une fois à la victoire?
Cromwell conquit la chambre en la flattant. “ Monsieur le président, dit-il, non ce ne sera pas dissoudre nos armées que de réduire à siéger au parlement les généraux qui appartiennent à l’une ou à l’autre chambre. Mes soldats à moi, par exemple, ne sont qu’à vous, et c’est pour vous seuls qu’ils seront prêts à combattre, à vivre et à mourir. Si les autres soldats pensent comme les miens, vous n’avez rien à redouter. Ils ne font pas de moi une idole. Ils ne sont attachés qu’à votre cause , qu’à la cause de leur conscience. Vous pouvez leur ordonner ce que vous voudrez, je réponds d’eux, ils obéiront. «*
Le lieutenant général Cromwell s’était placé dans une situation vraiment admirable. Tout en réalisant le triomphe militaire et politique de son parti, c’est-à-dire son propre triomphe, il paraissait modeste, désintéressé, patriote austère et grand citoyen.
L’ordonnance du renoncement a soi-même^ si victorieusement soutenue par Cromwell , avait été rédigée par Zouch Tate, un membre du comité de la guerre. L’armée, selon lui, ressemblait à un malade qui consulterait sur une douleur du petit doigt, quand la masse du sang était corrompue. 11 fallait la reconstituer de la base au sommet et l’épurer entièrement. L’ordonnance du renoncement a soi-méme serait un premier palliatif. La chambre, sous l'ascendant de Cromwell, prépara un bill pour exclure des emplois civils et militaires tout membre du parlement. Un jeûne solennel fut indiqué. On chercha Dieu pendant ce jeûne et on le trouva. Henri Vane proclama bien haut dans un discours mystique cette heureuse solution. Elle était évidente, selon le témoignage de Vane,