LIVRE QUATRIÈME
David, David, occupée aux cris de Seigneur Dieu Sabaoth, Cromwell (14 septembre 1645), sur l’ordre de Fairfax, explique à Lenthall toutes les opérations du siège et ajoute :
•» Quand nous eûmes obtenu les avantages que je viens de décrire, les royalistes mirent le feu à la ville en trois endroits, et nous ne pûmes l’éteindre. C’était pour le général (Fairfax) et pour nous tous un grand sujet de peine ; nous craignions de voir réduire en cendres devant nos yeux une si fameuse cité. Pendant que nous considérions ce triste spectacle et que nous tenions conseil sur les moyens de pousser notre succès, le prince envoya un trompette... »* Un traité fut rédigé et signé.
« Le prince, ajoute encore Cromwell, est sorti de la place à deux heures de l’après-midi, escorté par deux régiments de notre cavalerie, et selon le privilège qui lui était accordé par la capitulation, il a choisi Oxford pour lieu de sa résidence,
“ ...Tout ceci est l’action de Dieu. Il faudrait être athée pour ne pas le reconnaître.
« Il est juste d’avouer qu’il est dû quelques éloges aux braves dont la valeur est si bien démontrée. Ils vous demandent humblement... de ne pas les oublier. C’est leur joie d’avoir été les instruments de la gloire de Dieu et du bien de leur pays. Ils sont honorés que Dieu ait daigné se senûr d’eux. Monsieur, les hommes qui ont été employés à ce service savent que la foi et la prière vous ont donné cette ville... Presbytériens, indépendants, tous ont en ceci le même esprit de foi et de prière, pensent de même de la présence de Dieu et obtiennent la même réponse de Dieu. Ils sont d’accord sur cela sans aucune nuance. Quel dommage qu’il n’en soit pas ainsi en toute autre chose !...
« Olivier Cromwell. *»
Raconte-t-il la prise du château de Basing, Cromwell a toujours le même timbre religieux. En politique, non moins que David en poésie, Cromwell est dans un dialogue perpétuel avec Dieu. Cet accent de piété n’empêche d’ailleurs aucune violence, aucune habileté, aucun piège, aucune diplomatie. Seulement Cromwell, qui a confondu sa cause avec celle du *« Seigneur
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
Dieu, Sabaoth » , s’arrange pour réussir et pour édifier tout ensemble ; son intérêt propre, son égoïsme même a sans cesse une teinte l)iblique. Lui Cromwell et Dieu ne sont qu’un. C’est un mélange redoutable.
C’est encore àLinthall qu’il adresse “ les bonnes nouvelles à propos de Basing. »•
« Nous avons éprouvé peu de pertes et passé au fil de l’épée beaucoup d’ennemis, parmi lesquels il y avait plusieurs officiers de qualité. Presque tous les autres ont été faits prisonniers. Dans le nombre se trouvent le marquis de Winchester lui-même, sir Robert Peak et divers officiers; j’ai ordonné de vous les conduire. Nous avons pris dix pièces de canon avec beaucoup de munitions, et nos soldats sont très-encouragés...
« J’avais chargé le colonel Hammond d’aller auprès de vous pendant que nous investissions cette place; il est tombé par accident entre les mains de l’ennemi. A notre grande joie. Dieu nous l’a rendu... C’est à servir d’une main fidèle vous et Dieu dans son œuvre qu’aspire
** Votre très- humble serviteur,
*• Olivier Cromwell. »•
Le château de Basing appartenait au marquis de Winche.ster, l’un des plus grands seigneurs de l’Angleterre. C’était à la fois une résidence pleine de luxe et une forteresse redoutable. Il résistait depuis trois ans, ce manoir colossal, aux attaques des parlementaires. Il avait des meubles précieux, des médailles, des tableaux ; mais ce qu’il contenait par dessus tout, c’étaient des canons, des fusils, des provisions fabuleuses de froment, de lard, de bœuf salé, d’orge, d’avoine et de bière. Tout cela, avec les livres, la vaisselle, l’or et l’argent fut pillé, brûlé, gaspillé, volé par les soldats de Cromwell, le tout sans la permission de Dieu et du général. On se battit hors des murs et dans les murs, au milieu de l’incendie et des balles. Cent corps gisaient dans les mines fumantes. Il y eut trois cents prisonniers, parmi lesquels l’architecte Inigo Jones, le graveur Hollar, quelques
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dames de haut rang et le marquis de Winchester lui-même. Ce noble personnage, beau-frère du comte d’Essex dont il avait épousé la sœur, fut sauvé par le colonel Hammond, son captif, qu’il avait gardé comme une caution de sa propre sûreté. Ludlow insinue que le colonel se laissa prendre pour protéger le marquis à la dernière extrémité. Quoi 'qu’il en soit de cette intention, Cromwell, qui avait de l’amitié pour le colonel Hammond, lui accorda la vie du marquis de Winchester. L’acteur Robinson, qui avait parodié avant l’assaut les parlementaires, fut trouvé entre les morts avec le major Cufïle, qui n’était ni anglican, ni arminien, mais papiste, et qui s’en vantait. Ce fut le major Harrison qui le perça de son épée.
Cromwell félicita Harrison , dont l’influence était grande parmi les indépendants, et que le lieutenant général ménageait à cause de cela. Il l'aimait aussi pour sa piété, et il était un de ceux à qui il communiquait les textes bibliques, sur lesquels il appuyait son cœur, avant un siège ou avant une bataille.
Olivier Cromwell ne se prononçait pas clairement. Il s’enveloppait d’obscurités involontaires ou calculées. Les royalistes abattus, sans insulter les presbytériens, il s’appliquait avec une persévérance indomptable à les perdre. Son parti à lui était le parti de l’armée, où dominaient les indépendants. L’armée, Cromwell en disposera à son gré. Après l’avoir menée à l’assaut des villes, des citadelles, il la mènera à l’assaut du pouvoir. Que ne fera-t-il pas pour la gloire de Dieu? Il sera prêt à tout. Si ce n’est pas assez d’être général, — il consentira ù être roi ou protecteur. Ces pensées roulent orageusement dans le génie de Cromwell, si fourbe ù la fois et si sincère, double énigme dont on ne peut séparer les deux mots, si l’on veut en avoir le sens complet, — et ces deux mots sont : ambition et religion. Cromwell n’oublie jamais Dieu, mais il n’oublie non plus jamais Cromwell.
Du reste à cette époque, les presbytériens, très-affaiblis dans l’armée, étaient encore puissants dans le parlement à la fin de l’année 1645. Ce qui le prouve, c’est la proportion des récompenses décernées par les deux chambres. Fairfax fut fait baron, et une dotation annuelle de cinq mille livres sterling lui fut
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allouée; Cromwell reçut aussi le titre de baron avec une dotation de deux mille cinq cents livres de revenu. Haslerigh et Vane eurent le môme titre de baron avec une pension de deux mille livres. Voilà pour les indépendants. Voici pour les presbytériens : Essex, Warwick et Hollis furent créés, les deux premiers ducs, le troisième vicomte. C’est une balance. Cromwell la brisera et il en dispersera les poids.