LIVRE Ql’ATRiÈME
Cromwell, le soir de la bataille de Naseby, avait écrit son bulletin à l’orateur du parlement, William Lenthall : « Cette journée est un coup de main de Dieu, disait-il... Le plus grand éloge qu’on puisse donner au général (à Fairfax), c’est qu’il aimerait mieux périr que de rien s’attribuer lui-même, et cependant, pour la valeur, on peut lui accorder, en cette conjoncture, tout ce qu’il est possible d’accorder à un homme. »»
Cromwell ajoutait : « Les hommes bien pensants (les indépendants} vous ont loyalement servi ; ils sont remplis de confiance ; je vous supplie, au nom de Dieu, de ne pas les décourager... Je désire que celui qui hasarde sa vie pour la liberté de son pays compte sur le Seigneur pour la liberté de sa conscience et compte sur vous pour la liberté civile dont il est le soldat. »
Ainsi quitte envers son général en chef, son parti et ses troupes, Cromwell se taisait sur lui -même, entraînant tout dans le torrent de son action. Fairfax lui obéissait le premier, au milieu des déférences de Cromwell.
Or, pendant que Charles déplorait amèrement le scandale de ses lettres et luttait avec des circonstances terribles, d’itinéraire en itinéraire de vaincu, Fairfax et Cromwell, sans négliger la géographie des évasions plutôt que des retraites royales, soumettaient les villes et les citadelles où la bannière des Stuarts flottait encore. Fairfax secourut Taunton, reçut à composition les cités de Bi idgewater et de Bath, conquit par escalade Sherborne. Cromwell réduisit le château de Winchester, Bristol, Langford-House, Falston-House et Basin-House. Les généraux parlementaires trouvaient de temps en temps des rassemblements de paysans armés de bâtons , des clubmen organisés pour se garantir du pillage. Ces hordes se réunissaient parfois au nombre de dix nulle. Fairfax et Cromwell employaient tour à tour la persuasion et la force pour les disperser, et pour enlever cette chance de recrutement au parti royaliste.
Cromwell rapportait toute louange à Dieu. Ses bulletins à Lenthall, président de la chambre des communes, sont d’un intérêt vraiment historique. *
A rhonoraàle William Lenthally 'président de la chambre
des communes, ceci :
< Winchester, septembre 1645.
- Monsieur, je suis venu devant Winchester le jour du Seigneur 8 septembre, avec le colonel Pickering ayant sous ses ordres son propre régiment et ceux du colonel Montagne et de sir Hardness Waller. Après quelque opposition de la part du gouverneur, nous sommes entrés dans la ville. J’ai sommé le château de se rendre; sur son refus, nous avons dressé nos batteries... Après environ deux cents coups de canon, nous jugeâmes la brèche praticable, et nous proposâmes de commencer l’assaut le lundi au matin. Dimanche, vers dix heures du soir, le gouverneur demanda à parlementer et à traiter. J’y consentis, et je lui envoyai le colonel Hammond et le major Harrisson, qui convinrent avec lui de la capitulation.
« Cette affaire, nionsieur, est une nouvelle grâce divine. Vous voyez que le Seigneur ne se lasse pas de vous protéger. J’avance que sa faveur envers vous est aussi évidente, quand il s’empare des cœurs de vos ennemis et les contraint à vous céder des places fortes, que lorsqu’il donne à vos soldats le courage de surmonter de terribles difficultés. Il faut ici grandement reconnaître la bonté de Dieu, car le château avait une bonne garnison de six cent quatre-vingts hommes de cavalerie et d’infanterie; il . renfermait près de deux cents gentilshommes... bien pourvus, avec quinze mille livres de fromage, une grande quantité de blé et de bière, vingt barils de poudre et sept bouches â feu. Les ouvrages étaient en excellentes construction et disposition, de sorte que probablement nous n'aurions pu les prendre d’assaut qu’au prix de beaucoup de sang. Nous n’avons perdu que douze hommes. Je vous le répète, que le Seigneur seul en soit béni, car le tout est son œuvre.
- Olivier Cromwell. »
S’agit-il de la reddition de Bristol, attaquée aux cris de