‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 94 sur 217 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

pas au jugement des hommes. » Il avait écrit à lord Wharton :

** Saints si l’on veut, mais non moutons ou agneaux. » Il disait à Fairfax : - Nos ennemis s’écrient qu’il ne faut pas outrager le roi; je le veux bien, pourvu que d’abord on ait pitié de l’armée et du peuple. »

' L’anarchie disciplinée de l’armée avec ses deux conseils, l’un composé d’ofâciers, une chambre des lords, l’autre composé de sous-officiers et de soldats, une chambre des communes ; cette anarchie militaire furieuse, et néanmoins très-souple à de certaines directions supérieures, avait été déconcertée un instant par la retraite des presbytériens, de Hollis surtout, qui enflammait ses collègues, même Prynn, l’ancien martyr de Laud, Prynn l’adversaire imprévu de l’armée, le défenseur plus imprévu du roi. La bataille de Preston ressuscita l’omnipotence des soldats et de leurs chefs. Cette armée grandit de nouveau, et Cromwell grandit aussi dans des proportions soudaines et inattendues. La gloire et l’ambition les menaient ensemble au ^ régicide. De tous les bivacs pleuvaient des pétitions qui demandaient le jugement du roi, le coupable de la première et de la seconde guerre civile, l’auteur de tous les maux qui désolaient l’Angleterre. Le régiment du commissaire général Ireton et celui du colonel Ingoldsby devancèrent tous les autres dans l’expression menaçante de ce vœu d’échafaud.

Le roi connaissait à Newport les desseins de l’armée. Malgré les liaisons de Hammond avec Cromwell, Charles n’était pas sans confiance dans le gouverneur de l’Ile de Wight. « Il est de bonne naissance, disait-il, et le neveu de l’un de mes chapelains. »» Tant que le colonel Hammond était là, Charles se croyait à l’abri d’un guet-apens. Il fut très-ému d’une lettre de Fairfax qui mandait le gouverneur de l’île de Wight à Windsor. Cette lettre du 25 novembre fut suivie, le 26, de l’arrivée du colonel Ewers, remplaçant du colonel Hammond auprès du roi. Le gouverneur refusa, au nom du parlement, de qui il tenait son poste , de le quitter sur une injonction du général en chef. Le colonel Ewers se retira, et Hammond devint suspect à l’armée. Il se mit en route pour se justifier. Cela paraissait diflncile ; mais il fut tiré d’afiaire par une arrestation qui n’était

HISTOIRE d’olivier CRO^IWELL

pas sérieuse et que Cromwel sans doute ordonna. Elle avait été précédée d’un billet du lieutenant général, où il fortifiait sinistrement Hammond contre le grand scrupule du régicide.

« Cher Robert, lui écrivait-il, il s’agit de savoir si notre situation est celle de la résistance légale. Robert, je te dis seulement : Cherche dans ton cœur une réponse à ces trois ques-* tions : 1® le salut du peuple est-il la loi suprême? 2® tout l’avantage de la guerre ne va-t-il pas être perdu? 3° enfin cette armée n’est-elle pas un pouvoir réel appelé par Dieu pour sauver le peuple et combattre le roi de façon à obtenir le triomphe? Robert, oublie les hommes et interroge le Seigneur. Nè crains pas les obstacles, mais mesure-les et agis ensuite... Je t’écris tout cela parce que je t’aime' et que je ne voudrais pas te voir t’écarter de la ligne droite. Adieu, Robert.

« Olivier. »»

Le colonel Hammond avait laissé une double copie de ses • instructions parlementaires pour la sûreté du roi à Boreman, commandant du château de Carisbrook, et à Rolfe, commandant de Nêwport. Ces deux officiers, le dernier surtout, qui, six mois auparavant, avait été accusé et acquitté sur un projet de meurtre contre le roi, n’inspiraient pas une grande sécurité à ce malheureux prince. 11 s’attendait à tout. Il redoublait de ferveur, et dans l’éloignement des chapelains de son choix il était son chapelain à lui-même. Le 29 novembre, il reçut l’avertissement qu’une troupe de cavalerie arriverait le 30, pour le faire prisonnier. Il était à Newport captif encore du parlement, non de l’armée. Le duc de Richmond, le comte de Lindsey et le colonel Coke le pressèrent de s’évader. La nuit du 29 au 30 était noire. Coke avait surpris le mot d’ordre. Des chevaux et un canot étaient prêts. Le roi ne voulut pas fuir. Il s’était engagé à rester dans l’ile pendant vingt jours, après ses négociations avec le parlement. Il avait donné sa parole d’honneur. Il fut sourd à toutes les instances.

Le lendemain, il n’était plus temps. Le lieutenant-colonel Cobbet était à Newport avec une compagnie de dragons. Rolfe lui prêtait son concours. Ils se rendirent, l’un et l’autre, à la

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