‹ Histoire d'un coup d'état (décembre 1851) d'après les documents authentiques, les pièces officelles et les renseignements intimesChapitre 20 sur 40 · J0 HISTOIRE · texte numérisé non relu

J0 HISTOIRE

Saint-Amand, sous-préfecture, à quarante-quatre kilomètres de Bourges, du côté de TAIlier, compte de 7 à 8,000 habitants. Les idées socialistes y avaient été accueillies avec ferveur, et, dans la journée du 3, elles y voulurent faire ce qu'elles préparaient pour 1852. Des groupes nombreux se forment, proférant des cris séditieux, injuriant et menaçant les autorités. Un instant, le sous-préfet, qui s'était présenté pour les haranguer et les disperser, a été entouré. Ces lâches ne le laissent partir qu'après l'avoir maltraité et frappé. Ils traitent de même le commissaire de police, le saisissent, le terrassent. L'un d'eux menaçait de le tuer; le brave magistrat lui fait sauter la tête d'un coup de pistolet. Immédiatement, les autorités appellent sous les armes de nombreux volontaires, qui, réunis à la compagnie d'artillerie de la garde nationale, à la gendarmerie et à une compagnie de grenadiers du 41®, rétablissent promptement l'ordre. Dans la nuit, le procureur général, le général et le nouveau préfet partaient de Bourges avec deux cents hommes, tant cavaliers que fantassins, pour se porter sur Saint-Amand. Prompte justice a été faite. Des arrestations nombreuses ont été opérées. 1-e procureur général, le préfet et le général sont rentrés dès le lendemain à Bourges, ramenant une partie de la troupe, qui n'était pas nécessaire au maintien de l'ordre.

Le commissaire de police Lambert a fait preuve d'ua grand courage et d'une énergie qui doit servir d'exemple à tous les fonctionnaires.

G)mme partout , les insurgés avaient voulu sonner le tocsin, et s'étaient présentés chez le sieur Rémond, dépositaire des clefs du clocher. Ce brave homme a résisté, les armes à la main, aidé des personnes de sa famille, et n'a pas livré les clefs.

Le reste du département a été tranquille. Quelques tentativesde désordre, qu'aussitôt les honnêtes gens ont réprimées, ont voulu faire, à la Charité, pendant à la rébellion de Saint- Amand.

Il est bien certain que ce département était un de ceux sur lesquels les anarchistes comptaient le plus.

Nous le répétons, si leurs plans y ont échoué, cela est dû à Tatlitude des autorités, et notamment à la courageuse initiative prise par le procureur général Corbin dans ses magnifiques discours, qui ont été pour ses justiciables à la fois une prophétie et un avertissement salutaire.

Allier. — Dans ce déparlement, l'insurrection éclata presqu'en même temps que dans le Cher, à Saint- Amand. Elle menaçait à la fois Moulins, Montluçon, Gannat et la Palisse.

L'insurrection n'a pu se développer que dans ce dernier arrondissement. Le plan des insurgés était de se porter à la fois, dans la nuit du 3 au 4, sur Moulins et sur les chefs-lieux d'arrondissement et de s'en emparer par surprise.

A Montluçon, la surveillance et l'énergie de l'autorite surprirent les meneurs et déconcertèrent leur plan.

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Ils étaient réunis, prêts à donner le signal du mouvement, quand le sous-préfet, le procureur de la Repu* bliifue et un adjoint au maire, vinrent avec la force publi(|ue cerner la réunion et s'emparer des plus dangereux de ces démocrates. On les surprit armés jusqu'aux dents et munis de cartouches et de halles mâchées. A la suite de ce coup de luain hardiment exécutè| plus i\c trente arrestations ont été opérées. C'était surtout sur Ceriily et ses environs que comptaient les meneurs de Montiuçon.

A (lannat, dans cette même nuit, le mouvement devait éclater. Plus de soixante des principaux démocnites du chef-lieu et de Tarrondissement étaient réunis aux portes de la ville, prêts à se porter sur la Sous-I^réfccture. Mais Téveil avait été donné à Tautorité; le souspréfet, le nouveau maire, le docteur Boudant, avaient réuni les bons citoyens et s'apprêtaient à bien recevoir les insurgés. Prévenus de cela, ils n*asérent pas tenter Tattaque et se retirèrent. Un détachement du t8* de ligne, parti de Clermont-Ferrand, vint prêter son ap* pui aux habitants de Gannat, dont un grand nombre s'étaient insi*rits sur un registœ comme défenseurs de Tordre. De nombreuses arrestations furent faites par le procureur de la République, le sous-préfet et Tofficier de gendarmerie, qui a montré dans cette occasion beaucoup de fermeté.

A Moulins, il v eut commencement d'exécution . Dans la journée du ^, des groupes s'étaient formés et des eoneiliabules démagogiques avaient été Ienu5« Le prfc-

fet, U. de CharnailteSy avait fait arrêter plusieurs de» chefs et les avait fait déposer à la maison d'arrèt^^ Déjà ce coup d'autorité déconcertait les démagogues. N'importe, décidés à agir, ils se réunissent dans la nuit, au nombre de deux cent cinquante, dans le petit bourg d' Yseure, à un quart de lieue de Moulins, et décident de se porter sur la ville, pour délivrer les prisonniers et s'emparer de la Préfecture et de THôtel-de-Ville. Mais le préfet était au courant de ce qui se passait, et deuxcolonnes de chasseurs partirent de Moulins pour se porter silencieusement sur le point de réunion. Le mouvement était combiné pour que les deux colonnes arrivassentau même moment. A minuit, malgré les précautions prises, les insurgés, prévenus de l'approche de l'une des colonnes, prennent la fuite en sens opposé, et vont donner tête baissée sur celle qui arrivait pour les prendre par derrière. Â cause de l'obscurité, douze seulement purent être pris et furent déposés à la maison d'arrêt. Ih avaient pour armes des faux, des fusils de chasse^ des pistolets, des fourches, des poignards.

Les contingents qui arrivaient de Dompierre et de £hevagnes, formant un effectif de cent trente insurgés, ayant appris la déroute de la première colonne , jugèrent prudent de rebrousser chemin et de se dis-<^ perser.

Une proclamation énergique du: préfet fut affichée, le 4 au matin, dans Moulins.

Des armes furent distribuées à la garde nationale. Le concours des bons citoyens fut réclamé pour l'orgaoi-

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sation do colonnes mobiles, et un arrêté fut pris qui, TU rimminence du danger, mettait le département de l'Allier en état de siège.

Dans rarrondissenienl de la Palisse, les événements furent l>eaiicoup plus graves. Malheureusement, de ce côté, rautoritê était endormie dans une sécurité qu*on ne cornpn*nd pas en pareille occurrence. Les postes de la garde nationale a>aienl, comme d*habitude, été levés dés le milieu de la nuit, personne ne veillait quand rinsurrection se montra d'autant plus forte qu'elle avait pu s'organiMT sans ol)stacle.

Ce fut dans la journée du 3 que les démocrates da Donjon* commune importante de l'arrondissement de la Palissi*, donnèrent pour la nuit le signal de Tinsurrection. Les principaux meneurs furent un médecin, un pharmacien et un notaire de la localité. Toute la soinV fut employée à combiner le plan d'insurrection, à mettre en état les armes et les munitions dont on pouvait dispi^T. De neuf à dix heures, les insurgés commençaient à se réunir. Un peu avant minuit, ib éUiient au nondire d'environ deux cents. Le maire, M. de la Itoutri'sse, son adjoint, le juge de paix et un autre citoyen, signalé comme dévoué à l'ordre, furent arrachés de leur lit et emmenés, sans qu'on leur permit de prendre tous leurs vêtements. Ils étaient jambes nues, n'ayant ({ue des sal>ots aux pieds. On les fit monter, ou plutAt on les jeta dans une charrette à fumier ; les plus mauvais garnements de la bande servaient d'escorte, le rassemblement tout entier se mit en chemin

pour la Palisse. On marchait lentement et la nuit était froide, une brume glaciale tombait sur les pauvres prisonniers à demi vêtus. Ils grelottaient , et la vue de cette souffrance arrachait d'atroces moqueries à leurs conducteurs. L'un d'eux, M. delaBoutresse, se sentant glacé, voulut battre des bras pour se réchauffer. On lui attacha les mains, afin de lui ôter cette ressource, a II est tout prêt au moins pour être fusillé, disait l'un de ces forcenés. — Allons donc, ça ne vaut pas une balle, ces aristos, disait l'autre. » Et les propos les plus abominables se croisaient, entremêlés d'horribles blasphèmes et de refrains démagogiques, où la guillotine avait toujours les honneurs du couplet. Ce supplice dura jusqu'à sept heures et demie du matin. On était en vue de la Palisse. Tant était grande l'incurie, nul ne se doutait du danger, et les bandes socialistes , qui s'étaient recrutées en roule d'une centaine d'hommes, purent commencer à entrer dans la ville, sans coup férir. Mais le sous-préfet, M. de Rochefort, qu'on venait de prévenir, se disposait à racheter par le courage le plus héroïque l'excès de confiance qu'il avait eu le malheur d'avoir. A la tête de quelques gendarmes, il vient bravement attaquer les insurgés, qui accueillent par un feu terrible cette poignée d'hommes. La plupart sont blessés , la résistance est impossible. Forcé de battre en retraite, le sous-préfet rentre dans la Sous-Préfecture, oii bientôt ces forcenés le suivent. Là, on Toutrage de la façon la plus abominable, on veut le contraindre à mettre une écbarpe rouge.* Le courageux fonctionnaire

refuse. Des fusils sont braqués sur sa poitrine ; il refuse encore, il refuse toujours, car il veut qu'à défaut de la force, l'honneur et la dignité restent au représentant du gouvernement. Martyr de l'ordre social, il a son sang, sa vie à donner. Il ne les sauvera pas par une lâcheté. Pendant qu'une partie de ces bandits était à la Sous-Préfecture , d'autres saccageaient et volaient, d'autres enfin barricadaient les abords de l'édifice, et c'était prudent à eux, car sans ce rempart, ils n'eussent pas riposté peut-être aux quelques braves qui viennent pour délivrer le sous-préfet. C'est la brigade de gendarmerie, déjà mutilée, qui se présente avec une quarantaine de gardes nationaux, que le cri : aux armes, a réunis dans la ville.

Les insurgés ont pris position sur la terrasse de l'église et se sont retranchés derrière leurs barricades. Puis ils ont fait, les infâmes ! une barricade vivante de leurs prisonniers. Les gendarmes n'osent pas tirer, ils s'élancent le sabre à la main; mais les brigands dirigent sur eux une fusillade tellement nourrie qu'en un instant ils sont hors de combat. Trois simples gendarmes sont blessés grièvement. Le maréchal -des -logis Lemairc est mortellement atteint, le lieutenant Combat reçoit une blessure dont il doit mourir au bout de quelques jours. Trois gardes nationaux sont atteints, mais légèrement. Les insurgés étaient trois cents contre quelques hommes, mais ces quelques hommes sont des héros. Va-t-on les respecter à terre ? Ces gendarmes blessés, va-t-on, maintenant qu'ils sont là gisants,

voir en eux des hommes qu'il faut secourir? Terrier, notaire au Donjon et Tun des chefs, se précipite, le lâche, sur le brave maréchal-des-logis Lemaire qui est étendu, horriblement blessé de dix coups de feu et mourant, il lui tire deux coups de pistolet. Puis, les scélé-

rats qu'il commande traînent le cadavre sur les dalles de l'église, le percent à coups de baïonnette, dansent dessus et écrasent la tète à coups de crosse de fusil. Rocher, notaire à la Palisse, comme son confrère, participe à l'assassinat d'un gendarme. Qu'on dise encore que c'est l'ignorance qui fait commettre de tels actes! Ils ont assouvi leur rage, mais la cruauté froide, plus féroce encore, est dans le cœur de ces bandits. Ils laissent étendus par terre et baignés dans le sang, non pas seulement sans les secourir, mais en les insultant, les trois gendarmes blessés et leur lieutenant Combat. Combien de temps? plus de deux heures.

Après leur victoire, si affreusement déshonorée, les insurgés conduisirent à la maison d'arrêt les quatre prisonniers du Donjon. L'un d*entre eux, le juge de paix, était malade et se soutenait à peine ; en entrant, il appuie la main sur le chambranle de la porte; un coup de crosse lui brise deux doigts.

Le sous-préfet, au moment de la bataille, était parvenu à s*éehapper. S'élançant sur un cheval, il passe à travers la fusillade qu'on dirige sur lui, et va au-devant d'un escadron de chasseurs, qu'à la nouvelle des événements on avait dirigé sur la Palisse.

Aussi lâches quils étaient barbares, les brigands, à

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