U HISTOIRE
la nouvelle que la troupe approche, quittent la Palisse et retournent au Donjon.
Après le départ de ces forcenés , les prisonniers furent remis en liberté. Le juge de |>ai\, blesse, eut l'imprudence de s'en retourner chez lui, où il fut de nouveau arrêté. Ce ne fut qu'à la nouvelle que dc*s troupes marchaient sur le Dcuijon qu*on le relâcha.
Pendant que les bandes <lu Donjon accomplissaient leurs horribles exploits sur la Palisse, les démocrates de Jailigny, aussi sous le commandement d'un médecin et d'un pharmaci(*n, si» portèrent sur la m:iirie, dans la jouriiée du jeudi i, et firent le maire prisonnier. Ce courageux fonctionnaire n'*sista de la façon la plus énergique. Il fut frappé, terrasser et relevé dans nn état déplorable. Le médecin lui appuya le canon de son fusil sur la poitrine. Les bandits se répandirent ensuite dans les communes voisines pour y recruter dos partisans.
Ils uv tardèrent pas à voir leurs forces s'augmenter d'une partie de la bande du Donjon, qui avait fui de la Palisse. Ils résolurent d'attaquer .Mouhns, et se mirent en marche.
Mais l'api^el du préfet avait été entendu, et les cîtovens de c«tte \ille venaient d'enthousiasme s'inscrire |H)ur la dt*f(*nse de l'ordre. Plus de sept cents volontaires furiMit armés et partirent à la rencontre des lMUid(*s insurrectionnelles, qui n'attendirent pas le combat et s'enfuirent dans toutes les directions.
Ce jour-là même, un escadron de chasseurs occupait
la Palisse, et les autorités procédaicmt activement au rétablissement de l'ordre et à l'arrestation des coupables.
Le lendemain, Jalligny et le Donjon voyaient arrivei la troupe et la colonne mobile de volontaires partie de Moulins, à la rencontre des insurgés, qui avaient fui.
Le préfet et le colonel Pierre se portaient, avec des chasseurs, sur Cerilly, où un commencement de trouble s'était manifesté.
Partout on pousse activement l'instruction contre les insurgés , et les arrestations se font sans relâche. Le plus grand nombre de ceux qui ont fait partie des bandes est sous la main de la justice. Â Roanne, on arrête Terrier et Préveraud, deux chefs de l'insurreolion du Donjon. Le 7, l'ordre était complètement rétabli dans rAllier, et les colonnes mobiles rentraient à Moulins, ramenant leurs prisonniers. Ces malheureux^ attachés deux à deux, marchaient entre deux haies de gardes nationaux, précédés et suivis de forts détachements de chasseurs. L'attitude de tous exprimait l'abattement le plus profond; celle de quelques-uns, il faut le dire pour l'honneur de l'humanité, exprimait aussi la honte.
Yonne. — La nouvelle des événements accomplis à Paris parvint à Auxerre et à Sens, à deux heures de Taprès-midi, le 2 décembre.
Le préfet, M. Rodolphe d'Omano, et le général La-
verdière, commandant l'état de siège de l'Yonne et de
If
2i6 HISTOIRE
rAiil>o, priri*nt iniinêdiateiiiciit les iiiosiiri'S qu'ils jugén*iit les plus conviMiahlrs au maintien de Tordre. I/Yonne est un des centres de la démagogie; les trou» Ides reeents dont Ci' département a (Hé le théâtre sont de nature à inspinTdes craintes sérieuses. On a peu de tmu|>es. Il n'y a dans Auxerre (|ue trois cent cinquante i*ecnn*s du lli" léger et les dépôts des \" et 7^ lanciers, en tout cent lionnnes montés. On concentre les brigades de trcndaruierie dans les chefs-lieux , alin de les avoir >ous la main |N)ur agir contre les locaht('*s qui s'insurgeraient, et pour «pfelles ne soient pas écrasées sous le nombre dans leurs résidences.
Ce lut dans Ws cantons de Coidanges-sur-Yonne et de Saint-Sauveur, riverains de Clamecy, que le soulè* venu^nt se manifesta. Le .'î, (pielques heures après que rinsurnrtion eut commencé dans cette ville, on sonna le tocsin dans les coinnumes de Druyes, d^Andryee, d'Ktais. de Siugères, de lV>usseaux et de Surgy , cette dernière sur Textréme limite de TYonne et de la Ni^ vre , mais appartenant au dernier dé|Kirlenient. La plu|»art des habitants, se levant en masse et s'armaDt de tout ce i|u*ils purent trouver, s(? |H>rlèrent sur Cla« mecy, déjà au p4UiV4Hr de l'insurrection, et prirent part aux scènes ahominables dont cette malheureuse ville fut le tlmUiv. l)<»s iKindes S(* |M>rtèrent sur T^oulanges; mais M. Ilarrey. maire, avait organise* la résistance, grâce au conc4Kn> des habitants. Le pont était barricadé. Il lit dire à l'autorité su|NlTieurc qu'il se chargeait de la défense de la ville; et, en eiret, pendant
D*UN COUP D'iTAT. Wi
trois jours, il se maintiat dans cette honorable défensive, sans que les insurgés osassent venir Fattaquer.
APousseaux, le maire, M. Bonneau, vieillard âgé de soixante-seize ans, ayant voulu s'opposer au départ des bandes, fut odieusement assassiné. Il tomba frappé de six balles à la fois. C'était un digne prélude aux atrocités qu*on allait commettre à Clamecy.
Le lendemain, 6, jour de foire à Saint -Sauveur, Thiébault, professeur de médecine vétérinaire à la Fernie-Ëcole , et signalé comme chef de sociétés secrètes et comme démagogue fougueux, se mit à haranguer les démocrates, qui s'étaient donné rendez-vous à cette foire, principalement des cantons de Bléneau et de Saint-Fargeau. Ce forcené, excitant la foule par ses discours incendiaires et criant : aux armes, les conduisit à la mairie , où , malgré la résistance énergique de M. Dclamour, les armes destinées au service de la garde nationale furent enlevées. L'un de ces bandits , nommé Patasson , ajusta, à plusieurs reprises, le juge de paix. Après ce premier exploit, on fit la fouille des maisons particulières, où l'on prit tout ce qu'on trouva d'armes. Les habitants paisibles furent indignement maltraités, et quelques-uns forcés de se joindre aux insurgés. On se sépara ensuite pour aller, chacun dans &a commune, chercher des renforts, et on se donna rendez-vous pour le soir à Saint-Sauveur. I^ nuit venue, les insurgés se mettent en marche, divisés en deux bandes, pour se porter sur Auxerre. La première doit |>as6er par Toucy, où elle raUiera les bandes de
Yilliors, Saint-lUMioist otMczilles, de rarrondisscment (le Joiirny, lrs(|ii4'ilos, ohôissiint an mot (fordre envoyé, iiiarciiriil de leur e«Mé sur le ehef-lieu. Iàï S4H!0iid€ liandcy |KU*taiit île Saint-Sauveur, se dirige sur Auxorre par Tliury, Taingy, Ouanne et Leugn>. Dans toutes les roinninnes oii celles passi^nt , ees imndi*s sonnent le toesin. {ûllent les armes, maltraitent les liahitants paisihIeN et foreent le plus grand nondire à marcher avec eux.
Touey, menaeé d'une double invasion, allait donc devrnir un |Miint eentral d'opération pour les insurgés. I/Mianne y était grande; le maire, M. Arrault, membre <iu etmsiMl général , avait réuni la eom|)ignîe de sa|»eurs'poMipiers, armé les citoyens de lionne volonté, et se préparait à faire une én(*rgi«pir résistance. Mais les nou\(*ll(*s tpii lui arrivaient lie tout«*s parts lui donnèrent lie srrieuses inijuiétudes. Il depéeha des courriers qui \inrent à Auxerre préxenir le |)réi'et et d«.'mander des secours. M. le lieutenant-colon(*l do t'IieiTontaines, dcsiunt' poiu' coinmandrr l'état ilv siegt*, y était arrivé dans la journér. On im' pou\ait drgarnir Auxerre, car on recexait la nouvcllr ipie rinsurrection d(* Saint-Flo* rentin. arrondissement «^itué à Tautn* i*xtiémitê du département, menaçait le rhef-licu, et que, d'un autre côté, i(S iiandrs de S;unt'Sau\(*ur, qui a\aient pris la route di' Tliur). allaient attaquer dans la nuit. On ne put laiie partir, à on/e heures du soir, que vingt-ciuq hommes d'infanterie en poste , et dix gendarmes i cheval, sous le commandement du lieutenant Fistié ,
D'UN œUP D'ÉTAT. %ê9
du 1 5' léger. Ce renfort arrivait à Toucy à deux heures du matin. 11 n*eut que le temps de se ranger en bataille pour recevoir la bande insurrectionnelle qui entrait dans la ville par la route de Dracy. On marche en colonne, la troupe en tête, sur les insurgés, qui, au cri deiqtd vive? répondent par un coup de feu. a Apprêtez, armes!» dit le lieutenant. Le maire, emporté par un sentiment de générosité qu'on ne peut s*empêcher d'admirer, se jette devant les soldats et veut employer les moyens de conciliation , mais les insurgés ne Técoutent pas. Le lieutenant fait alors charger à la baïonnette, et plusieurs insurgés tombent sous le feu des défenseurs de l'ordre. Toute la bande prend la fuite en laissant vingtcinq prisonniers entre les mains de la troupe, parmi lesquels Chauvot et Tricotet, deux de leurs chefs. A peine les a-t-on mis en lieu de sûreté qu'il faut aller faire tête à la colonne de Saint-Sauveur, forte d'environ deux cents hommes comme la première. Les insurgés engagèrent le feu, mais prirent la fuite aux premières décharges, laissant plusieurs morts et quinze prisonniers. Un soldat, le fusilier Lavaud, fut blessé à la cuisse, un gendarme reçut un coup de faux. Le lieutenant Fistié montra le plus grand sang-fro'd dans ces deux affaires. On cite aussi, comme s'étant particulièrement distingués, les deux capitaines de la garde nationale. Carré et Fontaine. Blessé dans la première affaire d'un coup de pique dans le ventre, le capitaine Carré s'est fait panser à la hâte pour retourner à la conde. Ainsi, sur ce point, force restait à l'autorité.
ÎM HISTOIRE
La scKTonde bande, partie rie Saint-Sauveur, laissant derrière elle Taingy , Ouanne ot lieugny, arrivait à huit heures du matin à Kscamps. 1^ population tout entière avait pris la fuite et se cachait dans les vignes, dans les bois. Après avoir tout mis à sac dans la localité, clic se dirigea sur ('.hevannes, où elle entrait à neuf heures. Chevannes n'est cpi'à doux lieues d'Auxcrre. Ce fut li que la ruionne, envoyée d'Auxerre contre les insurgée, les rencontra. Le lieutenant de gendarmerie, Pelit- Maiigin, oflicier brave et intelligent, avait avec lui dii gendarmes, dix lanciers et vingt-cinq hommes d'in* fanteric* du LS« léger, sous les ordres du lieutenant Rogé. tlhevannes fut emporté sans coup férir, et plusieurs insurgés furent pris. Marchant précipitamment sur Escauips. par où la bande batt::it en retraite, oo les en délo«:ea à coups de fusil en leur tuant sept hommes ci en faisant encore des prisonniers. La troupe se mit à la poursuite des insurgés qui fuyaient dans toutes les directions en jetant leurs armes. Dans celle poursuite, le lieutenant Rogé a tué de sa main un in« surgé (pii venait de tirer sur lui. Après avoir battu le pays pendant huit lieues, la colonne est arrivée à Toucy avec ses prisonniers. Ils étaient attachés sur des chai^ rettes qu'avaient fournies les habitants des localilét qu'on avait traversées.
La kinde , qui de Saint-Florentin se dirigeait sur Auxerre, n'avait pu s'em|>arer à Saint-Florentin mène de la mairie , énergiquement défendue par le juge 4e paix et par le maire. Arrivée à Pontigny, elle avait été
complètement démoralisée par la résistance des habitants, qui ne voulurent pas se laisser désarmer, et s'était immédiatement débandée.
Aussitôt qu'il avait eu connaissance du mouvement de Saint-Florentin, le sous-préfet de Joigny avait envoyé dix lanciers et cinq gendarmes» avec ordre de s'emparer des deux principaux chefs, Brunat et Gauchard. Cette petite troupe n'y était arrivée qu'après le départ des insurgés, repoussés dans leur tentative sur la mairie.
Ainsi, dans ce département, l'organisation des bandes est évidente. Une même pensée les dirige, elles obéissent au même mot d'ordre, puisque de quatre points à la fois elles marchent sur Auxerre au même moment. Dès le matin du 6, les quatre colonnes de la démagogie étaient en pleine déroute. Partout, les com^ munes rurales organisaient des gardes nationales pour se défendre en ca8 d'attaque. Dès le 7, il n'y a pas un seul novau d'insurrection subsistant. De tous côtés, on amène des prisonniers. Les maisons d'arrêt d'Auxerre en renferment à peu près deux cent cinquante. Guyard, huissier à Sougères, Commeau, propriétaire à Entrains, ont été arrêtés ; le dernier a été pris par les habitants qui Tonfamené, attaché derrière une charrette. On s'est emparé aussi d'un nommé Landré, cordonnier, chef de bande à Saint-Sauveur. Il marchait à cheval en tête de la colonne, un autre faisait la même chose en queue; quiconque eût voulu quitter le rassemblement eût été tué à coups de fusil par ces forcenés. C'est surtout dans
la Puisaic, pays qui borne la Nièvre, et où les proprié* tés ne sont |>as iiiorcelêcs comme dans le reste du département, que la démagogie a trouvé des recrues.
Nièvre. — G* département a eu, avec celui du Jura, le triste privilège de fournir à Thistoire tout ce qu'il y a de plus révoltant, de pins honteux, de plus atroce dans les exploits de la jacquerie socialiste : Clamecy, Poligny, deux noms(|ui resteront hien Irislcment célèbres! Pourtant ce ne SiM*a {las notre plume ({ui révélera les abominations qui ont mis tant de deuil dans ces deux mallieureust>s villes. On recule d*horreur et de honte quand on pénètre dans l'intimité de ces atrocités hontens(*s. Silence! res|K:cl aux %ictimes (pii dorment dans le tombeau ! respect aux douleurs qui vi\ent dans les ca*urs !
(^lamecv est une ville d'environ six mille âmes, si«tui'e aux confins du dé|>artement de la Nièvre, limitrophe de TYonne et distante d'environ dix-huit lieues de Ne\ers. Assise sur le confluent du Beuvron et de r Yonne, au pied d'une montagne qui la domine enti( renient, elle a de \ieiix monuments et de vieux souvenirs. Son origine est bi antique qu'on Tignore. Malheureusement, Clamecy était depuis quelcfue temps un foyer de socialisme, et beaucoup de ses habitants, qitelques-uns même d'entre les notables, étaient afliliés aux honunes de is.'ii. Malheureusement aussi , b sécurité, ce crime des tièdes, y était grande; on ne voulait pas y croire à certaines éventualités. Plût au ciel
DTN COUP D*ÉTAT. 253
qu'elles n'eussent été que les évocations de la peur ! À la nouvelle des événements de Paris, les démagogues du lieu, prévenus dans leurs complots , se hâtèrent de se concerter. On vit les afHliés des communes voisines, on s'assura de leur concours, et, pour le vendredi 5 au soir, le signal fut donné. Le sous-préfet, témoin des menées socialistes, avait ordonné quelques arrestations. Ce fut le prétexte apparent. On se réunit sur la place de la Prison , et bientôt arrivèrent les contingents des communes voisines. Tout ce qui environne Claraecy s'insurgeait , et les bandes commençaient à arriver de la Puisaie, pays limitrophe de FYonne. Le tocsin sonne à la fois dans une foule de communes. Pendant ce temps-là, les insurgés, déjà réunis, attaquent avec acharnement la prison, où les gendarmes résistent avec une admirable énergie, mais sont enfin accablés sous le nombre. Deux de ces braves y sont frappés mortellement. Les insurgés défoncent les portes et délivrent les prisonniers. L'un de ces derniers se met immédiatement à la tête des rebelles. Ce chef est un jeune homme de bonne famille , condamné , à Paris , à six mois de prison pour outrage public à la pudeur. Ils marchentsur la mairie et s'emparent de cinq cents fusils. Dès lors, la ville a été complètement envahie, mise à sac, pillée, les maisons particulières dévastées. Les insurgés se présentent à la recelte particulière et y volent 3,000 francs. Nais ce n'est pas assez de la révolte à main armée, le pillage et le vol: car, ce qui triomphe à Clamecy, c'est la démagogie, c'est le socialisme, c'est^ en un mot, 1852.
tu HlSTOlKb
ATaMiYro doiu^ los cannihaics et li*s iiifàiius, puisque la Providciirc Ta permis; à l'œuvre ! que la France voie, dans r horrible épisode de Claiiiecy, ce qui TaUendait dans les menaces, dans les promesses, dans les espé* rances de iSiiiï
Mnnier, instituteur depuis plus de vingt ans, directeur de rfÀ'ole mutuelle : on l'assassine, lui qui a instruit les pèn*s, et (pii, aujourd'hui encore, instruisait leurs enfants. Mulon, ra\ouéy passe dans la rue, il donne le bras à une femme qu*il reconduit à sa demeure; elle trend)le p(»ur les siens peut-être! H y a chez elle au berceau ipielque pau\re |>etit enfant à protéger. On respectera cet homme au bras d*uiie femme!.... In
menuisier démocrate vient à lui et s*écrie : < Ah!
c*est ainsi que tu t*amuses à conduire des femmes , au lieu d'être à la tête du peuple ! Kh bien ! voilà pour toi ! n II lui enfonce une bisaiguë dans le liane et le tue.
Un enfant de treize ans fuit devant les assassins ; il se réfugie dans les bras de sa mère. Ah! le voilà sauvé! Une béte féroce s'arrêterait. Ils assiissinenl cet eufaut dans les bra.s de sa mère !
D'autres victimes encore tombent pareillement assas* sinées, et un prêtre |ku^sc inoiVensif, étranger ; c'est le di;sser\ant d'une commune voisine, qui st; trouve là par hasard. M. Vernet, cnréd*Arthrel. Ah ! si son sang pou* vait racheter vos méfaits et payer la rançon des ^ictimai, il vons le donnerait jusqu'à la deruière goutte ! C'est uo prèln> cathoIii|ue, un de ceux qui se fuul tuer pour la
Térité, pour l'amour de leurs semblables. Mars toucher à cet homme ! pour vous, chrétiens, c'est un sacrilège. Habitants des campagnes, vous n'avez pas perdu la foi ! Mais ce ne sont plus des chrétiens, ce ne sont plus des bommes, les brigands de Clamecy, ce sont les soldats do 1852. Ils prennent ce prêtre, ils l'outragent, lui crachent au visage, lui font endurer les plus ignobles traitements. Et cela dure trois heures ; ce n'est pas de la colère, ce n'est pas de la rage aveugle, c'est de l'atrocité froide et calculée ; les soldats de la jacquerie s'amusent. Après l'avoir frappé à coups de bâton, ils lui donnent un coup d'épée dans les reins. Un habitant le recueille à sa porte et lui prodigue des soins. Ces hommes, souillés de meurtre et de sang, qui ont assassiné des enfants et des prêtres, n'ont pas encore assez fait ; il y a d'autres atrocités à commettre.
Ce jour a vu de hideux attentats qui laisseront bien longtemps l'épouvante dans le cœur des victimes et le deuil dans cette ville infortunée. Près de vingt personnes ont été odieusement outragées. Voilà 1852, voilà la démagogie ! Qu'on crie donc encore anathème au spectre raugcj à M. de Roniieu ! Prophète qu*on a nommé sacrilège et qu'on accusait de lèse-majesté humaine, on a ëépassé vos prophéties. Pendant ce temps-là, les gendarmes et le sous-préfet assiégés par l'émeute, résistaient toujours. Un malheureux gendarme blessé est saisi par les insurgés qui l'attirent au dehors. On l'accable de coups. L'un des bcnirreaux dit aux autres : Ne frap«* pont f9s %i fort , U durera phis longtemps 1 On a Sàk
mourir ce gendarme sous les coups. El pendant cette orgie (le pillage, d*assassinat et d^odieuses brutalités, le tocsin ne cessiiit de se faire entendre , et des bandes avinées parcouraient les rues, hurlant des refrains infâmes ou terribles et criant : Vive Barbes ! vive la guillotine! mort aux riches! Le dra{)eau rouge flottait sur les édilices publics.
l'ne partie des Imndits avait barricadé les roules et veillait autour de la ville. Des avant-postes, établis de tous côtés, dévalisaient les courriers et volaient les voyageurs.
Au bout (le div-huit heures de lutte désespérée, les gendarmes avaient été obligés de se retirer, se cachant où cela était pos^^ible. Quel(|ues citoyens avaient partagé cette belle résistance: gendarmes et volontaires étaient en tout 28. Le sous-préfet put se réfugier dans unemai« son sûre. 1^ procureur de la République, Tagent général (lu commerce du bois, le commissaire, avaient trou\é asile chez un boulanger. Pour éviter d*clrc surpris, parce i\non fouillait les maisons, ils s'étaient réfugiés par une lucarne sur le toit. On leur y portait à manger. Ils y n^stèrent, envelop|>és dans des couver* tures, jus(|u'au départ des insurgés.
Le préfet avait été prévenu le matin et marchait sur Uamecy avec cent soixante-quinze hommes du 10* chasseurs. Le général Pellion, qui craignait une attaque sur Nevers, n'avait pas pu mettre plus de monde à sa disposition. On connaissait le plan des insurgés, qui était d*attirer l'attention sur Clamecy, Saiot»
D'UN œUP D'ÉTAT. 257
Pierre-le-Moustier et Douzy^ puis de se porter brusque-* ment sur Nevers dans la nuit du 5 au 6.
A quatre lieues de Clamecy, le préfet est informé^ par un gendarme échappé au massacre, de la position réelle de la ville. Il apprend que les insurgés y sont fortement barricadés et qu'il est question de tirer sur lui en le visant spécialement. On continue à marcher, et, un peu avant la chute du jour, on arrive en vue de Clamecy. Aussitôt on attaque résolument un avantposte établi sur la route et on l'emporte, en faisant éprouver aux insurgés une perte de cinq hommes. Le préfet, ne jugeant pas convenable de combattre à cette heure avancée, conduit sa troupe, à travers des vignes, sous le feu des insurgés, occuper la montagne qui domine la ville, et s'y établit pour y passer la nuit.
Des parlementaires, conduits par M. Lyonnet, ingénieur, vinrent auprès du préfet, qui les fit tous arrêter. Durant la nuit, les insurgés, qui s'attendaient à une attaque pour le lendemain , commencèrent à se débander, et au jour ils avaient entièrement abandonné Clamecy. Ainsi, la lâcheté la plus insigne après leurs forfaits. Le préfet attendit, pour entrer dans la ville, l'arrivée de la colonne que le général Pellion conduisait, accompagné do>l. Carlicr, nommé, parle gouvernement, commissaire général de l'Allier, du Cher et de la Nièvre, etdeM. Corbin, procureur général. Le soir, les autorités firent leur entrée à la tèle des troupes, et r heure de la justice commença ; plusieui^s chefs, entre autres Guerbet, furent pris.
298 HlSTOiHE
Par divers arrêtés, M. Carlier, commissaire générai, arévo<{uê de leurs fonctions : Lyonnel, ingénieur ;Rou^ seau, a\oué; Marion, huissier, comme acteurs ou complices de rinsiirrection. Voici textuellement ce qui concerne le maire de Clamecy :
a M. Legeav, maire de Clamecy, qui a méconnu tous ses devoirs en fuyant lâchement, sous un dcguisemenl, son |H)ste, sa famille et ses concitoyens, est révoque de ses fondions.
« M. Kuhv , homme de courage, est nommé maire de Clainecv. »
On procède à Tinhumalion des deux gendarmes tooibês sous les cou|)s des insurgés. Après les familles de ces deux liraves, venaient le commissaire général, le général Pellion et le procureur général, puis le préfet avec tous les fonctionnaires, plus de quinze cents habitants , et enfin quatre régiments, les 27* et H% les I" et lO* chasseurs.
Le procureur général Corbin prononça l'allocution sui\anle sur la tombe des deux martvrs de Tordre :
onii'UT>, MtlilaU de tuutc!} arni«*.s t't vous, Mosi»ii'urs,
F.ii pn'MMiro lie <«*> di-iix riTiiieils, (|ui no rédiTait à sa vWe émo» itou !
1^1 n-|MiM'iit tleu\ bravi's, tous dvu\ morts pour la sainte came de r<iiiln- vX lie U >4icii-té; murtn |»our\ous, hahitanU de CIUiuccj; tous drii\ làiin-iiii'iit a'^'^asMiii*'» |Mr K> hordt':» tir la tiéiiidgitgie.
l»<-ti\ jiiur^ tt ili'iii nuits durant, la di''niapc»}rH; a été maîtresse en crttr \illi-. ... la |Ki|iulai'*' aai«utir,lo roaiMins foiréi^s, entabiet rt pilli t- ; 1.1 tl'irciir dan» toutes les» âiucs lioiuiùii*^; huit
et près de tingt victimes : les plus hideuses saturnales ; le sac et le meurtre : voilà ses œuvres, les voilà telles qu'on nous les promettait pour 1852.
Et sans le 2 décembre, sans le patriotique dévouement de Napoléon Bonaparte, qui doute qu'elle n'eût tenu parole.
Mais elle comptait sans vous, à notre héroïque année, qui, il y a quelques jours à peine , versiez votre sang à Paris , et arrivez encore à temps au fond de nos provinces !
Elle comptait sans vous, brave gendarmerie, arme d'élite , type du dévouement et du plus vrai courage !
.... Et maintenant. Messieurs, recueillez-vous dans un suprême hommage pour ces glorieux martyrs!
Honneur à vous, Cléret ! honneur à vous, Brohant ! au nom de la magistrature, et au nom de vos camarades de toutes armes, au nom de tous les bons citoyens, honneur à vous!
La patrie n'oubliera pas sa dette envers vos familles , et la justice aura bientôt son cours.
Une battue, ordonnée par le général Pellion dans les bois de Clamecy, a produit la capture de cent insurgés. Quatre-vingts ont été pris à Entrains. L'un d'eux^ qui résistait, a été tué. Sur la demande de M. Garlier, un conseil de guerre spécial fut désigné pour siéger à Claraecy.
Instruit de ce qui se passait à Clamecy, Tévéque de Nevers était parti pour cette ville. Il voulait faire entendre la voix de Dieu à ces forcenés. Il apprit à Varzy qu'ils n'avaient pas attendu l'attaque des troupes.
Nous avons raconté. Ce récit se passe de commentaires. Dieu fasse qu'un tel enseignement profite à la France !
De son c6té, T arrondissement de Cosne était le siège
de troubles graves, qui cclalaieiit sur les bords de la Loire et se concentraient sur le bourg de Neuvy-sur- Loire. I^ dimanche, 7 décembre, un grand nombre d* hommes de celte commune et de celles du voisinage s*étaient réunis sur la place pubhque |)endant la messe. Il étaient armés et 8*apprétaient à combattre ; car on avait appris que M. Ponsard, secrétaire général du département, était [Kirti de Nevers, marchant sur Neuvy avec un détachement du i\^ et du 18' de ligne. Nous citons ici une partie du rapport de M. Fortoul, ministre de l'instruction publique, au Pré^dent, sur les faits relatifs à M. Vilain, desservant de Neuvy : « A Tissue de la messe, ce \énérable prêtre apprend que les hommes de sa |>aroisse sunt en armes sur la place publique ; il se rend au milieu d'eux (tour leur prêcher la paix. Sa voix paternelle, loin de calmer ces furieux, n'ayant fait que les irriter davantage, il est contraint de se retirer au presbytère. Il y est suivi par une bande ameutée qui lui demande ses armes. <c Mes armes, mes enfants, les voilà, répond le digne prêtre en montrant sou bréviaire, je n'en ai pas d'autres! — Vous en a\ez, » répondent les insurgés. Ils fouillent partout ; mais, ne trou\ant rien, ils s'en \ont. «Quelques moments après, ils re\ieiment plus menaçants : « Allons, lui disent-ils en l'abordant , il faut nous suivre. — Où voulcz-\oiis me conduire? — Vous le saurez. — Mais je ne vous sui\iai que tpiand je saurai où je dois \ous suivre. Où donc? — En prison! — G»mment, votre curé en prison, et par vos mains ! Que vous a-t-il donc fait pour le
D'UN COUP DTÉTAT. 261
traiter ainsi? Depuis TÎngt-six ans que je suis au milieu et vous, je le dis sans en tirer de gloire , je ne me suis appliqué qu*à vous faire du hîen. »
« Il essaie en vain de les apaiser. Deux des insurgés le saisissent. Les baïonnettes s'abaissent sur lui. Il cède i la force sans pâlir devant eile^ et dit avec douceur à oes méchants : « Marchez, je vous suis. »
a II avait à peine franchi la porte du jardin, qu*il reçoit au côté droit la décharge d'un pistolet tiré à bout pesant. La balle déchire les chairs et sort par le côté gauche.
« Il est douloureux d'avoir à ajouter que ce crime si lâche, qui aurait dû remplir les spectateurs d'indignation, excita au contraire 'leurs sarcasmes. « Tiens, s'écrient-ils, il ne tombe pas, il n'est pas mort ! Il est cuirassé, il faut tirer où il ne l'est pas. » Au même instant, Tabbé Vilain est de nouveau menacé par cinq fusils, dont heureusement aucun ne fait feu. On l'entraine tout sanglant, on le jette dans une prison, où il est abandonné seul, perdant son sang et ses forces, n'ayant pas même un siège pour se reposer. Dieu conduisit auprès de la lucarne de la prison une petite fille, qui provoqua les secours auxquels le bon curé doit la miraculeuse conservation de sa vie. »
Pendant ce temps-là, les insurgés sonnaient le tocsin, et une forto barricade s'élevait à l'entrée de la rouie qui traverse Ncuvy. Peu de temps après, la colonne attaquait résolument ce retranchement et remportait au pas de course. Beaucoup d'arrestations sont
faites, iiolammenl celle du scélérat qui a tiré sur !• respectable abbé Vilain. Un conseil de guerre, immédiatement organisé, a jugé ce lâche assassin, et Ta condamné à être fusillé ; ce qui a été exécuté sur la place publique, en présence de toute la population.
Depuis cette époque, sur le rapport dont nous venons de citer une partie, Louis-Napoléon a décori Tabbi* Vilain « dont on a eu le bonheur de sauver les jours.
M. Ponsard, délégué avec pleins pouvoirs du préfet dans rarrondissement de Cosne, a fait arrêter et coih duire en prison Detlion, avoué, <t (lambon, notaire et a<ljoint à Cosne. t{ui avaient déchiré les proclamations du prince pri'sident. Ci* dernier a été révo4|ué de set fonctions. Vu mouvement insignifiant a proinptement été comprime, à Poully-sur-Loire, par Tarrestation des chefs.
Voici ({uelipies détails sur les événements de Ik)nnysur-Li»ire. Nous les empruntons au Journal du Loiret :
« C*est le dimanche 7, à midi el demi« que Texplosion démagogique a eu lieu. Le son du tocsin « le cri des clairons et le bruit ties armes se sont fait entendre simultanément. Le tocsin sonnait à la même heure dans cin() à six paroisses. 1a*s émeutiers sortaient de leurs maisons a\ec leurs fusils en criant : Aui armes! En un clin «rail, la place et la Grand*Rue se sont trouvées couvertes d'une niasse armée. On s'est rendu au presbytère pour faire rendre au curé ses armes. Cet ee* clésiastique a livré un mauvais pistolet et un fusil qu*U
DXN COUP D'ÉTAT 2(i;i
a averti être encore chargé depuis 1830. On l'a emmené au corps-de-garde avec d'autres habitants notables dont on voulait s'assurer. Plus d'un conjuré était prêt à faire feu sur celui qui aurait tenté la moindre résistance.
a Le trajet du presbytère à la mairie a été effroyable. Au milieu de cette cohue d'hommes armés, figuraient une quarantaine de femmes portant sabre à la ceinture et fusil au bras. Elles vociféraient comme des mégères et arrivaient habillées en hommes.
« Pour porte-drapeau, on choisit une jeune mère de deux enfants, de deux à trois ans, qui accepta ce périlleux honneur. Cette femme est en prison.
« Le tocsin a fîiil entendre ses sons lugubres depuis midi et demi, à Tissue de la grand'messe, jusqu'à une heure du matin sans interruption, puis a recommencé à quatre heures. Pendant la nuit, il s'est passé des scènes révolutionnaires horribles.»
Jura. — Poligny ! . . . malheureuse ville ! . . . dans l'histoire de la jacquerie de 1851 ; il n'y a pas une horreur que son nom ne rappelle. A Poligny, la révolte, la guerre contre la société, le vol, l'assassinat, le viol, toutes les lâchetés et toutes les infainies !
Dès le 3, à neuf heures du soir, des groupes nombreiu et hostiles stationnaient dans la ville. Comprenant que la nuit serait mauvaise, le sous-préfet, qui n'avait pas de troupes sous la main , réunit quelques amis qu'il arma. Une brigade de gendarmerie était la seule force
:2<ii iilSTnmK
|)ul)lii|ii<' dont on pût disposer. A minuit, le tocsin «on* niiil dans tous los villages \(»isins^ et les frères et amis, pr(*venus par les <iénia«:o^ues de la ville, arrivaient de tous les Ciit(^ â la fois. Tout à coup, Icsi cloches de la \illi* si>nnenl siniidt.nu*in«*nt le lorsin, une bande d'insurgés se précipite sur la Sous-Préfecture, s'empare du suiis-préfi'l . de M. (jlievassii , ancien rcfirésentant, de M. <ia«:neur, recr\i*ur particulier, de son fih, et de M. Mai;nin, lieutenant d'infanterie en pennission. Tous siMil jrtés vu prÏMiii ainsi que M. Outhier* maire, qui, revêtu de son écliar|M\ a fait U^ plus courageux ciTorls pour arrêter ces forcenés. Le sous-préfel a été presque assommé d'un ctmp <prnn lui a poi*tt'* sur la tête. Les iusur^ts or^aiiistMit une sorte de gouvernement provisoire. lt4Tg«'re est nommé sous-préfet ; Lamy« maire provisoire, et DorrivaL commandant di*s forces répu- Micaims.
La nuit i*st alTiru^e; le tocsin , la générale, les cris, le liruii d<s rli:irri«its qu'on traîne, des pavés qu*on arrache pour fairi* des tiarricades, tout est fait pour porter la terreur dans l'âme des habit^ints paisibles* qui se sont renfernu*sdans leurs maisons. Dans les villages, le tocsin sunni' au^^si dr tcuis c«\tés. Dans la journée du 4, les insurgés. rt*slés maîtres de la ville, s'y sont com-* fiortés connue ru>M*nt fait de \éntaliies barhan*Sy pillant, volant, se f:ort:rant dr vin et lir spiritueux, pour ensuite se livrer aux infamies les plus lâches et les plus c^lelle^. Les frmmes ont été outnigi*es de la ft* çon la plus atroce. Nous connaissons des détails qui
font frémir et que nous n'oserions vraiment répéter. Bès le malin du 4, une colonne d'insurgés, partie de Poligny, s'était portée sur Lons-le-Saulnier. Arrivée à quelques kilomètres de la ville, elle y fut dispersée par une troupe d'infanterie de ligne, appuyée d'un peloton de gendarmerie, commandé par un capitaine et un Keutenant. Le nouveau préfet, M. de Chambrun, a montré dans cette affaire la plus grande énergie, payant de sa personne et ne regardant pas où pouvait être le danger. Dix-neuf insurgés furent pris et incar* oérés à Lons-le-Saulnier.
Ce fut dans la nuit du 4 au 5, que ceux des insurgés qui étaient restés à Poligny commirent la plupart dos indignités qui ont semé tant de désolation dans cette ville. Les excès de toutes sortes auxquels ils s'étaient livrés, les orgies faites dans les caves des particuliers, tes avaient disposés à ces horribles forfaits.
Dans la matinée du 5 , quand ils apprirent que la force publique marchait sur eux , après avoir dispersé la colonne dirigée sur le chef-lieu , et que, d'un autre cAté, tout le département était tran(|uille, ils commencèrent à trembler, ils remirent les prisonniers en liberté et prirent la fuite dans toutes les directions. Euxmêmes, avant leur départ, renversèrent en partie les barricades qu'ils avaient élevées. Quand le préfet, qui s'était mis à la tète des troupes, arriva, Poligny était au pouvoir des autorités régulières; les insurgés avaient disparu. Cependant, beaucoup d'arrestations furent faites. Les principaux chefs arrêtés sont : Henri Bar-
2><i HISTOIRE
hier, rédacteur <lii journal la Tribune de TEsi^ et Gagneur (Yaldimir), iTopriétaire, tous deux pris les armes à la main. Itergore, le souspréfet provisoire de Tinsurrection ; Dorrival, chef militaire de la même insurrection ; Lamy , avocat , maire provisoire , et quelques auirts chefs, ont réussi à passer en Suisse. Nous le répétons, si nous ne disons rien des horreurs commises à Poligny, c*est «pie nous n*en voulons pas salir nos Images, et qu*en outre nous nous sommes imposé l'obligation de ne raviver aucune douleur et de n'apporter à aucun deuil Taggravation d'une publicité qu'assex d'autres i»nt maladroitement provoquée.
A Lons-le-Saulnier, quelques tentatives de désordre oiit été faites; l'arrestation d'un certain nombre de meneurs a sufii pour les faire avorter.
Saône-et-Loire. — Nulle part, dans ce départe-* ment, l'insurrection ne s'i^st montrée bien formidable; ntiis elle a éclaté sur plusieurs points avec tant d'ensemble , elle a montré une telle unité d'action y qu*il est é\ident qu*ellr y a^ait un plan |>arraitemcnt organisé, d«*s chefs sûrs d'être olR*is, et qu'elle y aurait été terri* bic si le 2 décembre 1851 n'eût prévenu le 13 mai 1852.
Aussitôt que les nouvelles de Paris furent connues à Chàl(»ns, centre de la démagogie de Saône- et-Loire , les rouges se mirent en mouvement. Ils savaient qu'une autorité vigilante avait l'œil sur eux et la main prête à st*\ir. Ils jugèrent à propos de lever Tétcndard de la jtcipierie sur d'autres points de larrondissement. Ib
firent partir des émissaires pour Tournus, Fontaines , Chagny et quelques autres localités. Le mercredi 3, au soir, le mouvement éclatait à Tournus. Les insurgés, réunis à la salle de spectacle, formèrent une municipalité provisoire, et s'emparèrent du commissaire de police et de M. Bérenger, adjoint. Le maire et le juge de paix étaient malheureusement absents. M. Bérenger, ayant pu s'échapper, se réfugia à la caserne de gendarmerie, résolu à s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. A minuit, trente insurgés, devant la caserne, somment ses défenseurs de rendre les armes. Le maréchal-des-logis parait sur la porte un pistolet à chaque main. «Je brûle la cervelle au premier qui avance, dit-il. M. Bérenger, moi etmes hommes, nous nous ferons tuer, mais ne nous rendrons pas. » Intimidés , les insurgés se retirent. Une messagerie de Paris arrive; le postillon, qu'on veutarrèler, sangle à coups de fouet les insurgés, lance ses chevaux au galop et passe. Ha un coup de baïonnette dans la cuisse ; un des chevaux en a un dans le poitrail. Moins heureux ou plus timide, le postillon de la malle-poste laisse piller ses dépèches. Les insurgés occupent militairement la ville, plaçant des sentinelles k la porte des suspects. Mais, dès le matin, informés qu'ils vont être attaqués, ils sont terrifiés, reportent une partie des fusils dont ils se sont emparés à la Mairie et disparaissent. Le 5, au matin, le conseiller de préfecture Beugnot , avec deux compagnies de la ligne, arrivait à Tournus et n'y trouvait personne à combattre. Les chefs de Finsurrectiou avaient pris la fuite.
268 HISTOIHË
En niêmi' tomps que rinsurrcction se montrait à Tuiinius, elle éclatait à FonUiines. Des démagogues , partis do ('hàlons ^ sW faisaient livrer, le 3 au soir, tes clefs (lu cliiclicr et y sonnaient le tocsin. Parlant de là, au nonilnv de trente ou ({uaranle , ils niarchaienl sur (Ihagny en battant la géncM*ale. Reçus vigoureusement par la hrigaiie île gendarmerie et |ku* plusieurs hononibles citoyens, los insurgés ont été obligés de battre en retraite. Plusieurs d*entre eux ont été arrêtés par les gendarmes. Dans la lutle « M. Kenard , de Chagny , a reçu deuv coups de c<»uteau. A coté de ce brave défenseur de Tordre , il faut citer au>si M. Coipieugnul, fonctionnaire. (|ui a montré une grande intrépidité. M. Mor* crelte, procureur de la Republique, àCbàlons, et son substitut, .M. (Ihopin, sont arrivés a* ec vingt dragons et quinze gendarmes, lorsque tout était terminé. Us ont fait plusieurs arrestations.
Pentlant ce tenq)s-là, Tautorité sé>issait à Cliàlons, point de tle|»urt du mouvement qui s'opérait dans les localités en\ir(»nnantes. De nombreuses arrestations étaient o[KTees, et on ordonnait la fenneture de tous les foyers démagogiques.
Siiint-liengoux se levait au même moment que les comnmnes 4|ue nous venons de nonnner, et rinsurrcction ) pr«'nail un caractère de haute gravité. On y sonnait le ttK'sin, et cent cinquante insurgés, après avoir pillé les caisses publiques, marchaient sur M&con par la route de Cluny et de Saint-Sorlin. Sur leur passage, ils recrutaient de nouveaux soldats à la jacquerie»
D'UN COUP ITÉTAT. 269
nant le tocstn partout où ils passaient pour appeler aux armes. Au château deCormatin, ils forcèrent M. Ifenri de Lacretelle à leur donner deux mille francs. Arrivés à Cluny , ils se présentèrent au presbytère , exigeant de M. Rocur, curé, aujourd'hui décoré pour sa courageuse conduite, qu'il leur livrât les clefs du clocher. Plus de vingt fusils étaient braqués sur la poitrine du vénérable prêtre qui a plus de soixante-dix ans. « Les clefs sont cachées , dit-il , vous ne les aurez pas. Tuez-moi si vous voulez, je suis assez vieux pour faire un mort. » Déconcertés en face de ce grand courage', ils partirent et ne sonnèrent pas le tocsin à Cluny. Le 6 au matin, ils avaient dépassé Saint-Sorlin , et ils approchaient de Màcon , quand ils furent rencontrés par une colonne Kous les ordres du commandant Porion, du 4* léger. Les insurgés étaient au nombre de quatre à cinq cents , tous mal vêtus , mais fort bien armés. Le commandant , qui marchait en avant de sa troupe, se trouva subitement en présence d'une avant-garde d'insurgés qui, au nombre décent cinquante environ, groupés en corps, tandis que d'autres bandes étaient dispersées dans les champs et sur la route, avait été cachée par un coude du che* min , un pli de terrain, des vignes et des buissons.
Mû par un sentiment de généreuse compassion , le commandant Porion marcha aux insurgés pour leur faire comprendre combien leur projet était à la fois criminel et imprudent, puisqu'ils allaient se trouver en présence d'une troupe aguerrie, prête à les exterminer; il les invita donc à déposer les armes.
270 HISTOIRC
L*attitude et le langage de Tintrépide commandant Tirent naître un instant d'hésitation parmi les factieux, qui se séparèrent et reculèrent. Puis, à vingt-cinq ou trente pas^ une cinquantaine firent une décharge qui^ fort heureusement, n'atteignit pas le brave officier. Irrité par cet acte de trahison , celui-ci s'écria : c Tirailleurs, en a\ant! » et, Tépée au poing, poussa droit à un chef qui le tenait en joue. Ce dernier fut renversé |iar le choc . et, au mcmient où il sentait la pointe de Tépée (le son loyal ennemi s*appuyer sur sa poitrine, il demanda gnWe. Aussi humain que courageux , le commandant lui accorda la vie et se contenta de le faire pris4>nnier. l/e\plosion avait atljré les soldats, qui arrivèrent au pas de course, et dont les premiers rangs firent une décharge générale. Les insurgés, é|M)uvantés, se débtindèrent et prirent la fuite à travers les champs et les vignes. Ils liissîTent cinq ou six des leurs sur le terrain. Huit d'entre eux furent arrêtés sur le lieu du combat.
Presque tous Ci*s hommes portaient des sacs dans Tespoir du pillage. 1^ propriété, c'est le vol , disent les socialistes. Pounpioi ne pas renverser la phrase à leur profit, et dire: Le vol, c'est la propriété?
.\ lAïuImns, ou deux gendarmes furent assassinés , la tranquillité fut promptement rétablie.
Le nombre des prévenus qui, prisonniers ou non, sont cités devant les commissions militaires , est de 487 : 31 {>our l'arrondissement de Lonhans, 42 pour celui d'.\utun , 87 pour celui de Charolles, ! 10 pour oelui de Chàlons, 197 pour celui de Màcou.
D'UN œUP D'ÉTAT. 271
Les autres localités qui ont été troublées l'ont été trop peu, et trop peu longtemps pour que nous nous y arrêtions. Pillage de caisses publiques , vol de dépêches, pillage d'armes, arrestation des courriers, destruction des télégraphes, séquestration des fonctionnaires, tels sont les principaux méfaits de l'insurrection de Saôneet-Loire. Il faut noter aussi, d'une façon toute particulière, ce fait, que presque tous les insurgés étaient, comme nous l'avons dit, munis de sacs.
Côte-d'Or. — La démagogie socialiste aurait peutêtre réussi à y produire quelques soulèvements ; mais un assassinat atroce, commis sur un officier de la garde nationale de Nuits, ayant groupé dans un même sentiment d'indignation tous les honnêtes gens, les démagogues n'osèrent exécuter leurs complots. Nous empruntons le passage suivant à la Tribune de Beaune :
« Un crime épouvantable a jeté , samedi 6 décembre, la consternation dans la ville de Nuits. M. Arthur Marey, second (ils de M. Marey de Laboulaye, est tombé victime d'un abominable guet-apens. Il sortait du café Nicole, à onze heures du soir, lorsqu'un odieux assassin, embusqué à l'angle d'une me , s'est précipité sur lui , et lui a déchargé, à bout portant, un pistolet dans la figure. Le malheureux jeune homme est tombé méconnaissable , et ses amis , pour constater l'identité , ont été obligés d'avoir recours aux objets qui garnissaient ses vêtements et son linge. La justice est, dit-on, sur les traces du coupable. Puisse la vindicte publique être
rt HISTOIRE DTN COIP O'ÉTAT.
satisfaite, car ce crime exécrable a soulevé l*indignatioii de tous ! »
l/assassin est un cordonnier de Nuits , nommé Jean- Bernard Rodin.
Ai\. — Ca' département devait avoir aussi sa part de trouilles. C'est à Saint-André-de-Corcy que le mouvement a éclaté. On lit dans le Jounial de P Ain, du 8:
« Dans la soirée du 5 décembre, des indiviitus, venus des faubourgs de Lyon ou des villes voisines, ont entraîné avec eux queb|ues pavsans de Saint-Marcel , puis se sont portés sur la route de Lyon à Strasbourg. A son entrée dans le dé|>artement de l'Ain , aprts avoir arrêté les diligences, pillé les dépécbes, ils ont attaqué la caserne de genc^armerie de Saint-Andrènle-Corcy.
<« Le brigadier et deux gendarmes arrivèrent aussitôt à clieval pour repousser cette atta<|ue, mais ils furent reçus |»ar une décharge qui les blessa tous trois. Tn gendarme a revu deux balles dans ja poitrine et est mort des suites de ses blessures.
« iÙTasés par le nombre , ces brav(*s gendarmt^ ont encore pu se dégager et s'éloigner jusqu*à Neuville.
a Tne force assez considérable a été dirigée sur ce point , de Itourg et de Lyon. Dix-sept indi\idus ont été arrêtés et conduits à Lvon. »
(suite.)
DElXlèMB GROUPE INSURRBCTIOlflfBL.
Gers. — Les dépêches arrivées de Paris ne produisent d'abord auciHie émotion grave apparente à Auch; tnais dans la journée du 3, les chefs des sociétés secrètes se réunirent dans les bureaux de VAmi du peuple. On décida qu'on ordonnerait aux affiliés de la campagne de s'insurger et de se porter sur le chef-lieu. Des émissaires partirent dans toutes les directions, pour transmettre le mot d'ordre. Parlons d^abord de ce qui eut lieu à Auch. Pour être exact , nous n'avons qu'à citer le magnifique rapport du général Géraudon :
a I^ 4, l'agitation commença dans la ville; on préparait, par une diversion, le drame qui devait s'accomplir le soir même.
« Il n'y avait en ce moment, à Auch, que trois escadrons du 6® régiment de hussards. Ce faible effectif devait suffire à toutes les difficultés de la situation, car il n'y avait de renforts prochains à attendre d'aucun côté. Mais avec un chef tel que le colonel de Cognord, et des soldats dévoués et intrépides comme Tétaient ses hussards, la partie devait être gagnée.
«Le régiment était ainsi réparti : le premier escadron, de cent soixante-dix chevaux, à Rayonne ; un demi-escadron parti pourFleurance et un autre vers Mirande ; trois escadrons dans Auch. Sur ces trois escadrons, la moitié, divisée en petits pelotons , gardait les issues importantes de la ville. Il restait donc à la disposition du colonel un escadron et demi.
«A onze heures et demie du matin, heure choisie par les insurgés, un escadron commandé par le capitaine Michel, reçut l'ordre de se porter devant la Préfecture pour y prendre le procureur de la République. Ce fonc^ tionnaire se rendit avec cet escadron devant les bureaux de rAîni du peuplcy où stationnait un rassemblement nombreux. Ce trajet s'effectua à travers une foule hostile qui faisait entendre les cris de : Vive le 6* hussards I vive la Constitution ! Mais l'attitude calme des cavaliers de l'escadron en imposa à celle multitude; les sages dispositions prises par le capitaine Michel écartèrent la foule, et permirent au procureur de la République de faire les sommations, au milieu des cris et des vociférations qui lui étaient adressés de toutes parts.
« Ces sommations n'ayant amené aucun résultat, le
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capitaine Michel ordonna de charger au trot, dans toute la largeur de la rue. L'impulsion des chevaux et les sabres des cavaliers eurent bientôt déblayé le terrain ; mais la foule escalada les murs des jardins voisins, s*y jeta précipitamment , et assaillit d'une grêle .de pierres l'escadron à son passage. Ce fut à ce moment que le fourrier Petit déchargea son pistolet sur la foule des assaillants, dont les pierres avaient déjà blessé quelques hussards.
« Après cette première répression, le capitaine Michel se porta avec sa troupe sur la place de l'Hôtel-de-Ville, dont il garda toutes les issues. La lutte était engagée ; les cris: À bas les hussards! aux armes! se faisaient entendre de tous côtés. Des coups de feu retentissaient dans plusieurs directions. L'un d'eux fut tiré sur le maréchal-des-logis Gagnaire, qui s'était jeté à la poursuite de plusieurs hommes armés.
« Vers quatre heures, il y eut un moment de répit qui permit de faire manger les hommes et les chevaux ; un peloton resta seul sur la place pour y maintenir l'ordre.
« A rapproche de la nuit, le colonel de Cognord, qui s*était installé à THôtel-de-YiHe et avait pris le commandement de toute la partie disponible de son régiment, envoya le capitaine Michel, à la tète de deux pelotons, pour reconnaître la route de Bordeaux. Des avis, parvenus à raulorité, donnaient à connaître que l'insurrection s*avançait par cette route.
En effet, le capitaine Michel se trouva bientôt en face d'une masse considérable d'insurgés, venus de Vic-Fe-
zensac, Condom el des villages eoTironnante. Cet des, que leurs chefs évaluaient à 6,000 hommes, s'ar* rètèrent, malgré Ténorroe disproportion du nombre, sur rinjonction du capitaine. Ce dernier mil à profit les instants qui s* écoulèrent, pour informer immédiatement le colonel de Cogiiord de la position dam la* quelle il se trouvait. Le colonel ne perdit pas «n instant.
c Afwvs avoir rendu compte au général et pris ses oi^ dres, il se rendit, suivi de M. le procureur de la RépHbli(|uc et d'un {peloton de renfort (seule force disponi-> ble) sur le lieu du rassemblement, et put juger, dés son arrivée, que les insuq^és étaient au nombre de 4,000 environ, armés de fusils, de sabres, de pistolets et de (aux. C'est contre une multitude pareille qu*il allait se trou\erau\ prises avec quatre pelotons seulement, for* maut un eflectif de (|uatre-vingt-Hli\ hommes.
c M. le procureur de la République, M. Sainl-Lvc- G>urlourieux, homme dont Ténergie remarquable ne s'est pas démentie un instant au milieu de ces troubleSi enjoignit aux factieux de se disperser, s'ils ne voulaient y étix* contraints par la force; mais ils ne tinrent aiFcun compte de ces injonctions et cherchèrent à entrer en pourparlers. Leur but devenait évident, ils cher» chaient à gagner du temps, pour que les nouvelles bandes qu'ils attendaient pussent arriver devant la ville et augmenter, [Uiv leur présence, les chances de suçote pour l'attaque.
« Le colonel de Cognord comprit qu*il n'y avaiit pas un instant à i)erdre. Il demanda que les sommations
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fussent faites sans délai y et pendant qu*en présence de JIM. de Magnitot et Lagaude, ancien et nouveau préfets, le procureur de la République remplissait cette formalité, le colonel disposa sa troupe en colonne d'attaque, par peloton, à vingt-cinq pas de distance.
« Il était neuf heures du soir, la nuit était sombre, le moment solennel et décisif. Le colonel se mit à la tête de sa petite colonne et commanda la charge. Il s'élança le premier au milieu des insurgés, et suivi par ses quatrevingt-dix hussards, que son courage et son exemple avaient électrisés , il traversa deux fois cette masse tumultueuse et menaçante, sabrant, bouleversant tout sur son passage. La vigueur et Ténergie de cette attaque imprimèrent à Tennemi une terreur tellequ'ilprit la fuite dans toutes les directions, se précipitant dans les carrières et les ravins qui avoisinent la route.
« Mais cette charge brillante avait eu lieu sur un terrain OÙ la cavalerie ne pouvait pas se déployer. Les insurgés qui, dans leur effroi, s'étaient jetés sur les berges qui dominent le chemin, avaient assailli les hussards, à Tallcr et au retour, par une décharge foudroyante de toutes leurs armes. Aussi, la victoire qu'on venait de remporter fut-elle chèrement achetée.
«c Vn nmréchal-des-logis chef ,et un hussard furent tués. Trois officiers supérieurs furent blessés dès la première décharge, Tun grièvement, le major Dutau, qui s*ét<iit volontairement joint à son colonel au moment (le \d charge. Dix-huit hussards furent blessés. On
couiple deux chevaux tués et dix blessés.