MO HISTOIRE
cet appel, est venu se joindre à ceux (|ui occupaient le poste : en tout moins de quarante. PKisieurs autres ont rebroussé chemin, en voyant la mairie occupée par la troupe. Ouel4|ues instants plus tard, le maire, M. Hih ger, arrivtiit. M. Lcmoine-Tacherat, commissaire de police du quartier de Bahylone, entrait presqu*en même temps que lui. « Les représentants, lui dit M. Roger, ont envahi la mairie , il faut les en expulser, car cela peut nous compromettre. — Je cours, répond M. L^ moine, chercher les instructions de Tautorité supé* Heure; nous ne pouvons agir sans cela. » Inutile de s*adresser aux gardes nationaux présents, ils criaient : « Vive la (Constitution ! » Un ancien colonel de la légion , prenait une part active à cette manifestation eo faveur de rAssemblée.
Le commissaire se rend en toute hâte près du préfet de police, Tinstiuit de ce qui se passe, et en reçoit Tordre de requérir la force armée nécessaire pour expulser les représentants de la mairie. Cet ordre portait de les laisser libres de se retirer, ou de les arrêter en cas de refus.
M. Lemoine arrive au quai d*Orsey, occupé par la brigade Forey , et apprend que déjà des troupes ont été envoyées sur la mairie. En efîet, à onze heures précises, M. le général Koguet avait instruit, place Bourgogne, le général de division Renaud , de ce qui se passait à ht mairie du tO\ Ce général commandant la rive gauche de la Seine, avait immédiatement fait prévenir le géeé* rai Forey , afin qu*il envoyât le 6*balailleo de cKftiieMs
à pied occuper la mairie, et mettre les représentants ea état d'arrestation. Le même ordre était donné par le général en chef Magnan qui avait été informé à la fois par le préfet de police et par le ministre rie la guerre. Le brave commandant du 6^ bataillon , ayant wulu, quoique malade , marcher à sa tète, s'était évanoui sur le quai d'Orsay. L'ordre fut-il mal compris? Toujours est-il qu'on ne fit partir que trois compagnies seulement, sous les ordres du capitaine Briquet.
Pendant ce temps là, une scène de tumulte effroyable avait lieu dans la grande salle de la mairie. Un peu plus de cent représentants y vociféraient. C'étaient des cris, des motions ridicules, insensées , on eût dit l'Assemblée l^tslative dans ses plus beaux jours de scandales parlenientaires. On n'y savait quel parti prendre, on ignorait œ qui se passait sur d'autres points. On proférait des injures contre M. Dupin , qu'on traitait de lâche : c'était im chaos véritable ; cela dura ainsi jusqu'à onze heures «loins un quart. À ce moment, M. de Falloux, parti l'un des premiers de la rue de Lille, arriva avec quelques antres, et bientôt fut suivi de tous ceux qui avaient formé cette réunion. Quelques personnages marquants ëteot présents, on constitua un bureao, et à onze heures on ouvrit la séance.
Prirent place au bureau MM. Benoîst d'Azy, Vitet, vice-présidents, Chapot, Moulin, Grimault, secrétaires.
Chacun voulait être l'orateur de la situation , faire UL motion y mettre sa protestation en avant; mais il appartenait à M. Berryer de défendre son œuvre; U
espérait 4|u*en parcourant toutes ses phases démagogiques, la révolution qu*il avait acclamée en février 1848, lors de Tenvahissement de la Chambre des députés , produirait peut-être le retour de son roi en 1852. Quelque terribles que fussent les chances à courir, lui et d*au(res, M. Piscatory par exemple, voulaient qu*on les courut. Donc, Toratcur légitimiste, qui, dans la séance que nous rappelons, avait trouvé que Ledru-Rollin n*allait pas assez vite à son gré pour chasser du trdne la famille d*Orléans, et qui lui criait : à Pressez la question! G)ncluez! un gouvernement provisoire!» (Moniteur difiH février) cet orateur prit la parole: ff Des actes , dit-il ; pas de protestations, les instants sont comptés; agissons. Peut-être n'avons-nous pas un quart d'heure. Au nom de la Constitution, art. 68, déclarons que Louis- Napoléon Bonaparte a cessé d'être Président de la République , et qu à l'Assemblée seule appartient, à partir de ce moment, le pouvoir exécutif. Tous les représentants qui sont présents signeront Oê décret. »
M. Berryer eût pu se servir des mêmes paroles qu'en février, et dire a cette Assemblée ce qu'il criait au tribun démagogue : «Pressez la question! Concluez! un gouvernement provisoire! » Tournons ainsi, pensaitil , vers Frosdorf, la proue du vaisseau de la France. Pilote insensé ou coupable, il voulait traverser les orages de 1852Î et voguer vers son but, fût-ce dans le sang, la barbarie et la honte! L'esprit de parti aveugle les intelligences les mieux douées.
Le décret proposé par M. Berryer fut voté par acclamatioa, et le président donna ordre de le faire imprimer par tous les moyens possibles. Pendant que le bureau rédigeait le décret , on fît courir des feuilles folantes pour rQcueillir les signatures. On devait annexer ces feuilles au décret.
Sur la proposition d'un de ses membres, l'Assemblée rend un second décret ainsi conçu : a L'Assemblée nationale , conformément à l'article 32 de la Constitution, requiert la 10* légion pour défendre le lieu de ses séances. » Il est aussi voté par acclamation ; mais au milieu du plus effroyable tumulte qu'il soit possible d'imaginer.
En ce moment arrivent quelques représentants, entre autres MM. Odilon Barrot et de Nagle, qui se hâtent de signer le décret. D'autres étaient en bas, que des officiers de paix et des agents de police empêchaient de monter par ordre du maire. L'Assemblée, prévenue de ce fait, envoie M. Piscatory près du maire pour lui intimer l'ordre de laisser libres les abords de la salle. M. le maire Roger répond : a Je représente ici le poufoir exécutif, je ne laisserai pas entrer les représentants. — H n'y a plus de pouvoir exécutif autre que TAssemblée nationale, dit M. Piscatorv. — Vous me permettrez, Monsieur, répond le maire , de faire mon defoir et de ne pas le discuter avec vous. »
Sur le rapport que vient faire M. Piscatory, M. Berryer propose de rendre un décret qui ordonne au maire de laisser libres les abords de la salle. «Deux
ii4 HISTOIRE
choses, dit M. de Falloux, me paraissent probables : la première , c'est qu'on n'exécutera pas nos ordres ; la seconde, c est qu'on va nous expulser d'ici. Convenons d'un autre endroit pour nous réunir. » On s'était déjà réuni trois fois : à l'Assemblée, rue de Lille et à la mai* rie du 10«. En toute autre circonstance, cet oratetir^ qui voyait si juste l'impuissance des représentants, et la disposition de la force publique à les expulser de par^ tout, aurait compris ce qu'il y avait de ridicule et de peu digne dans ces décampements nomades à la pM^ mière af^rition d'une baïonnette. Pas de milieu: en on joue le rôle des vieux Romains mourant sur leurs chaises curules, ou on s'en retourne chez soi. M. Berryer dit alors : « Mais les étrangersqui sont ici, préviendront peutrêtre le pouvoir du lieu que nous aurons choisi. )> Pour la deuxième fois, M. Bixio offre sa maison. c( Nous sommes ici, faisons-nous 7 tuer, dit un membre. — Silence ! dit le président, pas de motioM intempestives. M. Dufaure a la parole. Ne perdons pas de temps. » M. Dufaure propose que le bureau choisisse un heu de réunion, et le fasse secrètement connaître à chacun des membres. On crie : « Vive la Constitution ! Vive la République ! » M, Dufaure , qui propose à cette Assemblée d'aller cacher sa réunion etaes actes, d'aller se mettre à l'abri de tout danger, ajoute : « S'il faut succomber devant la force brutale, l'avenir nous regarde, Messieurs; l'histoire, la postérité n'oublieront pas que nous avons résisté parlons les moyens en notre pouvoir. » Quelle déchéance ! Ni respect pour
soiftinème, ni respect pevv ee pays €^'on rtprëseote. Be graDdes phrases etcks actes mesquins.
M. Berryer propose son quatrième décret ; i\ est voté, oomme les précédents, par acclamation. 11 est ainsi Moçu : « L'Assemblée donne Tordre à tous lesdireeteurs de maisons de force ou d arrêt, de mettre en liberté, 8DUS peine de forfaiture , les représentants arrêtés. » En cet instant, M. Antony Thouret signait le décret en disant : « Tous ceux qui ne signent pas sont des lâches. » Un autre rentre dans ta salle : « Dépêcham^nous bkn vile, dit-il , voilà les chasseurs de Vincennes. » La scène qui eut lieu est impossible à décrire. Il est pénible peur un écrivain d'avoir à raconter de pareilles choses. Neus les passerions sou» silence s'il ne fallait pas que laFrasce vit, dans les derniers actes de cette Assemblée, à quel degré peuvent arriver les parades parlementaires. 0» dii que le ridicule peut tout tuer en France. Si le syalèfiie parlementaire se relève, l'adage n'est pas vrai ; car jamais ridicule plus grand n'affronta la lumière du ciM et le regard des hommes.
liest midi et quelques minutes, la troupe envahit la oour. A cet instant, tout bruit a cessé. Le silence règne dans la salle. Il semUerail que quelque chose de solennel vase passer. Les membres du bureau montent sur leurs chaises pour être vus des chefs militaires. « On raMiiB, on monte y disent plusieurs représentants.— SUeace! dit le président, silence absolu! permettez* nm d'en donner Tordre, Messieurs! — Cest un ser«gcnt, un sergent qu*on nous envoie! » disent avec une
sorte d'afTaissement et de désappointement marqué, les représentants qui sont à Tentréc de la salle. Sans doute ils attendaient au moins le général en chef ou le minisire de la guerre. Le président a beau dire qu'un sergent représente la force publique, l'Assemblée parait consternée, a Si nous n'avons pas la force ^ ayons au moins la dignité , dit M. de Falloux. » Le président ajoute : « Songez (|ue TEurope entière vous regarde ! »
Ce n'était, en eflet, qu*un sergent, à qui le capitaine Briquet, commandant des trois compagnies de chasseurs qui venaient d*arriver, avait commandé d'occuper la porte de la salle où siégeaient ces messieurs. Cet officier envahissait la mairie quand le commissaire Lemoine y entrait, un peu après midi, avec M. le commissaire Barlet fils, que le préfet de police lui avait adjoint. Une conférence de quelques minutes eut lieu entre le capitaine commandant et les commissaires. Ne sachant comment concilier les ordres dont ils étaient réciproquement porteurs, ces messieurs jugèrent à propos d'en référer à Taulorité militaire. 1^ capitaine Martinet , aide-dc-c<imp du général Sauboul, qui, avec sa brigade, occupait le Luxembourg, étant présent, alla chez le général en chef pour prendre ses ordres. Ce fut pendant ce temps-là que le capitaine fil monter un sergent avec douze hommes.
On eût attendu un général au bureau et on eût ouvert une discussion avec lui ; mais on vint au-devant du serpent. Ce furent MM. Vitet et Chapot qui, se présentant à lui au haut de Tescalier, lui demandèrent ce
qu'il venait faire , et lui dirent qu'ils siégeaient au nom de la Constitution. « Cela ne me regarde pas, répondit le sergent, j'ai ordre d'occuper, avec mes hommes , le haut de l'escalier et la porte, je le fais. » M. Chapot lui dit de faire monter son chef de bataillon. Le capitaine Briquet , faisant fonction de chef de bataillon , se présente. M. Yitet^ au nom de l'Assemblée nationale, le somme de se retirer. « Je vous demande pardon, dit le capitaine, mais j'ai des ordres qu'il faut que j'exécute; vous me permettrez de les faire passer avant les vôtres. — L'Assemblée vient de rendre un décret qui, en vertu de Fart. 68 , déclare le Président déchu , et qui commande à tous les dépositaires de l'autorité ou de la force publique d'obéir à l'Assemblée , sous peine de forfaiture et de trahison à la loi ; vous devez vous retirer. — Vous devez, lui dit M. Grévy, obéir à l'art. 68 de la Constitution. — L'art. 68 , répondit l'ofGcier, ne me regarde pas, j'obéirai à mes ordres et resterai. » MM. Vitet et Chapot rentrèrent dans la salle, et le capitaine revint trouver les commissaires en attendant les ordres du général Magnan.
L'Assemblée grandit son courage de l'hésitation qu'elle crut voir dans les agents de l'autorité , n'ayant pas connaissance du conflit qui avait nécessité le recours au général en chef. M. Bcrryer propose son cinquième décret qui , comme les précédents, a les honneurs de l'unanimité. Il était ainsi conçu : « L'Assemblée nationale déclare que l'armée de Paris est chargée de veiller à sa défense, et ordonne au général Magnan,
SOUS peine de forfaiture, de mettre les troupes à la disposition de TAsseniblée. »
Sur la proposition de M. Monet, TÂssembléc décida ensuite (jue le décret de déchéance serait envoyé au président de la haute cour de justice. Plusieurs membres ayant entendu, au président de TÂsscmiblée, dirent tumultueusement : « Il n'y a phis de président! — M. Dupin s*est conduit likhement, dit M. l^ascal Duprat, je demande que son nom ne soit pas prononcé ici. » Un membre réclame quon mette en réquisition le télégraphe.
L'Assemblée est consultée sur la proitosition de nommer M. le général Oudinot commandant do Tarméedc Paris. Quand on le propose, M. le capitaine Tamisier, membre de la Montagne, s'exprime ainsi : u Sans doute, M. Oudinot, comme tout le monde, ferait son devoir; mais il a, vous le savez, commandé l'expédition romaine. Aura-t-il sur le peuple Tautorité nécessaire? — Vous désarmez T Assemblée, dit M.Bességuier. — Vous nous tuez, » dit M. de Dampierre. La proposition mise aux voix est adoptée, et un décret est rendu dans ce sens. Durant qu'on le rédige, M. Oudinot échange quelques phrases avec M. Tamisier; puis dit à ses collègues: « Messieurs, sur ma demande, le capitaine Tamisier accepte de me servir de chef d'état-major. » Des tonnerres d'applaudissements accueillent cette accolade donnée par le général à la Montagne.
Kn ce moment, un sous-lieutenant venait, à la porte de la salle, donner des ordres aux chasseurs qui s'y trou-
vaient. Le général Oudinot et le capitaine Tamisier s'avancent vers lui; M. Tamisier lui donne lecture du décret qui nomme M. Oudinot général en chef de l'armée de Paris. « Vous venez d'entendre , dit M. Oudinot; je suis général en chef de l'armée de Paris, vous devez m'obéir sous peine des plus graves punitions, je vous commande de vous retirer. — Mon général, j'attendrai pour cela qu'on me relève de ma consigne. — C'est juste, > dit M. Oudinot, qui ne s'attendait pas à cette leçon de discipline militaire. En rentrant dans la salle, il demande M. Mathieu de la Redorte pour chef d'élatmajor de la garde nationale : « Faites ce choix vous* même, c'est dans vos pouvoirs, » crie-t-on de touscôtés. L* Assemblée confirme le choix du général. M. Benoist d*Azy fait alors remarquer que quelques personnesélaient déjà sorties et s en étonne, parce que, dit-il, il ne suppose pas que quelqu'un veuille se retirer avant d'avoir vu la (in de ce qu'on pouvait faire.
Plusieurs représentants étaient en effet sortis pour se rendre à une imprimerie voisine, où ils portaient le décret de déchéance, afin de le faire imprimer. Il fallait quelqu'un qui pût se charger de le faire luimême pour ne pas mettre ses employés dans le secret. C'était un point important. Ijù chef de cette imprimerie, ouvrier avant d'être maître, était bien celui qui convenait. Il refusa énergiquement de prêter son concours, a C'est un acte de patriotisme, lui dirent ces Messieurs, et sur notre parole de représentants, nous jurons que le pays reconnaîtra par une récompense
Il» nSTOIRB
nationale le service éminent que tous allez lui rendre. — Je ne veux pas , dit Timprinieur, provoquer à une résistance qui ferait verser le sang d*un seul de mes concitoyens. » On revint trois fois chez lui y la dernière à huit heures; mais toujours inutilement. Ce ne fut que plus tard qu'on trouva une presse clandestine qui a imprimé le document informe que la police a saisi.
Deux autres représentants s'étaient, de leur c6té, rendus au ministère de Tintérieur et sommaient M. de Momy de se constituer prisonnier et de rapporter le amp d'État. Le ministre était impassible, et son calme railleur mettait hors d^eux-mèmes les deux délégués. « Nous appellerons le peuple aux armes. — Cest bien , dit M. de Momy , faites ; mais comme mes amis et moi avons joué notre existence pour sauver la patrie, nous irons jusqu^au bout. Je ferai fusiller tous les représentants pris aux barricades. » Ces Messieurs cessèrent d'insister, et ne furent pas, aflirme-t-on, de ceux qui se montrèrent parmi les insurgés.
Au même instant, M. Berryer et quelques autres repré» sentants péroraient par les fenêtres de la justice de paix dont le local communique avec la grande salle de la mairie du 10*. llsprovo<]uaientle peuple à la résistance, à l'insurrection, en proclamant la substance des décrets que venait de rendre la prétendue Assemblée nationale. M. Berryer disait : « Nous sommes des vôtres, mes amis, nous vous accordons ce que vous demandez : le suiTrage universel, vous l'aurez! — Vous ne disiez pas cela, il y a huit jours, u lui clame un ouvrier en faisant un [>orte-*
D'UN COUP D'ÉTAT. Itl
voix de ses deux mains. Quelques chasseurs viennent fermer les fenêtres et font rentrer ces Biessieurs dans la salle.
C'est à ce moment que Tordre du général Magnan fut apporté de Tétat-major. 11 commandait d'exécuter les prescriptions du préfet de police ; il était ainsi conçu:
Commandant,
En conséquence des ordres du Ministre de la guerre , faites occuper immédiatement la mairie du iO* arrondissement, et faites arrêter , s'il est nécessaire , les représentants qui n'obéiraient pas surle-champ à l'injonction de se séparer.
Lm général en chef ^
MaG!<A7<.
Il n'y avait plus à hésiter ; les commissaires demandèrent à tenter les voies de conciliation. Ils montèrent à la salle avec le capitaine qui s'arrêta à l'entrée. Pendant ce temps-là, l'aide-de-camp du général Sauboul retournait au Luxembourg et prévenait le général qiie les forces de la mairie étaient insuffisantes.
En entrant dans la salle, les commisaires sont accueillis par des clameurs qui partent à la fois de tous les points. M. Lemoine-Tacherat veut parler ; sa voix est couverte par les cris : c Sortez!... vous violez la majesté de l'Assemblée I . . • Qui ètes-vous ? . . . Sortez ! . • • A la porte !» A ces cris se mêlent des épithètes injurieuses j de ces mots qui rappellent les séances les plus tristement scandaleuses de la véritable Assemblée.
Quand celte Icmpète est un peu calmée, M. Lemoine veut reprendre la parole ; les mc^mes clameurs recommencent; enfin, voyant sa persistance, on lui crie : « Au bureau ! montez au bureau ! — Vos noms , et que voulez-vous? dit le président. — Nous sommes commissaires, répond M. Lemoine ; nous venons, de la part du préfet de police, vous sommer de sortir de la mairie et de vous retirer. — Vous êtes magistrats, reprit M. Benoist d*Azy, vous devez savoir quelle responsabilité vous assumez personnellement sur vos têtes. Ce jour peut avoir un lendemain, et vous aurez peut-être à vous repentir de ce que vous faites aujourd'hui. On va vous lire Tart. G8 de la Constitution, que vous paraissez ne pas connaître. » M. Vitet donne lecture de cet article, ainsi conçu :
Art. 68. Le président de la Rcpubli(|ue, les ministres, les agents et dëpo>itaires de rautorité publique, sont responsables, chacun en ce qui le concerne, de tous les actes du gouvernement et de Padmini- •IratioD*
Toute mesure par laquelle le président de la République dissout ou proroge rA.ssomblée, ou met obstacle à Texercice de son mandat, est QO crime de haute trahison.
Par ce seul fait, le président est déchu de ses fonctions ; les citoyens sont tenus de lui rtfuser oltéissance; le pouvoir exécutif passe à% plein droit à PAssembléo nationale ; les juges de la haute cour d% justice se réunissent immédiatement à peine de forfaiture ; ils convoquent dans le lieu qu*ils désignent pour procéder au jugement du président et de ses complices; ils nomment eux-mêmes le magistrat chargé des fonctions du ministère public.
Une loi déterminera les autres cas de responsabilité ainsi que les fMinei et les conditiont de la poursuite.
DUN COUP D'ÉTAT. i%$
« Lisez à ces Messieurs les décrets que vient de rendre rAssemblée. » M. Vitet donne lecture du décret suivant :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
L'Assemblée nationale ,
Vu Part. 08 de la Constitution ,
Attendu que TAssemblée nationale est empêchée , par acte de violence, dans Texercice de son mandat;
Décrète :
Louis-Napoléon Bonaparte est déchu de ses fonctions de Président de la République. Les citoyens sont tenus de lui refuser obéissance. Le pouvoir ciécutif passe de plein droit à TAsscmblée nationale. Les juges de la haute cour de justice sont tenus de se réunir immédiatement à peine de forfaiture. Les jurés sont convoqués pour procéder au jugement du Président et de ses complices.
En conséquence, il est enjoint à tous fonctionnaires et dépositaires de Tautorité et de la force publique, d^obéir à toutes réquisitions faites au nom de TAssemblée nationale , sous peine de forfaiture et de haute trahison.
Délibéré et voté à l'unanimité , en séance publique, à la mairie du 10* arrondissement.
Lt vkt-président , Lei secrétaires ,
Vitet. Mouix^h et Chapot.
En Fabsence du président retenu à l'Assemblée :
U vice-président ,
Behoist d'Azt '•
M. Vitet lit ensuite le décret qui nomme le générai
' Ont signé la pièce onginale, quelques-uns deux fois :
DuCiure, Jouiniiel^llootebello, Buflbl, Mortimer-Teroaux, Granvilk,
Oudinot commandant des forces militaires de Paris , M. Tamisier, colonel d'état-major. « Vous voyez, dit M. Benoist d'Azy au conunissaire, que vous ne pouvez pas obéir à un pouvoir qui a cessé d'exister. Comme président de cette Assemblée , je vous somme de vous retirer, et vous requiers de faire sortir les troupes qui ont envabi la mairie. — Je n'ai pas à discuter avec vous, dit M. Lcmoine. J'exécute des ordres supérieurs; j'obéis comme un soldat à son général : je vous réitère la sommation de sortir d'ici, si vous ne voulez qu'on ne vous y contraigne. Du reste, je dois vous dire offîcieuscment que, Paris étant en état de siège, l'autorité civile n'intervient que par tolérance et pour éviter que des formes infiniment moins conciliantes soient
Chap«>t, Foblant, Brotonnc, Dahin.!, Camus do la Gui>>ourgère, Chauvin, de Gouyon, Duvcrgicr de Hauranne, Saitit-liamme', de Melun (IHe-et-Vilaiiie), liigal, Duparc, S Houille, Clicgaray, de Staplande, Jorct, Montigny, AmaMo-Dukiois, de Séré, Lacasc, Bouel, de Sainl- Pnc5t, Pascal Duprat, HougeM^fossc, Kcrsauson, Pidoux, Caillel- Dutertre, de Ladevansaye, Talhouet, Merentié, Sauvairc-Barthclemy, de Fontaine, Bou vattier, AU»ert de Luynes» Dufourncl, Legrand, Boissié, l)ahirel,0. LifaycUe, Lanjuinais, Dcsmars, de Castillon, deVaujuas, Pioger,Lcvct, Daguilhon, G«asselin, Marécliîil, VernheUc (Hérault), de Gre$9et,Houx-GarlK)nnt>l, Pig«i>n, de S«»ze, Léo de Laborde, d^Ambraj, Callet, Dieulevcut, Gustave de Bt^aumont, de Tor«|ueville, Béchard, Kcrider, d'Hesp«»l, Passy, général Hulhière, du Grosrier, dv. Hrias, Frichon, de Kerdn*l, Simonot, Héinusat, de Vogué, dt? (!«*irelles, de Ber- «et, Syinphor-Vaudoré, de Malleville, Arène, liesse, de Tracj, Lemaire, de& Hotours de Clianlieu, Randoing, Berryer, Vesin, Hennecart, d*01ivitT, 0>«|uerel, l)u|Kirc, Chassaignel, Salnion (Meufte), Fal- |Oux, Prudhumine, Howyn-Tranchire, Besaéguier, Laruchctte, Lagré> née, Kératr} , Thuriot, Botmiliau, VernhcUe (Aveyroo), Pauldtt Saint*
employées. — Nous n'avons que faire des faveurs de votre préfet, à qui nous ne reconnaissons aucun droit; sortez ! — Nous ne partirons d'ici que contraints et prisonniers ! crie-t-on de toutes parts. » C'est alors que le général Oudinot, s'adressant à l'officier : « Commandant, lui dit-il, vous le voyez, je suis nommé général de l'armée de Paris ; c'est à moi qu'il appartient de vous commander. Ayez à faire retirer vos soldats, ou à les mettre à la disposition de l'Assemblée. Commandant du 6* bataillon, vous m'avez entendu; allez-vous obéir? — Général, répond le capitaine, j'ai l'honneur de vous connaître; en toute autre circonstance, je serais heureux de vous obéir; mais ici j'exécute les ordres de mes chefs hiérarchiques, je les exécuterai
Georges, Biiio, Sainte-Beuve, Tamisier, Gicqueau, Bouille, Legros- Devot, de Luppé, Nettement, Monet, de Lavallade, Tréveneuc, Matthieu de la Redorte, Pécoul, Ravinel, Piscatory, d'Havrincourt, Jules de Lasteyrie, de Larcy, de la Tourette, Surville, Durougeroux, Laine, GeriDonière, Ferd. de Lasteyrie, de Goulard, ChamboUe, A. Gros, de Tinguy, Louvet, de Vandœuvre, Casimir-Perrier, Victor Lefranc, Chazaud, Proa, Tron, de Limayrac, Fourtanier, de Belvèse, Barthéleiny-Saint-Hilaire, Barchoo de Pcnhoên, de la Broize, de Chazelle, Kermarec, de Coislin, Raudot, Bernardi, de Sesmaisons, Barillon, E. Leroux, de la Tousche, Cordier, Ferré des Ferris, Laurenceau , Pradié, Oenayrousse, Laurence, Sain, Hervé de Saint-Germain, Talon, Blavoyer, Vatimesnil, Bauchart, Mispoulet, Boissière, Tocqueville, de Kerdrel (Morbihan), général Lauriston, de Balzac, Gustave de Beaunont, de Querhoent, de Lafossc (Ule-et-Vilaine), de Roquefeuille, de Daropierrr, de Reranflech, Poujoulat, de Mclun (Nord), de Faultrier, Colas de la Mothe, Corne, Champanhet, Betting de Lancastel.
Les représentants de la gauche font, de leur côté, une profession imbUble. (Cet mots étaient ainsi au bas des signaluroi.)
ii6 HISTOIRE
coniplrtoinent. » Alors il donne lecture aux représentants (le rurilre (|u*il avait reçu du général en chef. Il &e fait un tumulte rlTroyable, les vociférations recommencent. Les injures les plus violentes sont adressées aux commissaires, notamment par certains représentants du parti de la Montagne. Chacun veut être le tribun (le la circonstance. On monte sur les tables, sur les chaises « sur le bureau, pour faire des discours que pei'sonn(» ne peut entendre. I-^s commissaires et le capitaine sortent pour délibérer. Quel parti prendre? On ne peut, avec trois compagnies, enunener plus de deux cents pei*sonnes, si elles persistent dans leur résistance. On envoie demander dtrs renforts au général Forey, qui commande sur le (|uai d*()i*say. Ce général recevait en même temps une lettre du général Magnan qui lui disait : a On n'agit pas assez vivement à la mairie du 10^ où les représentants sont réunis. C*est là qu*est la situation sérieuse. Portez-vous-y de votre personne et enlevez le plus de représentants que vous pourrez. Agissez promptement et énergiquement. » Le tumulte continue dans la salle. Des groupes considérables stationnent dans la rue de Grenelle. M. Lemoine-Taclierat, jetant un coupd*œil aux groupes, aperçoit M. de Larochejaquelein, (pii se présentait pour entrer, a Yinsistez pas! lui dit le magistrat, la porte est consignée. » Puis il le fait entrer dans la guérite qui est à droite de la grande {)orte, près du [>oste, et là, Tengage à se retirer, ce que M. de Larochejaquelein fait immédiatement. Il entre en face chez un marchand de tin et monte
DnJN œUP D'ÉTAT. I«T
au premier étage pour être témoin des événements. Le général Forey arrive enfin à la mairie, à une heure et demie, avec un bataillon du 14* de ligne et le reste du 6^ bataillon de chasseurs à pied. De son côté, le général Sauboul, prévenu par son aide-de-camp de l'insuftisance des forces qui étaient à la mairie, y envoyait un bataillon du 37% qui ne vint que jusqu^à la Croix- Rouge, le général Forey lui ayant fait dire de retourner, puisque lui-même arrivait avec assez de monde. Le général Forey décida, de concert avec les commissaires, qu*on n'emmènerait pas les représentants à Mazas ou à la préfecture de police , mais bien à la caserne du quai d'Orsay. Il était prudent d'éviter toute provocation dangereuse, et le parti qu'on prenait n'exposait à rien de semblable. Les commissaires remontent dans la salle, et font de nouveau sommation aux représentants d'avoir à sortir immédiatement. Refus formel de tous. « Nous ne sortirons que violentés ! faites-nous prisonniers! 11 faut qu'on nous arrache d'ici ! » Au fait, les représentants ne demandaient pas autre chose qu'un simulacre de violence. M. Lemoine-Tacherat s'approche de M. Renoist d'Azy, et, lui touchant le coude avec politesse : « Voyons! Monsieur, lui dit-il , sortez d'ici. » On a écrit que M. Renoist d'Azy et M. Vitet avaient été pris au collet ; le fait est faux. Us sont sortis sur Tinvitation du commissaire. Tous les autres ont voulu même semblant d'emploi de la force; ils ne partaient que quand l'un des chasseurs de Vincennes les avait touchés du bout du doigt.
4Ï8 mSTOIRE
Accumulés sur le grand escalier, les représentants, comnne s'ils regrettaient d*avoir cédé si facilement, s*arrëlent et ne veulent plus descendre. Il faut encore les chasseurs de Vincennes. Dans la cour, les clameurs recommencent ; on se sent un auditoire et on refîiseéner* gi(]uemont de se séparer. Aux invitations qui sont faites par les commissaires, on répond : « Faites-nous prisonniers; vous ne Posez pas; vous avez peur; à nous bit'iitùl à vous juger. » Puis des injures sont adres* séesà ces fonctionnaires. On comprend la réserve qui nous oblige à ne pas nommer ici. M. I^moine-Tacherat se voit forcé de dire à celui qui les leur adresse : « Monsieur, j*ignore qui vous êtes, mais qui que tous soyez, vous pourriez avoir des leçons de courage et d*honneur à recevoir des fonctionnaires que vous inmitez. »
Beaucoup veulent encore haranguer la troupe, notamment MM. Piscatory, de Coislin. l.e capitaine Tamisier, s adressant à Taide-de-camp du général Forey, lui dit: «Savez-vous, mon cher capitaine, qu'on vous fait jouer un rôle déplorable ; à votre place, je voudrais me cou* vrir de gloire aujourd'hui. » M. Oudinot, se trouvant prés du général Forey, lui dit : « Je suis commandant en chef de l'armée de Paris. » Pour ne pas engager dfe discussion, le général Forey détourna son cheval, aprèi avoir répondu ; « Nous sommes miiitatret , nous ne oon* naissons que nos ordres. » M. Oudinot ne fut pasplm heureux auprès des soldats, qui refusèrent de récouter. Voyant qu'on ne peut rien obtenir des représentante
et qu'ils veulent absolument les apparences d'une pertécution, qu'on leur dit d'avance devoir être exempte de dangers^ on les place entre deux haies de chasseurs de Yincennes. La ligne ouvre et ferme la marche. Puis on les conduit, par les rues de Grenelle, Saint-Guillaume, Neuve-dc- l'Université, de l'Université, de Beaune et les quais Voltaire et d'Orsay, à la caserne du quai d'Orsay, où le général Forey est allé donner l'ordre de les recevoir avec tous les égards convenables. Ils y entraient à trois heures et demie. Durant ce temps-là , le préfet de police écrivait au général Magnau de marcher luimême sur la mairie du 10® arrondissement. Le ministre de la guerre lui donnait l'ordre de s'y rendre avec des forces suffisantes pour y arrêter tous les représentants. Le ministre de l'intérieur, écrivant dans le même sens, signalait comme ne devant pas être relâchés, MM. Berryer, Piscatory, Oudinot, qui avaient eu la part la plus directe aux actes de la séance. En effet, M. Berryer peut revendiquer l'honneur d'en avoir été l'àme et lé directeur. Le général en chef montait à cheval pour se rendre avec vingt-cinq guides sur les lieux, quand il apprit que le général Forey conduisait les représentants à la caserne d'Orsay.
Ainsi finit cette déplorable séance de la mairie du 10^. Peut-être fallait-il cette dernière humiliation au système parlementaire pour le discréditer entièrement en France. Nous avons fait ce récit sans partialité, sur des documents précis et sur des renseignements honorables. Toutes les personnes qui nous ont fourni ces
(lerniors nous ont oiTcrI leur signature pour les garantir. Ce sont les faits qui écrivent l'histoire. Est-ce notre fiuite si Tesprit de parti aveugle les hommes et produit chez les intelligences les plus élevées les faiblesses, les défaillances (|ue nous avons dû raconter? Quel enseignement ! Os profonds politiques, ces prétendus défenseules de Tordre , ces hommes des vieux privilèges, les >oilà qui in>oquent Témeute, qui ap|>ellent les soldats des Larricades, qui font des discours par les fenêtres d'une mairie et qui vont au-devant de tous les agents du {K>uvoir pour discuter des consignes et pour faire reconnaître leur autorité. Et que veulent-ils? A la place du pouvoir unitaire et fort qui sauve le pays, en faisant loyalement rap|>el au |H*uple, en annonçant qu'il prend le souverain naturel pour juge, que veulent-ils mettre? Leur dictature ; Tai bitraire d'une Convention tumultueuse et divisée en partis qui se détestent, qui demain se déchireront. S'ils réussissent, c'est la terreur à Paris; c'est la jacquerie rouge dans toute la France. Et voilà où ils vont, ces parlementaires qui se nomment Piscatory, Iterryer, Iknoist d'Azy, Dufaure, Falloux, Odilon Itarrot, etc. Que la France considère jusqu'où des honnnes de cette valeur ont pu descendre, et le système [Kirlemen taire demeurera jugé pour toujours.
Les (K^rsonnages internés à la caserne d*Orsay étaient au nond>re de US. \a\ protestation ne portait h la mairie que les 190 signatures que nous avons données. Des adhésions obtenues en dehors ont porté ce nombre à 2Kt, puis à 221, ce qui fait que bien des pièces saisies
D'UN COUP DÉTAT. 131
diffi^rcnt quant au nombre des signatures. Il y avait à celte réunion des personnages qui n'élaient pas représentants; voilà ce qui explique encore la différence entre le chiffre des présents et celui des signataires. L'incident de la mairie du 10* est un des plus sérieux de la journée. Si la dissolution de cette réunion a demandé du temps, cela tient à la différence des ordres donnés d'abrod par l'autorité civile et par l'autorité militaire, ensuite à l'insuffisance des troupes envoyées primitivement pour les faire exécuter; la fermeté du général Forey dans l'exécution de cette mission délicate, et celle du capitaine commandant le 6* bataillon de chasseurs à pied, a tout réparé. Dans cette circonstance difficile, M. Lemoine-Tacherat , comme commissaire du quartier et comme doyen d'âge , a porté la parole et fait exécuter les ordres du préfet de police avec une énergique fermeté; il s'est montré plein de décision et constamment tenu dans une attitude résolue, en face d'une Assemblée qui se prétendait pouvoir souverain et qui le rendait personnellement responsable. M. Barlet fils doit être cité aussi comme ayant prêté à son doyen d*àge le concours le plus énergique et le plus intelligent. Lui aussi, dans cette circonstance solennelle, a su allier à la fermeté du fonctionnaire l'esprit de convenance parfaite qui distingue toujours Thomme bien élevé.
A la caserne du quai d'Orsay, beaucoup de repré* sentants reçurent des amis, d:;s parents. Tous étaient libres de partir; quelques-un.^ le firent* Mais la perse-
culion n*était pas daugereyse ; on savait les prescrip» lions à cet égard de M. de Maupas et de l*aulorité ini«litaire. Dans de telles circonstances , il était puéril de jouer au niarlyre. Quelques-uns crurent cependant devoir le faire, et déclarèrent qu'ils voulaient rester prisonniers. Ils refusaient de faire connaître leurs noms, et répondaient invariablement aux questions faites à cet égard : Représentant du peuple. Le ministre voulant savoir les noms des personnages arrêtés , on fut obligé de faire venir un officier de faix, ordinairement de service à TAssemblée , qui commença à désigner nominativement pour qu'on pût les inscrire. Voyant cela, les autres se nommèrent.
Tn fait qui montre à quel degré de puérilité les représentants descendirent est celui-ci : aGénéial, disait M. Dufaure, pourrais-je envoyer chercher des nouvelles de ma femme ? — Allez-y vous-même, répond le gêné* rai Forey ; seulement promettez de revenir. — Je vais vous faire une promesse écrite. — Je m'en rapporte parfaitement à vous. — Il faut que cela soit écrit pour rauthenticilé historique. » M. Dufaure ne revint que le lendemain à quatre heures du matin. Le lancier de faction lui dit que les autres représentants étaient partis : « El je n*y étais |)as! reprit M. Dufaure. Que pensera le pays? — Il pensera que, pour ne pas rester dans la me à quatre heures du mutin, dit le soldat qui lui barrait la porte, vous êtes retourné à votre domicile. » Les officiers, surtout le colonel commandant, se montraient vis-à-vis d'eux pleins d*égards et de politesse. Quelques*
D'UN COUP D'ÉTAT. i33
uns n'apprécièrent pas con>me il était convenable celte façon d'agir et y répondirent assez mal.
Ils furent enfin transportés dans des voitures de toutes sortes, omnibus et autres, soixante-deux à Mazas, cinquante-deux au Monl-Valérien et cent quatre à Vincennes. Les uns à dix heures du soir , les autres à deux heures du matin. Il ne resta, à la caserne d'Orsay, que MM. Chegaray et Mazé Delaunay , qui se dirent malades, et qui , le 3 , au point du jour, demandèrent à rentrer chez eux. M. Etienne, qui était légèrement blessé, resta chez le major des lanciers.
A Vincennes , on prépara pour eux les appartements du prince de Monlpensier, et le génral Courtigis disposa de tout son mobilier en leur faveur. Berryer, Piscatory, Odilon Barrot , Béchard, Léo de Laborde, de Riancey, étaient au nombre des représentants enfermés à cette forteresse. Ce fut en y arrivant qu'Odilon Barrot, montant sur une chaise, adressa une allocution à ses collègues, o Comment, dit le général Courtigis, depuis trente ans que vous faites le même discours, vous n'en avez l>as assez ! — Général, répondit le solennel orateur, je devais trop au système parlementaire pour ne pas lui rendre ce dernier hommage. »
Dans la journée du 2, à dix heures du malin, la haute
cour s'était d'ofTice réunie au Palais de justice. Deux
commissaires, envoyés par le préfet de police , entrèrent
dans la salle où siégeait la cour, tandis qu'un bataillon
de garde municipale se tenait auprès à leur disposition.
Ils communiquèrent àces messieursl'ordre qu'ils avaient
1 34 HISTOIHE
«!elos arrêter s*ils ne se séparaient immédialement. La Oinr obéit à Tinstant et avec tant de précipitation , qu'elle laissa tous les papiers sur le bureau , et notamment Tarrùt suivant qu'elle venait de rédiger, et auquel ses nuMiibres n'avaient pas eu le temps d'apposer leurs signatures.
AKRÈT l)K LA HALTE COlU DE JISTICE.
Kii vi-rlu i\v rartirU; (iS de la Constiliilioii,
L;i liante roiirdt-jii^liciMlêclarc Louis- NapoliKtn lionaparto prû^riiii tle cniiit' (Ir liaiiti* traliisoii,
<]i»ii\<M|ii<' l(> liant jiiiy national p'»iir procéder nans délai au juge- MH-nt ,
El rliar::i* M. \v ron>4'iU(T Uenouarddcs fonctions du luinUtôre pu- Mie prt> la hautt* cour.
Fait à Pans, le 2 d*'rrnil»n' is:;i.
Les insurgés de Paris ont afficbé celte pièce avec les noms suivants :
UAiiiNiUiM , présideni .
Dki \h.\(:k , IV\T4UXK , MoRKAL' (de la S<*inc) , C^tciiT , yn.swii.T, juges.
Le texte en a été rétabli de mémoire, et, bien que les membres de la Cour n*eussent pas signé en séance, les insurgés, (|ui voulaient se servir de cet arrêt, n'ont pas hésité à Y mettre les noms qui manquaient, comme ils Font fait du reste, à Tégard de quelques-uns des pt'rsonriages «pii figurent comme signataires sur d'autres pièces.
Durant ces tentatives impuissantes de résistance , tout le monde était à son poste , calme , impassible dans le devoir. M. deMorny, M. deMaupas, Tautorité militaire, avaient des correspondances de tous les instants, et continuaient à prendre ces mesures d'ensemble qui ont donné un caractère si grand de précision et d'unité à Tacte du 2 décembre.
A deux heures et demie , le général de division Renaud partait de TËcole militaire, pour visiter successivement tous les postes de la rive gauche et veiller à ce que les dispositions qu'il avait prises reçussent leur fidèle exécution.
A la même heure, à peu près, le Président parcourait , avec un nombreux état*major, la ligne des boulevards, où il était acclamé de la façon la plus enthousiaste. Puis, eusuile, il passait en revue la division de grosse cavalerie Korle , venue de Versailles , et stationnant dans les Champs-Elysées.
Le prince était reçu par ces braves troupes comme il l'avait été le matin par les autres corps de Tarmée qu'il avait passés en revue, c'est-à-dire avec renlhousiasme le plus vif. Le soir, le prince Louis-NapoléoD assistait à un diner que le ministre des affaires étrangères, M. Turgot, donnait au corps diplomatique. Il y montrait le calme et la sérénité dont il avait fait preuve, la \eille au soir, en recevant à TËlysée. Du reste, tous ceux qui l'ont vu durant cette journée, lui rendent ce témoignage, que jamais il n'a été aussi tranquille, aussi parfaitement maitre de lui. Son visage était rayonnant