LA BARRICADE DE LA MAIRIE DU V ARR
Plus de munitions dans la barricade. Pas de quartier à attendre.
Ceux qui n'avaient plus ni poudre ni balles jetèrent leurs fusils. Quelques-uns voulurent reprendre position dans la mairie, mais il était impossible de s'y défendre, elle était ouverte et dominée de toutes parts ; ils escaladèrent les murs et se dispersèrent dans les maisons voisines; d'autres s'échappèrent par la gorge de la barricade qui donnait sur la rue Saint-Jean; la plupart des combattants gagnèrent le revers delà barricade opposée, et ceux qui avaient encore une cartouche firent du haut des pavés une dernière décharge sur les assaillants. Puis ils attendirent la mort. On les tua tous. .
Un de ceux qui parvinrent à se glisser dans la rue Saint-Jean, où du reste ils essuyèrent un feu de peloton des assaillants, était M. H. Coste, rédacteur de l'Événement et de V Avènement du Peuple.
M. Coste avait été capitaine dans la garde mobile. A un coude que fait la rue et qui le mit hors de la portée des balles, M. Coste aperçut devant lui l'ancien tambour de la garde mobile qui s'était échappé comme lui par la rue Saint-Jean et qui profitait de la solitude de la rue pour se débarrasser de sa caisse.
— Garde ta caisse, lui cria-t-il.
— Pourquoi faire?
— Pour battre le rappel.
— Où?
— A Batignolles.
— Je la garde, dit le tambour.
Ces deux hommes sortaient de la mort et consentaient immédiatement à y rentrer.
Mais comment traverser tout Paris avec cette caisse ?
La première patrouille qui les rencontrerait les fusillerait. Un portier d*une maison voisine qui vit leur embarras leur donna une serpillière. Ils en enveloppèrent la caisse et gagnèrent Batignolles par les rues désertes qui avoisinent le mur de ronde.
Georges Biscarrat était Fhomme qui avait donné le signal de la huée rue de l'Échelle.
Je connaissais Georges Biscarrat depuis juin 18/»8. Il avait été de cette insurrection funeste. J'avais eu occasion de ne pas lui être inutile. Il était pris, il était à genoux pour être fusillé, j'étais intervenu, et je Tavais sauvé; lui et quelques autres, H. D. D. B.^ et ce vaillant architecte Rolland qui, plus tard, proscrit, restaura avec talent le palais de justice de Bruxelles.
Gela se passa le 24 juin 1848, dans le sous-sol du n^" 93 du boulevard Beaumarchais, maison alors en construction.
Georges Biscarrat s'attacha à moi. Il se trouva qu'il était le neveu d'un des vieux et bons amis de mon enfance, Félix Biscarrat, mort en 1828. Georges Biscarrat venait me voir de temps en temps, et, dans les occasions, il me consultait ou me renseignait.
Voulant le préserver des entraînements malsains, je
lui avais donné, et il avait accepté de moi, cette règle de conduite : Jamais d'insurrection qae pour le devoir et pour le droit.
Qu'était-ce que la huée de la rue de TÉchelle? Racontons l'incident.
Le 2 décembre, Bonaparte avait fait un essai de sortie. Il avait risqué d'aller regarder Paris. Paris n^aime pas à être regardé par de certains yeux. Cela lui semble insultant, et il est plus irrité d'une insulte que d*iiiie blessure. Il subit l'assassinat, non le clignement de paupières de l'assassin. Mal en prit à Louis Bonaparte.
A neuf heures du matin, au moment où la garnison de Gourbevoie descendait sur Paris, les affiches du coap d'État étant encore fraîches sur les murs, Louis Bonaparte était sorti de l'Elysée, avait traversé la place de b Concorde, le jardin des Tuileries, puis la cour grillée du Carrousel, et on l'avait vu sortir parle guichet deb rue de l'Échelle. 11 y eut tout de suite foule. Louis Bonaparte était en habit de général; son oncle, l'ancien roi Jérôme, raccompagnail, et Flahaut, qui se tenait en arrière. Jérôme avait le grand uniforme de maréchal de France avec le chapeau à plume blanche; le cheval de Louis Bonaparte dépassait de la tête le cheval de Jérôme. Louis Bonaparte était morne, Jérôme attentif, Flahaut épanoui. Flahaut avait son chapeau de travers. Il y avait une grosse escorte de lanciers. Edgar Ney suivait. Bon.> parte comptait aller jusqu'à l'Hôtel de Ville. Georges Biscarral était là. La rue était dépavée, on macadamisait, il monta sur un tas de pierres et jeta ce cri : A bas k diclatenr! A bas les pritoriens ! Les soldats le regardèrent d'un air stupide, et la foule d'un air étonné. Georges Biscarrat (c'est lui qui me Ta dit) sentit que son cri
était trop littéraire et qu'on ne comprenait pas, et il cria : A bas Bonaparte! A bas les lanciers!
La huée fut électrique. — A bas Bonaparte! A bas les lanciers ! — cria le peuple, et toute la rue devint violente et orageuse. A bas Bonaparte! La clameur ressemblait à une exécution commençante, Bonaparte fit un brusque mouvement à droite, tourna bride, et rentra dans la cour du Louvre.
Georges Biscarrat sentit le besoin de compléter la huée par une barricade.
II dit au libraire Benoist Mouilhe, qui venait d'entr'ouvrir sa boutique : Crier c'est bien, agir c'est mieux. Il rentra chez lui rue du Vert-Bois, mit une blouse, prit une casquette, et descendit dans les rues sombres. Avant la fin du jour il s'était entendu avec quatre associations : les gaziers, les fermiers, les châliers et les chapeliers.
Ainsi se passa pour lui la journée du 2.
La journée du 3 s'écoula en allées et venues « à peu près perdues », disait Biscarrat à Versigyay. Et il ajoutait : Pourtant j'ai obtenu ceci, qu'on déchirerait partout les affiches du coup d'État, si bien que pour en rendre l'arrachement plus difficile, la police ^a fini par les placarder dans les vespasiennes, où elles sont à leur place.
Le jeudi 4, de grand matin, Georges Biscarrat alla chez Ledouble, restaurateur, où mangeaient habituellement quatre représentants du peuple, Brives, Berthelon, Antoine Bard et Viguier, surnommé le père Viguier. Tous les quatre y étaient. Viguier racontait ce que nous avions fait la veille, et était de mon avis : brusquer le dénoûment, culbuter le crime dans son propre gouffre. Biscarrat survint. Les représentants ne le connaissaientpas
et le regardèrent. — Qui étes-vous ? demanda l'un d'eux. Avant qu1l eût répondu, le docteur Petit entra, déplia un papier, et dit :
— Quelqu'un ici connalt-il l'écriture de Victor Hugo? — Moi, dit Biscarrat. II examina le papier. G*était ma proclamation à l'armée. — II faut imprimer cela, dit Petit. — Je m'en charge, dit Biscarrat. Antoine Bard lui demanda : — Vous connaissez Victor Hugo ? — H m'a sauvé la vie, répondit Biscarrat. Les représentants lui serrèrent la main.
Guilgot arriva. Puis Versigny. Versigny connaissait Biscarrat; il l'avait vu chez moi. Versigny dit : — Défiezvous. Il y a, là dehors, à la porte, un homme. — Cest un châlier, dit Biscarrat. Il est avec moi. Il me suit. — Mais, reprit Versigny, il a une blouse, et sous cette blouse, un mouchoir. Il a l'air de cacher cela, et dans ce mouchoir il y a quelque chose. — Des dragées, dit Biscarrat.
C'étaient des cartouches.
Versigny et Biscarrat allèrent au Siècle; il y avait au Siècle trente ouvriers qui tous, au risque d'être fusillés, s'offrirent à imprimer ma proclamation. Biscarrat la leur laissa, et dit à Versigny : A présent, il me faut ma barricade.
Le chûlier marchait derrière eux. Versigny et Biscarrat se dirigèrent vers le haut du quartier Saint-Denis. En approchant de la porte Saint-Denis, on entendait un grand murmure. Biscarrat riait et disait à Versigny : Saint-Denis se fâche. Cela va, Biscarrat, chemin faisant, recruta quarante combattants, parmi lesquels Moulin, chef de l'association des corroyeurs. Chapuis, sergentmajor de la garde nationale, leur apporta quatre fusils
et dix sabres. — Vous savez où il y en a d'autres ? demanda Biscarrat. — Oui. Aux bains Saint-Sauveur. — Ils y allèrent et y trouvèrent quarante fusils. On leur donna des sabres et des gibernes. Des u messieurs » bien mis vinrent portant des boites de fer-blanc oCi il y avait de la poudre et des balles. Des femmes, vaillamment joyeuses, firent des cartouches. A la première porte touchant la rue du Hasard-Saint-Sauveur ils prirent dans une grande cour de serrurier des barres de fer et des marteaux. Ayant les armes, on eut les hommes. Ils furent tout de suite cent. On se mit à dépaver. Il était dix heures et demie. — Vite! vite! criait Georges Biscarrat. La barricade de mes rêves I —C'était rue Thévenot. Le barrage fut fait, haut et terrible. Abrégeons. A onze heures, Georges Biscarrat avait achevé sa barricade, A midi, il y fut tué.
Les arrestations se multipliaient.
Vers midi, un commissaire de police, nommé Boudrot, se présenta au divan de la rue Lepelletier. Il était accompagné de ragent Delahodde. Delahodde était cet écrivain socialiste traître qui, démasqué, avait dû passer de la police secrète dans la police publique. Je le connaissais, je note ce détail; en 1832, il était maître d'études dans récole où, allaient mes deux fils, enfants, et il m'avait adressé des vers. En même temps il m'espionnait. Le divan Lepelletier était le lieu de réunion de beaucoup de journalistes républicains. Delahodde les connaissait tous. Un détachement de garde républicaine occupa les issues du café. Alors se fit l'inspection de tous les habitués, Delahodde marchant devant et le commissaire derrière. Deux gardes municipaux suivaient. De temps en temps Delahodde se retournait et disait : Empoignez celui-ci. Ainsi furent arrêtés une vingtaine d'écrivains, parmi lesquels
84 HISTOIRE D'UN CRIIIB.
Hennett de lestera Kesler était la Teille à la barricade Saint-Antoine. Kesler dit à Delahodde : Voos êtes un misérable. — Et vous an ingrat, dit Delahodde. Je vùum iouve la vie. Parole singnlière, car il est difficile de croire qae Delabodde fat dans le secret de ce qui allait se passer dans cette fetale Joamée da &.
Aa siège da comité, on noas transmettait de tontes parts des indices encoarageants. Testelin, représentant de Lille, n'est pas senlement an homme savant, c*est nn homme vaillant Le 3 an matin, il était arrivé pea de temps après moi A la barricade Saint-Antoine, où Baadln venait d'être tné. Toat était fini de ce cOté-IA. TestaUn était accompagné de Charles Gambon, antre homme intrépide*. Les deox représentants errèrent dans les rues agitées et profondes, pen snivis, point compris; cherchant une fermentation d'insnrgés, et ne troavant qu'an foarmillemenl de curieux. Testelin pourtant, venu au comité, nous fit part de ceci : Au coin d'une rae du faubourg Saint-Antoine, Gambon et lui avaient aperçu un rassemblement. Ils y étaient allés. Ce rassemblement lisait une affiche placardée au mur. C'était un appel aux armes signé Victor Hugo. Testelin demanda A Gambon :— Avez-Yous un crayon? — Oui, dit Gambon. Testelin prit le crayon, s'approcha de Taffiche et écrivit son nom au-dessous du mien, puis il rendit le crayon & Gambon qui, à son tour, écrivit son nom au-dessous du nom de Testelin. Alors la foule cria : Bravo ! ce sont des bonsi Criez : Vive la République ! dit Testelin. Tous crièrent : Vive la République I Et du haut des fenêtres
I. Mort eo exil, à GaerneMy. Voir daos ^le lirre Actn 9i jni/vIm te tome II, PtndaiU Vtxil.
S Mort en exil, à Termonde.
ouvertes, ajouta Gambon^ les femmes battaient des mains.
— Les petites mains des femmes applaudissant, c'est bon signe, dit Michel de Bourges.
Gomme on Ta vu, et nous ne saurions trop y insister, ce que voulait le Gomité de résistance, c'était d'empêcher le plus possible TefFusion du sang. Gonstruire des barricades, les laisser détruire et les recommencer sur d'autres points, éviter Tarmée et la fatiguer, faire dans Paris la guerre du désert, reculer toujours, ne céder jamais, prendre le temps pour auxiliaire, ajouter les journées aux journées ; d'une part, laisser au peuple le temps de comprendre et de se lever, d'autre part, vaincre le coup d'État par la lassitude de l'armée; tel était le plan débattu et adopté.
L'ordre était donc donné de peu défendre les barricades.
Nous disions sous toutes les formes aux combattants :
— Versez le moins de sang possible I épargnez le sang des soldats et ménagez le vôtre.
Gependant, une fois la lutte engagée, à de ceilaines heures vives du combat, il devint impossible sur quelques points de modérer les courages. Plusieurs barricades furent opiniâtrement défendues, notamment rue Bambuteau, rue Montorgueil, et rue Neuve-Saint- Eustache.
Ges barricades eurent de courageux chefs.
Notons ici pour l'histoire, quelques-uns de ces vaillants hommes. Silhouettes combattantes, apparues et disparues dans la fumée du combat. Badoux, architecte, Deluc, Mallarmet, Félix fiony, Luneau, ancien capitaine de la garde républicaine, Gamille Berru, rédacteur de
r Avènement, gai, cordial, et intrépide, et ce jeune Eugène Millelot, qui devait, à Gayenne, condamné à recevoir deux cents coups de corde, expirer au vingttroisième coup sous les yeux de son père et de son frère, proscrits et déportés comme lui.
La barricade de la rue Aumaire fut de celles qu^on n'emporta pas sans résistance. Quoique élevée à la hÂte, elle était assez bien construite. Quinze ou seize hommes résolus la défendaient; deux s*y firent tuer.
La barricade fut enlevée à la bayonnette par un bataillon du 16' de ligne. Ce bataillon, lancé sur la barricade au pas de course, y fut accueilli par une vive fusillade; plusieurs soldats furent blessés.
Le premier qui tomba dans les rangs de la ligne fut un officier. C'était un jeune homme de vingt-cinq ans, lieutenant de la première compagnie, nommé Ossian Dumas ; deux balles lui brisèrent comme d'un seul coup les deux jam^s.
Il y avait en ce moment-là dans l'armée deux frères du nom de Dumas, Ossian et Scipion. Scipion était Talné. Ils étaient parents assez proches du représentant Madier de Montjau.
Ces deux frères étaient d'une famille ffonorée et pauvre. L'aîné avait passé par rÉcole polytechnique, le second par TÉcole Saint-Cyr.
Scipion Dumas était de quatre ans plus ûgé que son frère. D'après cette magnifique et mystériçuse loi d'ascension, que la Révolution française a créée, et qui a pour ainsi dire posé une échelle au milieu de la société jusqu'alors fatale et inaccessible, la famille de Scipion Dumas s'était imposé les plus rudes privations pour élargir en lui Tintelligcnce et devant lui Tavenir. Ses
parents, touchant héroïsme des familles pauvres d'aujourd'hui, s'étaient refusé le pain pour lui donner la science. C'est ainsi qu'il était arrivé à l'École polytechnique. Il en devint bien vite un des premiers élèves.
Ses études faites, il fut nommé officier d'artillerie et envoyé à Metz. Alors ce fut son tour d'aider Tenfant qui montait après lui. Il tendit la main à son jeune frère. II économisa sur sa modique paie de lieutenant d'artillerie, et, grâce à lui, Ossian devint officier comme Scipion. Pendant que Scipion, fixé par un emploi de son grade, restait à Metz, Ossian, incorporé dans un régiment d'infanterie, allait en Afrique. Il fit là ses premières armes.
Scipion et Ossian étaient républicains. Au mois d'octobre 1851, le 16* de ligne, oCi Ossian servait, fut appelé à Paris. C'était un des régiments choisis par la main ténébreuse de Louis Bonaparte et sur lesquels le coup d'État comptait.
Le 2 décembre arriva.
Le lieutenant Ossian Dumas obéit, comme presque tous ses camarades, à l'ordre de prise d'armes, mais chacun autour de lui put remarquer son attitude sombre.
La journée du 3 se passa en marches et en contremarches. Le k le combat s'engagea. Le lô'', qui faisait partie de la brigade Herbillon,fut désigné pour enlever les barricades des rues Beaubourg, Transnonain et Aumaire.
Ce lieu de combat était redoutable; il y avait là comme un carrefour de barricades.
Cest par la rue Aumaire, et par le bataillon dont Ossian faisait partie, que les chefs militaires résolurent de commencer l'action.
Au moment où le bataillon, armes chargées, allait se
M HISTOIRE D*UN CRIMB.
diriger len la rae Amnaire, Oflsiah Dumas aborda aoo cafritainet un brave et ancien officier dont fl éteitaimé, et loi déclara qu'il ne ferait point un pas de plus, que l'acte du S décembre était an crime, que Loois Bonaparte était nn traître, qaee^étaità eux, soldats, de tenir le serment que Bonaparte violait, et que, quant i lut, il ne prêterait pas son sabre pour regorgement de la Bépnbliqne.
Une balte sTétait faite. On attendait le signal d'attaque; les deux officiers, le vieux capitaine et le jeune lieutenant, causaient àivoix basse.
— Et que voulei-vous faire? demanda le capitaine.
— Briser mon épée.
^ Vous serez conduit à Vincennes.
— Gela m'est égal.
— A coup sûr destitué.
— C'est possible.
— Peut-être fusillé.
— Je m'y attends.
— - Alais il n'est plus temps, il fallait donner votre démission hier.
— Il est toujours temps de ne pas commettre un crime.
Le capitaine, ou le voit, n'était pas autre chose qu'un de ces braves de métier, vieillis sous le hausse-col, qui ne connaissent pas d'autre patrie que le drapeau et d'autre loi que la discipline. Bras de fer et tôtes de bois. Ils ne sont plus citoyens ni hommes. L'honneur ne leur apparaît qu'avec des épaulettes de général. Que leur parlez-vous de devoir politique, d'obéissance aux lois, de Constitution ! est-ce qu'ils connaissent cela ? Qu'est-ce qu'une Constitution, qu*est-ce que les lois les plus
saintes, à côté des trois mots qu*un caporal murmure à l'oreille d'une sentinelle? Prenez une balance, mettez dans un plateau rÉYangile, dans Tautre, la consigne. Maintenant pesez. Le caporal remporte. Dieu est léger.
Dieu fait partie de la consigne de la Saint-Barthélémy. — Tuez tout. Il reconnaîtra les sUns. —
Voilà ce que les prêtres acceptent et parfois glorifient.
La Saint-Barthélémy a été bénie par le pape et décorée de la médaille catholique ^
Cependant Ossian Dumas paraissait inébranlable. Le capitaine tenta un dernier effort.
— Vous vous perdez, lui dit-il.
— Je sauve mon honneur.
— C'est précisément votre honneur que vous sacrifiez.
— Parce que je m'en vais?
— S'en aller, c'est déserter.
Cette parole parut frapper Ossian Dumas. Le capitaine continua :
— On va se battre. Dans quelques minutes la barricade sera attaquée. Vos camarades vont tomber morts ou blessés. Vous êtes un jeune officier, vous n'avez pas encore beaucoup vu le feu...
— Eh bien, interrompit vivement Ossian Dumas, je n'aurai pas combattu contre la Bépublique, on ne dira pas que je suis un traître.
— Non, mais on dira que vous êtes un poltron. Ossian ne répliqua pas.
L'instant d'après, le commandement d'attaquer fut