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Pro Uugonotorum strage. Médaille frappée à Rome

donné, le bataillon partit au pas de coarse. La barricade fit feu.

Ossian Dumas fut le premier qui tomba.

Il n'avait pu supporter ce mot : Poltron, et il était resté à sa place, au premier rang.

On le porta à l'ambulance et de là à Thôpital.

Disons tout de suite la fin de cette poignante aventure.

11 avait les deux jambes brisées. Les médecins pensaient qu'il faudrait les lui couper toutes les deux.

Le général Saint-Arnaud lui envoya la croix.

On le sait, Louis Bonaparte se hâta de se faire acquitter par les prétoriens complices. Après avoir massacré, le sabre vota.

Le combat fumait encore qu'on fit scrutinér Tannée.

La garnison de Paris vota oui. Elle s'absolvait ellemême.

11 en fut autrement du reste de l'armée. L'honneur militaire s'y indigna et y réveilla la vertu civique. Quelle que fût !a pression exercée, quoiqu'on fit voter les régiments dans le schako des colonels, sur beaucoup de points de la France et de l'Algérie l'armée vota non.

L'École polytechnique en masse vota non. Presque partout, rartilieric, dont TÉcole polytechnique est le berceau, vota comme TÉcole.

Scipion Dumas, on s'en souvient, était à Metz.

Par je ne sais quel hasard, il se trouva que Tespril de l'artillerie, prononcé partout ailleurs contre le coup d'État, hésitait à Metz et semblait pencher vei'S Bonaparte.

Scipion Dumas, en présence de cette indécision,

donna l'exemple. Il vota, à haute voix et à bulletin ouvert, non.

Puis il envoya sa démission. En même temps que le ministre, à Paris, recevait cette démission signée de Scipion Dumas, Scipion Dumas, à Metz, recevait sa destitution signée par le ministre.

Après le vote de Scipion Dumas, la même pensée était venue à la même heure, au gouvernement que rofûcier était dangereux et qu'on ne pouvait plus l'employer, à rofûcier que le gouvernement était infâme et qu'on ne devait plus le servir.

La démission et la destitution se croisèrent en chemin.

Par ce mot destitution, il faut entendre retrait d'emploi. D'après nos lois militaires actuelles, c'est de cette façon qu'on casse maintenant un officier. Retrait d'emploi, c'est-à-dire plus de service, plus de solde; la misère.

En même temps que son retrait d'emploi, Scipion Dumas apprit l'attaque de la barricade de la rue Âumaire et que son frère y avait eu les deux jambes cassées. Dans la fièvre des événemenls, il avait été huit jours sans nouvelles d'Ossian. Scipion s'était borné à écrire à son frère pour lui faire part de son vote et de sa démission et l'engager à en faire autaï)t.

— Son frère blessé! Son frère au Val-de-Grâce I — Il partit sur-le-champ pour Paris.

Il courut à l'hôpital. On le conduisit au lit d'Ossian. Le pauvre jeune homme avait eu les deux jambes coupées la veille.

Au moment où Scipion éperdu parut près de son lit, Ossian tenait à la main la croix que le général Saint- Arnaud venait de lui envoyer.

Le blessé se tourna vers l'aide-de-camp qui ra?att apportée et lui dit :

— Je ne veux pas de cette croix. Sur ma poitrine elle serait teinte du snng de la République.

Et apercevant son frère qui entrait, il lui tendit la croix en criant :

— Prends-la, toi! Tu as volé non et tu as brisé ton épée! C'est toi qui Tas méritée I

Il était une heure après-midi.

Bonaparte était redevenu sinistre.

Les éclaircies de ces visages-là durent peu.

H élait rentré dans son cabinet, s'était assis devant la cheminée, les deux pieds sur les chenets, immobile ; et personne ne rapprochait plus, que Boguet.

A quoi songeait-il?

Les torsions de la vipère sont inattendues.

Ce qui a été fait par cet homme dans cette journée infâme, je Tai dit en détail dans un autre livre. Voir Napoléon le Petit.

Par instants Boguet entrait et l'informait. Bonaparte écoutait en silence, plein de pensées, marbre où bouillonnait une lave.

Il recevait à TÉlysée les mâmes nouvelles que nous rue Bichelieu; mauvaises pour lui, bonnes pour nous.

Dans un des bataillons qui venaient de voter, il y avait eu « cent soixante-dix non ». Ce bataillon a été

depuis dissoas, et émietté dans rarmée d'Afrique.

On comptait sur le 1&' de ligne qui avait tiië sur le peuple en février. Le colonel du lft« de ligne n'avait pas voulu recommencer; il venait de briser son épée.

Notre appel avait fini par être entendu. Déddément, on vient de le voir* Paris se levait. La chute de Bonaparte semblait s^ébaucher. Deux représentants, Fabvier et Greslin, s*abordaient rue Royale, et Grestin, montrant le palais de l'Assemblée, disait à Fabvier : Demain mm ieroni là.

Détail à noter, Masas devenait étrange; la priion as détendait; l'intérieur subissait on ne sait quel oontncoup de rextérièur. Les employés, insolents la veille ai passage des représentants allant à la promenade des préaux, les saluaient maintenant jusqu'à tene. La matin même de ce jeudi &, le directeur de la prison tt visite aux prisonniers et leur dit : Ce n'en pat ma /baM. Il leur apporta des livres et du papier pour écrire, ehose jusqu'alors refusée. Le représentant Valentin était ai secret; le h au malin, son gardien fut brusquement aimable, et lui offrit de lui faire avoir des nouvelles du dehors, par sa femme à lui gardien, laquelle, disait-il, avait été servante chez le générai Leflô. Symptômes expressifs. Quand le geôlier sourit, c'est que la geôle s'entr'ouvre.

Ajoutons, ce qui n'est pas une contradiction, qu'en même temps on augmentait la garnison de Masas. On y introduisit douze cents hommes de plus, par détachements de cent hommes, en espaçant leurs entrées, à petites doses, nous dit un témoin. Plus tard encore, quatre cents hommes. On leur distribua cent litres d'eaude-vie. Un litre pour seize hommes. Les prisonniers

entendaient aller et venir Tartillerie autour de la prison. La fermentation gagnait les quartiers les plus paisibles. Mais le centre de Paris était surtout menaçant. Le centre de Paris est une mêlée de rues qui semble faite pour la mêlée des émeutes. La Ligue, la Fronde, la Révolution, il faut sans cesse rappeler ces faits utiles, le 1& juillet, le 10 août, 1792, 1830, 18/(8, sont sortis de là. Ces vaillantes vieilles rues étaient réveillées. A onze heures du matin, de Notre-Dame à la porte Saint- Martin, il y avait soixante-dix-sept barricades. Trois d'entre elles, celle de la rue Maubuée, celle de la rue Bertin-Poirée, celle de la rue Guérin-Boisseau, atteignaient la hauteur d'un deuxième étage; la barricade de la porte Saint-Denis était presque aussi hérissée et aussi farouche que le barrage du faubourg Saint-Antoine en juin 18/i8. La poignée des représentants du peuple s'était abattue comme une dispersion de flammèches sur ces célèbres carrefours inflammables. Semence d'incendie. Le feu avait pris. L'antique quartier central des Halles, cette ville qui est dans la ville, criait : A bas Bonaparte I On huait la police, on sifflait les troupes. Quelques régiments semblaient interdits. On leur criait : La crosse en Pair! Du haut des fenêtres les femmes encourageaient la construction des barricades. Il y avait de la poudre, il y avait des fusils. Maintenant, nous n'étions plus seuls. Nous voyions dans l'ombre se dresser derrière nous la tête énorme du peuple.

L'espérance à présent était de notre côté. L*oscillation des incertitudes avait fini par se fixer, et nous étions, j'y insiste, presque en pleine confiance.

Il y eut un moment où, les bonnes nouvelles se multipliant, celte confiance fut telle, que nous, qui avions

96 HISTOIRE D'UN GRIMB.

foit de notre vie Tenjea de cette partie soprème, prit d*aDe joie irrésistible en présence du saecte d'heure en heare plus certain, noas noas leyftmes et nous nous embrassâmes. Michel de Bourges était particuIièremeDl l'ofiènsé de Bonaparte , car il ayait cra à sa parole, et il avait été jusqu'à dire : Cest mm homme. U était, de nous quatre, le plus indigné. Il eut un éclair de Tictoin sombre. Il irappa du poing sur la table et s^écria : — Oh 1 le misérable I demain ... — et il 4rappa du poing une deuxième fois — demain, sa tète tombera en place de Grève devant la façade de motel de Ville I Je le regardai.

— Non, lui dis-je. La tête de cet homme ne tombera pas.

— Comment 7

— Je ne veux pas.

— Pourquoi T

— Parce que, dis-je, après un tel crime, laisser vine Louis Bonaparte, c'est abolir la peine de mort.

Ce généreux Michel de Bourges resta un instant rêveur, puis me serra la main.

Un crime est une occasion et nous donne toujours le choix, et il vaut mieux en faire sortir un progrès qu'un supplice. C'est ce que comprit Michel de Bourges.

Du reste, ce détail indique à quel point nous espérions.

L'apparence était pour nous, le fond, non. Saint* Arnaud avait des ordres. On les verra.

Des incidents singuliers se produisaient.

Vers midi, un général était à cheval sur la place de la Madeleine, pensif, devant ses troupes indécises. II hésitait. Une voiture s'arrêta, une femme en descendit

et vint parler bas au général. La foule put la voir. Le représentant Raymond, qui demeurait place de la Madeleine, n"" k, la vit de sa fenêtre. Cette femme était madame K. Le général, courbé sur son cheval, écouta, puis fit le geste accablé d'un vaincu. Madame K. remonta dans sa voiture. Cet homme, dit-on, aimait cette femme. Elle pouvait, selon le côté de sa beauté dont on était fasciné, inspirer l'héroïsme ou le crime. Cette beauté étrange se composait d'une blancheur d'ange etd*un regard de spectre.

Ce fut le regard qui vainquit.

Cet homme n'hésita plus. Il entra lugubrement dans l'aventure.

De midi à deux heures, il y eut dans cette immense ville livrée à l'inconnu on ne sait quelle farouche attente. Tout était calme et horrible. Les régiments et les batteries attelées quittaient les faubourgs et se massaient sans bruit autour des boulevards. Pas un cri dans les rangs de la troupe. Un témoin dit : u Les soldats marchaient d'un air bonhomme. » Sur le quai de la Ferronnerie, encombré de bataillons depuis le matin du 2 décembre, il n'y avait plus qu'un poste de gardes municipaux. Tout refluait vers le centre, le peuple aussi bien queTarmée; le silence de l'armée avait fini par gagner le peuple. On s'observait.

Les soldats avaient chacun trois jours de vivres et six paquets de cartouches.

On a su depuis qu'il se dépensa en ce moment là pour dix mille francs d'eau-de-vie par jour pour chaque brigade.

Vers une heure, Magnan alla à T Hôtel de Ville, fit atteler sous ses yeux les pièces du parc de réserve, et ne

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