‹ Histoire d'un crimeChapitre 2 sur 63 · CEUX QUI DORMENT, ETC · texte numérisé non relu

CEUX QUI DORMENT, ETC

ce jeune capitaine de lui avoir donné l'occasion d'un fait d'armes. Il le fit chef d'escadron ; en 18/i9, ce chef d'escadron fut lieutenapt* colonel, commanda une colonne d'assaut au siège de Rome, puis revint en Afrique, où Fleury l'embaucha en même temps que Saint-Arnaud. Louis Ronaparte le fit colonel en juillet 1851, et compta sur lui. Eu novembre, ce colonel de Louis Ronaparte écrivait au duc d'Aumale : « II n'y a rien à attendre de ce misérable aventurier. » En décembre, il commandait un régiment meurtrier. Plus tard, dans la Dobrudcha, un cheval maltraité se fâcha et d'un coup de dent lui arracha une joue, de sorte qu'il n'y eut plus place sur ce visage que pour un soufflet.

L'autre grisonnait et avait quarante-huit ans. C'était, lui aussi, un homme de plaisir et de meurtre. Comme citoyen, abject; comme soldat, vaillant. Il avait sauté un des premiers sur la brèche de Constantine. Reaucoup de bravoure et de bassesse. Aucune chevalerie, que d'industrie. Louis Ronaparte l'avait fait colonel en 1851. Ses dettes avaient été payées deux fois par deux princes : la première fois par le duc d'Orléans, la seconde fois par le duc de Nemours.

Tels étaient ces colonels.

Saint-Arnaud leur parla quelque temps à voix basse.

Dès l'aube, nous étions réunis dans la maison de notre collègue prisonnier, M. Grévy. On nous avait installés dans son cabinet. Nous étions, Michel de Bourges et moi, assis près de la cheminée ; Jules Favre et Carnot écrivaient, Tun sur la table près de la fenêtre, l'autre sur un pupitre à écrire debout. La gauche nous avait investis d*un pouvoir discrétionnaire. Se rassembler en séance devenait à chaque instant plus impossible. Nous rendîmes en son nom et nous remîmes à Hingray, pour qu'il Fimprimât immédiatement, le décret suivant, rédigé à la hâte par Jules Favre :

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