‹ Histoire d'un crimeChapitre 26 sur 63 · CONSTATATION DES LOIS MORALBS. 4S · texte numérisé non relu

CONSTATATION DES LOIS MORALBS. 4S

prendre pied sur un sommet quelconque, même d'infamie; toujours à mi-côte, un peu au-dessus des petits coquins, un peu au-dessous des grands malfaiteurs. On le croyait apte à faire tout ce qu'on fait dans les tripots et dans les cavernes, mais avec cette transposition qu'il tricherait dans la caverne et qu'il assassinerait dans le tripot

Le massacre du boulevard déshabilla brusquement cette âme. On la vit telle qu'elle était; les sobriquets ridicules, Gros-Bec, Badinguet, s'évanouirent; on vit le bandit; on vit le vrai Contrafatto caché dans le faux Bonaparte.

Il y eut un frisson i C'est donc là ce que cet homme tenait en réserve!

On a essayé des apologies. Elles ne pouvaient qu'échouer. Louer Bonaparte est simple, on a bien loué Dupin ; mais le nettoyer, c'est là une opération compliquée. Que faire du k décembre? Comment s'en tirer? Justifier est plus malaisé que glorifier; l'éponge travaille plus difficilement que l'encensoir; les panégyristes du coup d'État ont perdu leur peine. Madame Sand, ellemême, grande ftme pourtant, a tenté une réhabilitation attristante ; mais toujours, quoi qu'on fasse, le chiffre des morts reparaît à travers ce lavage.

Non, non, aucune atténuation n'est possible. Inforluné Bonaparte i le sang est tiré, il faut le boire.

Le fait du k décembre est le plus colossal coup de poignard qu'un brigand lâché dans la civilisation ait jamais donné, nous ne disons pas à un peuple, mais au genre humain tout entier. Le coup fut monstrueux et terrassa Paris. Paris terrassé, c'est la conscience, c'est la raison, €est toute la liberté humaine terrassée.

<S4 HISTOIRE D'UN CBIME.

CTeBt le progrès des siècles gisant sur le pave. Cest le

flambeau de justice, de vérité et de vie, retouroé et

éteint. Voilà ce que fit Louis Bonaparte le jour oà il ti

cela.

Le SQccës du misérable fut complet. Le 2 décembre était perdu ; le 4 décembre sauva le S décembre. Ce fut qnelqae chose comme Émstrate sauvant Judas. Paris compritqaetoutn'avaitpasétédit en Tait d'horreur; et qu'au deU de l'oppresseur, ilya le chouriueur. Voilà ce qaa c'est qn'un escarpe volant le manteau de César. Cet homme était peLit, soit, mais effroyable. Paris consenlil ft cet effroi, renonça à avoir le dernier mot. se coucha, et fit le mort. Il y eut de l'asphyxie dans l'évéaemeat. Ce crime ne ressemblait à nen. Quiconque, même aprfcî des siècles, fût-il Eschyle ou Tacite, en soulèvera le cou- Yercle, en sentira la fétidité- Paris se rdslgna, Nrii alidiqaa, Périsse rendit; la noaveaaté dnforfUteift l'efficacité; Paris cessa presque d'être Paris; le lendemain on put entendre dans l'ombre le claqoement de dents de ce titan lerrifié.

Insistons-y, car il faut constater les lois morales. Louis Bonaparte resta, même après le & décembre. Napoléon le Petit. Cette énormité le laissa nain. U dimension du crime ne change pas la stature du criminel, et la petitesse de l'assassin résiste & l'immensilé de l'assassinat.

Quoi qu'il en soit, le pygmée eut raison du colosse. L'aveu, si humiliant qu'il soil, ne peut être éludé.

Voilà à quelles rougeurs est condamnée l'histoire, cette grande déshonorée.

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