LE COMBAT FINIT, L'ÉPREUVE COMMENCE
Je ne savais plus oii aller.
Dans l'après-midi du 7, je me déterminai à rentrer encore une fois au n° 19 de la rue Richelieu. Sous la porte cochëre quelqu'un me saisit le bras. Cétait madame D. Elle m*attendait.
— N'entrez pas, me dit-elle.
— Je suis découvert ?
— Oui.
— Et pris ?
— Non.
Elle ajouta :
— Venez.
Nous traversâmes la cour, et nous sortîmes par une porte d'allée sur la rue Fontaine-Molière; nous gagnâmes la place du Palais-Royal. Les fiacres y stationnaient comme â l'ordinaire. Nous montâmes dans le premier venu.
— Oii allons-nous? demanda le cocher.
lU HISTOIRE D'UN CRIME
Elle me regarda.
Je répondis :
— Je ne sais pas.
— Je le sais, moi, dit-elle.
Les femmes savent toujours où esl la proTideno;.
Une heure après j'étais eo sûreté.
A partir du i, chacun des joure <|ui s'écoulèreni l'affermissenienl du coup d'Élat. Noire d<ifaite fui cobk plèle et nous dous senllines abandonnés. Paris hl comme une fortH où Louis-Bonaparte fil Is battue da représentants; la btMe fauve traqua les chasseurs. Tiofll entendions le vague aboiement de Maupas derrièrt nous. Ou dut se disperser. La poursuite fut opioiàlic; Nous entrâmes dans la seconde phase du devoir, U catastrophe acceptée et subie. Les vaincus devinrent les proscrits. Chacun eut son dénoûment personnel- U mien fut ce qu'il devait être, l'exil; la mort in'anM manqué. Je n*ai pas A le raconter ici, ce livro n'est pM mon histoire, et je ne dois rien détourner pour moîmôme de l'attention qu'il peut exciter. D'ailleurs, on peut lire ce qui m'est personnel dans un récit qui est un des testaments de l'exil '.
Si acharnée que fût la poursuite dirigée contre nous, je ne crus pas devoir quitter Paris tant qu'il y eut une lueur d'espoir, et tant qu'un réveil du peuple sembla possible. Malarmet me fit dire dans ma retraite qu'an mouvement aurait lieu à Belleville le mardi 9. J'attendis jusqu'au 12. Rien ne remua. Le peuple était bieo mort. Heureusement, ces morts-là, comme les morts des dieux, sont momentanées.