II
de là? Se passer de la messe eût paru facile i d'aotm. mais non à ces croyants opiniâtres. Les dignes caiholiques-démocrates eu peine flnii-ent par délerrerdaia une toute pelite paroisse de la banlieue un pauvre yieui TÎcaire qui consentit à chuchoter tout Ijas celle messe» l'oreille du bon Dieu, en le priant de n'en rien dire.
Dans la nuit du 7 au 8 janvier, Gharras dormait. Le bruit de ses verrous tirés le réveilla.
— Tiens, dit-il, on nous met au secret. Et il se rendort.
Une heure après, la porte s*ouvre. Le commandant du fort entre en grand uniforme, accompagné d'un homme de police portant un flambeau.
Il était environ quatre heures du matin.
— Colonel, dit le commandant, habillez-vous tout de suite.
— Pourquoi faire?
— Vous allez partir.
— Encore quelque infamie probablement I
Le commandant garde le silence. Gharras s'habille. Comme il achevait de s'habiller, survient un petit jeune homme vêtu de noir.
Ce jeune homme adressa la parole à Charras.
— Colonel, vous allez sorlîr de la forteresse, Ttnn allez quitter la France. J'ai ordre de vous Taire coodoire à la frontière.
Charras s'écria :
— Si c'est pour quitter la France, je ne veux pas (]ni^ ter la forteresse. C'est un atteutat de plus. On n'a pa plus le droit de m'eiiler qu'on n'a eu le droit de m'emprisonner. J'ai pour moi la loi, le droit, mes TJeiu services, mon mandat. Je proteste. Qui étes-vous, monsienr?
— Je suis le chef du cabinet du ministre de limérieur.
— Ah ! c'est vous qui vous appelez Léopold Lebon, Le jeune homme baissa les yeux,
Charras continua ;
— Vous venez de la part de quelqu'un qu'on appelle ministre de l'inliirieur, M. de Morny, je crois. Je coonaîi ce monsieur de Mornj. Un jeune chauve; il ajouélejeu où l'on perd ses cheveux ; maintenant il joue le jeu où l'on risque sa lôle.
La conversation était pénible. Le jeune bomine regardait beaucoup la pointe de ses bottes.
Après UD silence, il se hasarda pourtant à prendre la parole :
— Monsieur Charras, j'ai ordre de vous dire qne si vous aviez besoin d'argent...
Charras l'interrompit impétueusement.
— l'aix-là, monsieur! pas un mot de plusl Tm servi mon pays vingt-cinq ans, sous l'épaulelte, au fen. au péril de ma vie, toujours pour l'honneur , jamais pour le gain. Gardez l'argent, vous autresl
GOMMENT ON SORTIT DE HAM. m
— Mais, monsieur...
— Silence I Targent qui touche à vos mains salirait les miennes.
II se fit encore un silence que le chef du cabinet particulier rompit encore :
— Colonel, vous serez accompagné de deux agents qui ont des instructions spéciales, et je dois tous prévenir que tous voyagerez par ordre avec un faux passeport et sous le nom de Vincent.
— Ah, pardieul s'écria Gharras, voilà qui est fort! Qui est-ce qui s'imagine qu'on me fera voyager par ordre avec un faux passe-port et sous un faux nom? — £t regardant fixement H. Léopold Lehon : — Sachez, monsieur, que je m'appelle Gharras et non Vincent, et que je suis d'une famille où Ton a toujours porté le nom de son père.
On partit.
On fit le trajet en cabriolet jusqu'à Greil, où passe le chemin de fer.
A la gare de Greil, la première personne qu'aperçoit Gharras, c'est le général Ghangarnier.
— Tiens, c'est vous, général !
Les deux proscrits s'embrassèrent. Tel est l'exil.
— Que diable font-ils de vous? dit le général.
— Ge qu'ils font de vous probablement. Ges chenapans me font voyager sous le nom de Vincent.
— Et moi, dit Ghangarnier, sous le nom de Leblanc.
— Ils auraient dû au moins m'appeler Lerouge, s'écria Gharras en éclatant de rire.
Cependant un cercle, tenu à distance par les agents, s'était formé autour d'eux. On les avait reconnus, et on les saluait. Un jeune enfant, que sa mère ne put
retenir, courut vivement jusqu'à Charras et lui prit li main.
Ils montèrent en wagon, libres en apparence comme les autres voyageurs. Seulement on les isola dans des compartiments vides, et chacun d'eux était accompaguij de deux hommes qui s'asseyaient à côté et en face d« lui et qui ne le quittaient pas du regard. Les gardiem du général Changarnierélaient, comme force et commt taille, les premiers hommes venus. Ceui de Char» étaient des espèces de géants . Charras est de très-hanle taille; ils le dépassaient de toute la tête. Ces hommes, qui étaient des argousins, avaient élé des cani])iDteni ces espions avaient été des braves.
Charras les questionna. Ils avaient servi tout jeunes, dès 1813. Ainsi ils avaient partagé le bivouac de Napoléon ; maintenant ils mangeaient le môme pain goc Vidocq. C'est une triste chose qu'un soldat défornii i « point.
La poche de l'un d'eui était gonflée par quelqn» chose qu'il y cachait.
Au moment où cet homme traversait la gare accompagnant Charras, une voyageuse dit .-
— Est-ce qu'il a M. Thiersdaus sa poche?
Ce que l'agent cachait, c'était une paire de pistolets. Sous leurs longues redingotes boutonnées et croisées, ces hommes étaient armés. Ils avaient ordre de traiter <i ces messieurs » avec le plus profond respect, et, dans un cas donné, de leur brûler la cervelle.
Les prisonniers avaient été prévenus indiTiduell^ ment qu'ils passeraient près des autorités diverses qu'on rencontrerait en route pour des étrangers, Suisses ou Belges, expulsés à raison do leurs opinions politiques,
et que les agents conserveraient leur qualité d'agents et se présenteraient comme chargés de reconduire ces étrangers jusqu'à la frontière.
Les deux tiers du trajet se firent sans encombre.
A Valenciennes, incident.
Le coup d'État ayant réussi, le zèle régnait. Il n'y avait plus de basse besogne. Dénoncer, c'était plaire; le zèle est une des formes de la servitude vers lesquelles on se penche le plus volontiers. Le général faisait le soldat; le préfet faisait le commissaire de police; le commissaire de police faisait le mouchard.
Le commissaire de police de Valencienues présidait à la visite des passe-ports. Il n'aurait voulu pour rien au monde laisser cette haute fonction à un inspecteur subalterne.
Au moment où on lui présenta le passe-port du nommé Leblanc, il considéra le nommé Leblajtic entre les deux yeux, fit un mouvement et s'écria :
— Vous êtes le général Changarnier.
— Cela ne me regarde pas, dit le général.
Sur ce, les deux gardiens du général se récrient et exhibent leurs papiers fort en règle.
— Monsieur le commissaire, nous sommes agents du gouvernement. Voyez nos propres passe-ports.
— Malpropres, dit le général.
Le commissaire hoche la tête. Il avait été employé à Paris et avait été souvent envoyé à l'état-major, aux Tuileries, près du général Changarnier. Il le connaissait fort bien.
— Voilà qui est fort! crient les agents. lisse démènent, déclarent qu'ils sont fonctionnaires de police en mission spéciale, qu'ils ont ordre de condubre à la fron-
iU HISTOIRE D'UN GRIUB.
tière ce Leblanc expulsé pour cause politi(iiio. jurent leurs grands dieux, et donnent leur parole d'hODcenr que le nommé Leblanc se nomme Leblanc.
— Je ne crois pas beaucoup aux paroles d'hooneor, dit le commissaire.
— Honnête commissaire, grommela ChaofîaniiM, T0U3 avez raison. Depuis le 2 Décembre, les paroles d'honneur et les serments ne sont plus que des assignats.
Puis il se mit ù sourire.
Le commissaire (ïlait de plus en plus perpleie. Les agents flairent par invoquer le témoignage même do prisonnier.
— Mais, monsieur, dites vous-même votre nom.
— Tirez-vous de Ik, répondit Changaroier.
Tout cela n'était rien moins que correct pour an alguazil de province.
Il semblait évident au commissaire de Valencicnoes que le général Cbangarnier s'échappait de Ham, soiu un faux nom, avec un faux passe-port et de faux agents de police pour donner le change, et que c'était on complot d'évasion qui était au moment de réussir.
— Descendez tous trois, crie le commissaire.
Le général descend, et en metlant pied à terre aperçoit Charras au fond de sou wagon entre ses deux eslaflers.
— Tiens, vous êtes là, Charras! dit-il.
— Charras! s'écrie le commissaire. Charras est làl Vite! les passe-porls de ces messieurs!
Et regardant Charras en face :
— Est-ce que vous êtes le colonel Charras î
— Pardieu! dit Charras.
Complication. C'était le tour des estaflers de Charm
de se démener. Ils déclarent que Gharras est le nommé Vincent, étalent passe-ports et papiers, jurent et protestent. Le commissaire sent tous ses soupçons confirmés.
— Fort bien, dit-il. J'arrête tout le monde.
Et il remet Ghangarnier , Gharras et les quatre agents aux gendarmes. Le commissaire flairait la croix d'honneur dans le lointain. Il était radieux.
La police empoignait la police. Il arrive parfois que le loup croit saisir une proie et se mord la queue.
On introduit dans une salle basse du débarcadère les six prisonniers, car maintenant il y avait six prisonniers. Le commissaire prévient les autorités. Les autorités accourent, le sous-préfet en tête.
Le sous-préfet, nommé Gensier, entre et ne sait pas s'il doit saluer ou questionner, se coucher à plat ventre ou garder son chapeau sur sa tête. Ges pauvres diables de magistrats et de fonctionnaires locaux étaient fort embarrassés de leur contenance. Le général Ghangarnier avait été assez près de la dictature pour les rendre pensifs. Qui sait les événements? Tout est possible. Hier s'appelait Gavaignac , Aujourd^ui Bonaparte ; Demain s'appellera Ghangarnier. Le bon Dieu est cruel de ne pas laisser entrevoir aux sous-préfets le petit bout de l'oreille de Tavenir.
G'est triste pour un respectable fonctionnaire qui ne demanderait pas mieux que d'être servile ou arrogant à propos, d'être exposé à prodiguer des platitudes à un personnage qui va peut-être pourrir à jamais dans Texil et qui n'est plus qu'un drôle, ou de risquer de faire des insolences à un brigand de proscrit qui est capable de rentrer vainqueur d'ici à six mois et d'être à son tour le gouvernement. Que faire 7 Et puis, on est
cspioani^. Enlre fonctionnaires cela se fait. Le iDOiodn mot sera commenté, le moindre geste sera décril. Comment ménager i'i la fois ce chou qui s'appelle aujourd'hui et cette clièvre qui s'appelle demain? Trop questionner froissera le général, trop saluer choquera le président. Comment être à la fois beaucoup soa<i-préftl et un peu laquais? Comment combiner l'air de «ervituife qui plaira k Cbabgarnier avec l'air d'autoritti qui plain à Bonaparte?
I.e sous-préfet crut se tirer d'aJTaire en disant: — (iénéral, vous êtes mon pri^^onnier. Et en ajoutant avec un sourire : — Faites-moi l'honneur de venir d^entiMr chez moi.
II adressa les mOmes paroles A Charras.
Le général refusa laconiquement.
Charras le regarda fixement el ne lui répondit pas.
Des doutes sur l'identité des prisonniers vinrcntaa j sous-préfet. Il demanda tout bas au commissaire: — Êtes-vous bien sûr? — Parbleu ! dit le coinmi'is.iîre.
Le sous-préfet prit le parti de s'adresser à Charras, el. mécontent de son accueil, lui demanda assez sècbement : — Mais enfin, qui êtes-ïous?
Charras répondit :
— Nous sommes des colis.
Et se tournant vers ses gardiens à leur tour gardés :
— Adressez-vous à nos expéditeurs. Intcrrogei nos douaniers. AITaire de transit.
On fit jouer le télégraphe électrique. Vaiendennes elTarë questionna Paris. Le sous-préfet prévint le ministre de l'intérieur que, grâce à une surveillance pour laquelle il ne s'en fiait qu'à lui-même, il venait de faire une importante capture, qu'il venait d'éventer
nn complot, de sauver le président, de sauver la société, de sauver la religion, etc., etc., qu'en un mot il venait de saisir le général Cbangarnier et le colonel Gharras, évadés le matin du fort de Ham avec de faux passeports, sans doute pour se mettre à la tête d*un soulèvement, etc., etc., et qu'enûn il demandait au gouvernement ce qu'il fallait faire des deux prisonniers.
Au bout d'une heure la réponse arriva : — Laissezles continuer leur chemin.
La police s'aperçut que, dans un élan de zèle, elle avait poussé la profondeur jusqu'à la bêtise. Cela arrive quelquefois.
Le convoi suivant emmena les prisonniers remis, non en liberté, mais à leurs gardiens.
On passa Quiévrain.
On descendit de wagon, puis on y remonta.
Quand le convoi repartit, Gharras poussa le profond soupir joyeux d'un homme délivré et dit : — Ahl enfin I
Il leva les yeux et aperçut ses deux geôliers à côté de lui.
Ils étaient montés derrière lui dans le wagon.
— Ah ça, leur dit-il, c'est vous!
De ces deux hommes il n'y en avait qu'un qui parlait. Celui-là répondit :
— Mais oui, mou colonel.
— Qu'est-ce que vous faites ici ?
— Nous vous gardons.
— Mais nous sommes en Belgique.
— C'est possible.
— La Belgique n'est pas la France.
— Ah I cela se peut.
— Mais si je mettais ta tSte hors du wagon, si f^ pelais, si je tous faisais arr<?ter, si je réclamais ni Ubertéï
— Vous ne feriez pas tout ça, mon colonel. '
— Comment feriez-vous pour m'en empéciier? I L'agent montra le pommeau d'un pistolet et dit: —
Voilà.
Charras prit le parti d'éclater de rire et leur demanda : — Maïs où donc me làcherez-Tous? i
— A Bruxelles. |
— C'est-à-dire qu'il Bruxelles vous me tirem tu coup de chapeau, mais qu'à Mous vous me tireriez im coup do pistolet.
— Comme vous dites, mon colonel.
— Au fait, dit Charras, cela ne me regarde pas. CeU l'affaire du roi Léopold. Le Bonaparte traite les lenitoires comme il a traité les représentants. Il a violi i l'Assemblée, il yiole la Belgique. Mais c'est égal, tob | êtes tous un ramassis d'étranges coquins. Celui qui «ri en haut est fou, ccui qui sont en bas sont stupides. C'est bon, mes amis, laissez-moi dormir.
Il s'endormit en effet.
La même aventure à peu près était arrivée presqae au même instant aux généraux Changamier et Lamoriciëre et à M. Baze.
Les agents ne quittèrent le général Changarnier qa'à Mons. Là ils le firent descendre du convoi, et lui dirent : — Général, c'est ici votre lieu de séjour. Nous tous laissons libre.
— Ahl dit-il, c'est mon lieu de séjour, et je sais libre. Ebbien. bonsoir.
Et il remonta lestement dans le wagon au moment
eu le train repartait, laissant là les deux argousins ébahis.
La police lâcha Gharras à Bruxelles, mais ne lâcha pas le général Lamoricière. Les deux agents voulaient le forcer de repartir immédiatement pour Gologne. Le général, qui souffrait d'un rhumatisme gagné à Ham, leur déclara qu'il coucherait à Bruxelles.
— SoitI dirent les agents.
Ils le suivirent à Thôtel de Bellevue. Ils y passèrent la nuit avec lui. On eut beaucoup de peine à les empêcher de coucher dans sa chambre.
Le lendemain ils l'emmenèrent et le conduisirent à Gologne, violant le territoire de Prusse après avoir violé le territoire de Belgique.
Le coup d'État fut plus impudent encore avec M. Baze.
On fit voyager M. Baze avec sa femme et ses enfants sous le nom de Lassalle. Il passait pour le domestique de l'agent de police qui le conduisait.
On le mena ainsi à Aix-la-Ghapelle.
Là, au beau milieu de la nuit, au beau milieu de la rue, les agents le déposèrent sans passe-port, sans papiers, sans argent, lui et toute sa famille. H. Baze, indi* gné, fut obligé d'en venir à la menace pour obtenir qu'ils le conduisissent et qu'ils le nommassent à un magistrat quelconque. Il entrait probablement dans les petites joies de Bonaparte de faire traiter un questeur de l'Assemblée comme un vagabond.
Dans la nuit du 7 janvier, le général Bedeau, quoi* qu'il ne dût partir que le lendemain, fut réveillé comme les autres par le bruit de ses verrous. Il ne comprit pas qu'on l'enfermait, et crut au contraire qu'on élargissait
S70 HISTOIRE DUN CKIAIE.
M. Baze, son voisin de cellule. 11 cria à travers la porte il — Ah! bravo, Bazel
Tous les jours eo effet les généraux disaient i questeur : Vous n'avez que faire ici. C'est une forteresse raililaire, on voua mettra dehors un de ces lieaoi , malins, comme Roger du Kord.
Cependant le général Bedeau entendait dans la b»; teresse un bruit inusité. Il se leva et — a frappa ■ — le général Le Flô, son autre voisin de cellule, avecleipiel a | échangeait de fréquents dialogues militaires peu oMigeantspourlecoupd'Élat. Le général Le PIO répondit» frappement, mais il n'en savait pas plus long que le ! général Bedeau. <
Le général Bedeau avait une fenêtre sur la cour Intérieure du donjon. Il alla à cette fenCire. et y vit des lanternes qui allaient et venaient, des espèces de car- 1 rioles attelées, et uue compagnie du 1,8' sous les anno. 1 Un moment après il vit arriver dans la cour le géaétà -| Changarnier qui monta en carriole et partit. Ouel(iii« instants s'écoulèrent, puis il vit passer Charras. Chairas l'aperçut à sa fenêtre et lui cria : — Mons !
11 croyait aller à Mons, en effet, et c'est ce qui fit que le lendemain le général Bedeau choisit Mons poor séjour, croyant y rencontrer Charras.
Cbarras parti, M. Léopold Lehon survint, accompagné du commandant du fort, salua Bedeau, expliqua si mission et se nomma. Le général Bedeau se borna à lui dire : — On nous bannit, c'est une illégalité et une indignité ajoutées aux autres. Au reste avec les gensqui vous envoient, on ne compte plus.
On ne le fit partir que le lendemain. Louis Bonaparte aiait dit : — 11 faut espacer les généraux.
L'homme de police chargé d'escorter le général Bedeau jusqu'en Belgique était un de ceux qui le 2 décembre avaient arrêté le général Gavaignac. Il conta au général Bedeau qu'ils avaient eu un moment d'in* quiétude en arrêtant le général Cavaignac, les cinquante hommes de piquet commandés pour assister la police ayant fait défaut.
Dans le compartiment de wagon qui emportait le général Bedeau en Belgique, il y avait une femme, évidemment du monde, de la ûgure la plus distinguée, et accompagnée de trois petits enfants. Un domestique en livrée qui semblait Allemand avait deux des enfants sur ses genoux et leur prodiguait mille petits soins. Du reste, le général, caché par la nuit et enfoui, comme les agents, sous le collet de son manteau, faisait peu d'attention à ce groupe. Quand on fut à Quiévrain, la voyageuse se tourna vers lui, et lui dit : — Monsieur le général, je vous fais compliment. Vous voici en sûreté.
Le générai remercia et lui demanda son nom.
— La baronne Goppeus, dit-elle.
On se souvient que c'est chez M. Goppens, rue Blanche, 70, qu'avait eu lieu le 2 décembre la première réunion de la gauche.
— Vous avez là, madame, reprit le général, de charmants enfants, et il ajouta : — Et un bien bon domestique.
— C'est mon mari, dit madame Coppens.
M . Coppens, eu effet, était resté cinq semaines comme enseveli dans une cachette pratiquée chez lui. Il s'évadait de France cette nuit-là même sous sa propre livrée. On avait bien fait la leçon aux petits enfants. Le hasard les avait fait monter dans le même wagon que le
HISTOIRE D'L'N CRIUE.
général Bedeau et les deux eslafiers qui le gardaieot, et c'avait ëtë toute la nuit, ea préseDce de ces bominesde police, uue terreur de madame Coppeas que quelqu'oo des marmots réveillés ne sautât au cou du domestiqQC eu disant : Papa.