‹ Histoire d'un crimeChapitre 53 sur 63 · II · texte numérisé non relu

II

s'exccuta en LIoc, brusqucDiCQt, la majoritf cessa de rire, mais le toar était fait. Elle ne s'aperœrait pas que, depuis longleinps, pendant qu'elle riait de l'étranglement d'aulrui, elle avait Ja corde au cou.

Insistons sur ceci, non pour punir le passé, mai* pour i^clairer l'avenir. Bien des mois nvanl d'<>trc néculé, le coup d'Étal lîlait fait. Le jour venu, l'heuit sonnée, la mécanique toute montée n'eut qu'à marcher. Rien ne devait manquer et rien ne manqua. Ce qià aurait été un abîme si la majorité eût fait son dcioir et compris sa solidarité avec la gauche, n'était pas jnôme une enjambée. L'invîolabililé avait été démolie par les inviolables. La main des geudarnics était accoutumée au collet des représentants comme au collet d» voleurs; la cravale des hommes d'État ne ût pas un pti dans la poigne des argousins, et Ton put admirer U. le vicomte de Falloux, ô candeur! s'ébahissaiit rt'^lre traité comme le citoyen Sartin.

La majorité arriva à reculo

is, en appiaudissml

toujours Bonaparte, au trou où Bonaparte la Ût t

La conduite de la gauche républicaine, dans celle •grave conjonclure du 2 Décembre, fut mémorable.

Le drapeau de la loi était à ten^e, dans la boue d'une trahison universelle , sous les pieds de Louis Bonaparte; la gauche releva ce drapeau, lava cette boue ^vec son sang, le déploya, Tagita aux yeux du peuple, et du 2 au 5 décembre, tint Bonaparte en échec.

Quelques hommes, une poignée, cent vingt représentants du peuple, échappés au hasard des arrestations, plongés dans les ténèbres et le silence, sans même avoir pour eux ce cri de la presse libre qui sonne le tocsin des intelligences et qui encourage les combattants, sans généraux à leurs ordres, sans soldats, sans munitions, descendirent dans la rue, barrèrent résolument passage au coup d'État et livrèrent bataille à ce crime monstrueux, qui avait pris toutes ses précautions, cuirassé de toutes parts, armé jusqu'aux dents, épaissis-

saDt autour de lui les foriîls de bayonuetles, aboyer une meute d'obusiers et de canons.

Ou eut la présence d'esprit, qui est l'intrépiililé '. efficace; on eut, tout niauquant, l'improvisalioD fonnl- ' dable du devoir, jamais décontenance?. On n'avait pv d'imprimerie, on eu eut; on n'avait pas de fusils, on i en trouva; ou n'avait pas de balles, on en fondit; oa n'avait pas de poudre, on en fabriqua: on n'avait riei. que des pavés, et l'on en fit sortir des combattants. '

Il est vrai que ces pavés étaient les pavés de Parisi I pierres qui se changcut en hommes. '

Telle est la puissance du droit que, pendant quai» « jours, ces cent vingt hommes, n'ayant pour eus que b ' lionté de leur cause, firent contrepoids à une armée Je cent mille soldats. Vn moment même la balance penctu de leur côté. Grùce à eus, grâce à leur r<isislanco secondée par l'indignation des cœui-s honnêtes, il vînt UD* ' heure où la victoire de la lot sembla possible et méioe ! certaine. Le jeudi h. le coup d'État chancela et fut obligé de s'appuyer sur l'assassinat. On l'a vu, saosla tuerie des boulevards, s'il n'avait pas sauvé son parjure par un massacre, s'il n'avait pas réfugié son crime dans un autre crime, Louis lïouaparle était perdu.

Pendant les longues heures de celte lutte, lulle saos trêve, lùtle contre l'armée le jour et contre la police b nuit, lutle inégale, où toute la force était d'un cûléei toute la rage, et, nous venons de le dire, rien quel? droit, de l'autre, pas un de ces cent vingt représenlants. pas un ne manqua à l'appel du devoir, pas un ne refusa le danger, pas un ne recula, pas un ne faiblit, toutes ces têtes se placèrent résolument sous le couperet, et quatre jours durant, attendirent qu'il tombât.

CONDUITE DE LA GAUCHE. Vil

Aujourd'hui captivité, déportation, expatriation,' exil, le couperet est tombé à peu près sur toutes ces télés.

Je suis de ceux qui n'ont eu d'autre mérite dans cette lutte que de rallier à une pensée unique le courage de tous; mais qu'il me soit permis de rendre ici justice avec effusion à ces hommes parmi lesquels je m'honore d'ayoir servi trois ans la sainte cause du progrès humain, à cette gauche insultée, calomniée, méconnue et intrépide, qui fut toujours sur la brèche, qui ne se reposa pas un jour, qui ne recula pas plus devant la conspiration militaire que devant la conspiration parlementaire, et qui, investie par le peuple du mandat de le défendre, le défendit même quand Il s'abandonna, le défendit à la tribune avec la parole et dans la rue avec Tépée.

Quand le comité de résistance, dans la séance où fut rédigé et voté le décret de déchéance et de mise hors la loi, usant du pouvoir discrétionnaire que la gauche lui avait confié, décida que toutes les signatures des représentants républicains restés libres seraient apposées au bas du décret, ce fut un acte hardi ; le comité ne se dissimula point que o'était là une liste de proscription qu'il offrait au coup d'État vainqueur toute dressée, et peut-être, dans son for intérieur, craignit-il que quelques-uns ne le désavouassent et ne réclamassent. Le lendemain nous reçûmes deux lettres en effet, deux plaintes. C'étaient deux représentants qui avaient été omis sur la liste et qui réclamaient l'honneur d'y être rétablis. Ces deux représentants, je les rétablis ici, en effet, dans leur droit d'être proscrits. Voici leurs noms : Anglade et Pradié,

«7« HISTOIRE D'ITN C.RIME.

Du mardi 2 uu Tendredi 5 décembre, les rcpnSseï»lants de la gauche et le comité, épiés, harccliis, traqaé», loujours au moment dï'tre découverts et pris, ce* â-diremas9acr(!s,selransporlèreiit, pourydi'iîl»érer.(Ia» ' vingt-sept maisons différentes, déplacèrent vingt-s^ fois le lieu de leurs séances, depuis leur pretniâR réunion rue RIancbe, jusqu'à leur dernière couféreott chez Raymond, lis refusèrent les asiles qu'on leur offrait sur la rive gaucho, voulant loujours roslci' al centre du combat. Dans ces déplacements, ils trarersèreut plus d'une fois le Paris de la rive droite duo bout a l'autre, la plupart du temps à pied et faisinUo détours pour n'être pas suivis. Tout était péril pour eux, leur nombre, leurs figures connues, leurs précautions mi^ine. Les rues populeuses, danger; la pnlJcef était en permanence; les rues désertes, danger; la allées et venues y étaient plus remarquées.

On ne donnait pas, on ne mangeait pas-, on preuil \ ce qu'on trouvait, un verre d'eau de temps en lenips, un morceau de pain rà et là. Madame Landrin nous donna un bouillon. Madame Grévy, un reste de pâti' froid. Nous vécflmes un soir d'un peu de chocolat qu'un pharmacien avait fait distribuer dans uue barricade. Chez Jeunesse, rue de Granimont, dans la naît du 3, Michel de Bourges prenait une chaise et disait : — Voilà mon lit. — Élait-on fatigué? On ne le sentait pas. Les vieux comme lionjat, les malades comme Boysset. tous marchaient. Le péril public, une fiôvre, les soutenait.

Notre collègue vénérable, Lamennais, ne vînt pas, mais il resta les trois joui-s sans se coucher, boutonné dans sa vieille redingote, ses gros souliers aux pieds,

prêt à marcher. II écrivait à l'auteur de ce livre ces trois lignes quMl est impossible de ne pas citer : » Vous êtes des héros sans moi. J'en souffre, Tailends vos ordres. Tâchez donc de m*emplayer à quelque chose, ne fut-ce qu'à mourir. »

Dans les réunions, chacun était comme d'habitude.

On eût dit par moments une séance ordinaire dans un des bureaux de TAssemblée. C'était le calme de tous les jours mêlé à la fermeté des crises suprêmes. Edgar Qainet avait toute sa haute raison, Noël Parfait toute sa vivacité d'esprit, Yvan toute sa pénétration vigoureuse et intelligente, Labroussc loute sa verve. Dans un coin Pierre Lefranc, pamphlétaire et chansonnier, mais pamphlétaire comme Courier et chansonnier comme Déranger, souriait aux graves et sévères paroles de Dupont de Bussac. Tout ce groupe si brillant de jeunes orateurs de la gauche, Banccl, avec sa fougue puissante, Versigny et Victor Chauffeur avec leur intrépidité juvénile. Sain avec son sang-froid qui révèle la force, Farconnet avec sa voix douce et son inspiration énergique, se prodiguaient pour la résistance au coup d'État, tantôt dans les délibérations, tantôt parmi le peuple, prouvant que pour être orateur il faut avoir toutes les qualités de combat. De Flotte, infatigable, était toujours prêt à parcourir tout Paris. Xavier Durrieu était brave, Dulac intrépide, Charamaule téméraire. Citoyens et paladins. Du courage, qui eût osé n'en pas avoir parmi tous ces hommes dont pas un ne tremblait? Barbes incultes, habits défaits, cheveux en désordre, visages pâles, fierté dans tous les yeux. Dans les maisons où Ton était accueilli, on s'installait comme on pouvait. S'il n'y avait pas de fauteuils ou

de chaises, quelques-uns. épuisés de forcp, m.iis duo de cœur, s'asseyaient A terre. Pour les d^^crels el ta proclama lions tousse Taisaient copistes; un liicUiil. dît (icrÎTaîent. On (écrivait sur les tables, sur lescO!D§ijM meubles, sur ses genoux. Souvent le papier mftnijiiaîi. les plumes manquaient. Ces misères créaient desobstaclesdans les heures les plus critiques. A telles raimiles ilonncfes, dans l'hisloire des peuples, un cncrii-r donl Tencre est desséchde peut êli*e une calamilc^ publique. Du reste cordialild entre tous; toutes les nuances cITïc(!es. Dans les séances secrètes du comité, Madierde Monijau. ce ferme et généreux cujur. de Flotte. Taillaul el profond, philosophe combatliint de la Révolution. Garnot, correct, froid, tranquille, inébraiilahle. Joies Favre, éloquenl. courageux, admirable de simplidl^rf de force, inépuisable en ressonrct^j) comme en sarcasmes, doublaient, en les combinant, les patâsaoce si diverses de leurs esprils.

Michel de Bourges, assis dans un coin de la cheminée ou accoudé sur une labié, enveloppé dans son grand palelol, son bonnet de soie noire sur la ttle. donnail la réplique à toutes les idées, rendait aui événements coup pour coup, parait au péril, à l'incident-a l'occasion, à la nécessilé; car c'est une de ces opulcDWi nalures qui ont toujours quelque chose de prêt, soii dans leur intelligence, soit dans leur imagination. Us conseils se croisaient sans se heurter. Ces bouimes oe se faisaient aucune illusion. Us savaient dans quelle lutte à outrance ils étaient entrés, Nul quarlior .i attendre. Us avaient affaire à l'homme qui avait dit ; — Écrasez loul. Ils connaissaient les paroles sangla ntesdu soidisant miniiitre Morny. Ces paroles, lesatHcbes de Saint-

Arnaud les traduisaient en décrets, les prétoriens lâchés dans la rue les traduisaient en meurtres. Les membres du comité d'insurrection et les représentants assistant aux réunions n'ignoraient pas que partout où ils seraient pris, ils seraient 'tués sur place à coups de bayonnette. C'était la chance de cette guerre. Ce qui dominait sur tous les visages, c'était la sérénité, cette sérénité profonde qui vient de la conscience heureuse. Par moments cette sérénité arrivait jusqu'à la gaieté. On riait volontiers, et de tout, du pantalon déchiré de celui-ci, du chapeau que celui-là avait rapporté d'une barricade à la place du sien, du cache-nez de cet autre. — Cachez donc votre grande taille, lui disait-on. On était des enfants, et tout amusait. Le matin du li, Mathieu de la Drôme entra; il avait organisé de son côté un comité qui communiquait avec le comité central, il venait nous l'annoncer; il avait rasé son collier de barbe pour n'être pas reconnu dans les rues. — Vous avez l'air d'un archevêque, lui cria Michel de Bourges, et ce fut un rire universel. Et tout cela avec cette pensée que chaque instant ramenait : le bruit qui se fait à la porte, cette clef qui tourne dans la serrure, c'est peutêtre la mort qui entre.

Les représentants et le comité étaient à la discrétion d'un hasard. Plus d'une fois ils purent être saisis, et ils ne le furent pas, soit que certains agents de la police eussent des scrupules (où diable le scrupule va-t-il se nicher?), soit que ces agents doutassent du résultat final et craignissent de mettre étourdiment la main sur les vainqueurs possibles. Si le commissaire de police Vassal, qui nous rencontra le matin du k sur le trottoir de la rue des Moulins, l'avait voulu, nous étions pris ce jour-

ni HISTOIRE D'UN CRIME.

là. II ne nous trahit pas. Mais c'étaient là dei ei»^ I lions. La poui-suite de la police n'en était pus mciiB artlenle et acharnée. Chez Klarie. on s'en soutient, te sergents de Tille et les gendarmes mobiles an-ivèreal , dis minutes après que nous avions évacué la roaisoo, et fouillÈreut jusque sous les lits à coups de bayonnettes.

Parmi les représentants il y araît plusieurs comlituanls. et à leur léle Bastide. Basiide, en 18&8. avait rir ministre des affaires étrangères- Dans la deuxième réunion noclunie de la rue Popincourt, on lui repro.-tis plusieurs de ses actes. — Laissez-moi d'abord me feira tuer, répondit-il; ensuite vous me reprocherez ce "JD' TOUS voudrez. Et il ajouta ; — Coniineiil pourat-ioib TOUS défler de moi qui suis républicain jusqu'au [kmgnard? Bastide ne consenlaît pas à appeler uoirc rtsi»lance l'insurrection. Il l'appelait la conli-e-insurreclîoo. Il disait : — Victor Hugo a raison. C'est à l'Élysèe qncd l'insurgc. — J'étnis d'avis, on le sait, de brusquer la Iwtaille, de ne rien dilTérer, de ne rien réserver ; je disais : H favthaHre le coup d' État quand H est chaud. Bastide m'appuyait. Dans le combat il fut impassible, frcrtd, gai sous sa froideur. A la barricade Saiut-Antoine, au moment où les fusils du coup d'État couchaient en joue les représentants du peuple, il dit en souriant à Madier de Mon!' jau : — DemandeK donc à Schœlcher ce qu'il pense de l'abolition de la peine de mort. (Schœlclier, comme moimême, à cette minute suprCmc, eût répondu : qu'il faut l'abolir.) Dans une autre barricade, Bastide, forcé dcs'abseuter un moment, posa sa pipe sur un pavé. On troma la pipe de Basiidc et on le crut mort. Il revinl. la mitraille pleuvait, il dit : Ma pipe? il la ralluma cl se

remit à combaltre. Deux balles trouèrent soq manteau.

Quand les barricades furent construites, les représentants républicains s'y répandirent et s'y distribuèrent. Presque tous les représentants de la gauche allèrent aux barricades, aidant soit à les bâtir, soit à les défendre. Outre le grand fait de la barricade Saint-Antoine, oCi Schœlcher fut si admirable, Esquiros alla à la barricade de la rue de Gharonne; de Flotte, au Panthéon, et à la Ghapelle-Saint-Denis; Madier de Montjau, à Belleville et rue Aumaire; Doutre et Pelletier, à la mairie du ¥• arrondissement; Brives, rue Beaubourg; Arnauld de TAriége, rue du Petit-Reposoir; Viguier, rue Pagevin; Versigny, rue Joigneaux; Dupont de Bussac, au carré Saint-Martin; Carlos Forel et Boysset, rue Rambuteau. Doutre reçut sur la tête un coup de sabre qui fendit son chapeau; Bourzat eut quatre balles dans son paletot; Baudin fut tué; Gaston Dussoubs était malade •et ne put venir; son frère, Denis Dussoubs, le remplaça. Où? Dans le sépulcre.

Baudin tomba sur la première barricade, Denis Dussoubs sur la dernière.

Je fus moins favorisé que Bourzat; je n'eus dans mon paletot que trois balles, et il m'est impossible de dir« d'où elles me vinrent. Probablement du boulevard.

Après la bataille perdue, il n'y eut pas de sauve-quipeut, pas de déroute, pas de fuite. Tous restèrent cachés dans Paris, prêts à reparaître, Michel, rue d'Alger; moi, rue de Navarin. Le comité tint encore séance le samedi 6, à onze heures du soir. Jules Favre, Michel de Bourges et moi, nous nous vîmes dans la nuit chez une généreuse et vaillante femme, madame Didier. Bastide y vint et me dit : — Vous allez, si vous n'êtes pas tué ici, entrer

dans l'eiil. Moi. je resterai à Paris. Prenez-moî [ lieutenant. — J'ai dit ce fait.

Od esp<5rait pour le 9, le mardi, une reprise d'armes qui n'eut pas lieu. Malarmet l'avail annonoée 1 Pu^onl de Bussac; mais le coup du Zi avait aliène Paris. La population ne bnngea plus. Les ro présentants ne se décidèrent à songer ii leur sûreté et à quitter li France, à travers mille dangers d'ailleurs, que plusie^n jours après, quand la dernière étincelle de r^istaflce fut dtcinte dans le c<£ur du peuple et la dernière laear i d'espérance dans le ciel.

Plusieurs représentants républicains étaient ouvriMS; ils sont redevenusouvriei-s dans l'exil. Nadaud a reprisla Iruelle et est mafOQ à Londres. Faure (du l)li/tne), c«d- ' telier, et Bansept, cordonnier, sentent que leur tnt'ii'T est devenu leur devoir, et le pratiquent en .\ng|pterre; Faure fait des couteau.ï, Bansept fait des soulier*. Greppo est tisserand. C'est lui qui, proscrit, a fait b robe de couronnement de la reine Victori.i. Sombrt? sourire de la destinée. Noël Parfait est correcteur d'ioiprinierie à Bruxelles; Agricol Perdiguier, die .tïignonnais-la- Vertu, a ceint son tablier de cuir et est menuisier à Anvers. Hier ces hommes siégeaient dans l'Asscniblée souveraine. On voit de ces cUoses-là dans Plutarque. . L'éloquent et courageux proscrit, Emile Deschanel, a créé, à Bruxelles, avec un rare talent de parole, une nouvelle forme d'enseignement public, les conférences. C'est à lui que revient l'honneur de celle fondation, si féconde et si utile.

Disons-le on terminant, — l'Assemblée nationale législative vécut mai et mourut bien.

A ce moment de la chute, irréparable pour les posU-

laDimes, la droite fut digne, la gaucbe fut grande.

On n'avait pas encore vu dans l'histoire un parle* ment tomber de cette façon.

Février avait soufflé sur les députés du pays légal, et les députés s'étaient évanouis. M. Sauzet s'était affaissé derrière la tribune et s'en était allé sans même prendre son chapeau.

Bonaparte, l'autre, le premier, le vrai, avait fait enjamber les fenêtres de l'Orangerie de Saint-Gloud aux Cinq-Cents, un peu embarrassés de leurs grands manteaux.

Cromwell, le plus ancien des Bonapartes, quand il fit son 18 brumaire, n'avait guère rencontré d'autre résistance que quelques imprécations de Milton et de Ludlow, et avait pu dire dans son langage grossièrement gigantesque : J'ai mis le roi dans mon sac et le parlement dans ma poche.

Il faudrait remonter jusqu'au Sénat romain pour y trouver de vraies chaises curules.

La Législative, répétons-le à son honneur, ût bonne contenance devant l'abtme. L'histoire lui en tiendra compte. Après avoir trahi tant de choses, on pouvait craindre que cette Assemblée ne finit par se trahir ellemême. 1} n'en a rien été.' L'Assemblée législative, on est bien forcé de le rappeler, avait commis fautes sur fautes; la majorité royaliste y avait persécuté bien odieusement la minorité républicaine, qui taisait vaillamment son devoir en la dénonçant au peuple ; elle avait eu, cette Assemblée, une bien longue cohabitation et une complicité bien fatale avec l'homme de crime qui a fini par l'étrangler comme un voleur étrangle sa concubine dans son lit; mais, quoi qu'on puisse dire de

s» HISTOItE DXN CRIME.

cette Assemblée Calale. elle D*a pas ea réfanooissement nûsëfaUe qoe Louis Bonaparte espérait: elle n*a pas été ttche.

Cela tient à ce qn eOe sortait da suffrage aolyersel. Dtscn>4e. car c'est là no enseignement. La Terta de ce suffira^ anifersiri qui TaTait engendrée et qu'elle a?ait Tonla toer. elle la sentie en elle à sa dernière heure.

La ^Te de toat nn peuple ne se répand pas vainement dans une assemblée, même la plus caduque. Aa jour SDprême. celle sére se retrouîe.

L*A:î6emblée législatif e, si chargée qu'elle soit de ret^ponsabiîités redoutables, sera moins accablée peutêtre quelle ne le mériterait, par la réprobation de Tafenir.

Grèce au suffrage unifersel qu'elle avait trahi et çui fit sa foi et sa force an dernier moment, grâce à la gauche qu elïe avail opprimée, bafouée, calomniée et Côrim'.-e. et qui jeta sur elle le reflet glorieux de son Lt^rvîsme, cette assemMée cliéîive a eu une grande m or:.

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