PAGE ECRITE A BRUXELLES. S
Maintenaat, c'est bien, ils ont réussi, ils ont le vent en poupe, ils s'en donnent à «sur joie. On a triché la France, on partage. La France est un s?c, et I'oq y met la main. Fouillez, pardieu, prenez pendant que tous y êtes, péchez, puisez, pillez, volez ! L'un veut de l'argent, l'autre des places, l'autre un cordon au cou, l'autre une plume au chapeau, l'autre une broderie à la manche, l'autre des femmes, l'autre du pouvoir, l'autre des nouvelles pour la Bourse, l'autre un chemin de fer, l'autre du vin. Je crois bien qu'ils sont contents 1 ûgurez-vous un pauvre diable qui, il y a trois ans, empruntait dix sous à son portier et qui aujourd'hui, accoudé voluptueusement sur le Moniteur, n'a qu'à signer un décret pour prendre un million. Se rendre eux-mêmes parfaitement heureux, dévorer h même les finances de l'État, vivre aux dépens du Trésor en Ûls de famille, cela s'appelle leur politique. Leur ambition a un vrai nom; c'est de la gloutonnerie.
Eux ambitieux, bah! ils sont gloutons. Gouverner, c'est jouir. Cela n'empêche pas de trahir. Au contraire. On s'enlr'espionne, on s'entre-trahit. Les petits traîtres trahissent les grands traîtres. Piétri louche vers Maupas et Maupas vers Carlicr. Bouge hideux! On y a fait le ' coup d'État en commun. Voilà tout. Du reste, on n'y est sur de rien, ni des regards, ni des sourires, ni des arrière-pensées, ni des hommes, ni des femmes, ni du valet, ni du prince, ni des paroles d'honneur, ni des aclcâ de nuissancc. Chacun se sent frauduleux et se sait ' suspect. Chacun a ses intentions secrètes. Chacun sait idut si'iii r>.ifir<]uoi il a fait cela. Pas un ne dit le mot de
■ 1 personne ne porte le nom de son père. —
3 vil lae Jésus me pardonne,
je dresserai un gibet haut de cent coudées, je prendrai (les clous el un marleau. et je crucifierai ce BcaDhflm^ii dit lîonaparle entre ce Leroy dit Saint-jVroaud el « Fialin dit Persignyl
El je vous y traînerai aussi, vous tons, compliœslCf Morny, ce Romieu, ce Fould, sénateur juif, ce Delangle qui- porte sur son dos cet écriteau : l» JcsticeI El « Troplong, légiste gloriflcateur de la viotalioD des loii jurisconsulte apologisle du coup d'Étal, magistral flaftenr du parjure, juge panégyriste du meurtre, qui s'en in» la postérité une éponge pleine de boue et desangili main.
J'engage donc le combat. Arec qui? Atcc le domint teur actuel de l'Europe. Il est bon que ce spectodc s(^ donné au monde. Louis Bonaparte, c'est le succès, c'el le triompiie enivré, c'est le despotisme gai et téna s' épanouissant dans la victoire, c'est la plénitude folle du pouvoir se cbercbant des bornes et ne s'en Iroonin pas, ni dans les choses, ni dans les homnif^st I.oiiis t<^ naparte tient la France, urbem Romam hahel; et qui tient la France tient le monde ; il est maître des votes, mallit des consciences, maître du peuple; il nomnae son sdccesseur, règne à jamais sur les scrutins futurs, dispos* de l'éternité et met l'arenir sous pli cacheté; sou Séoai. son Corps législatif, son conseil d'État, têtes baissées et mêlées derrière lui, lui lèchent les talons; D mène ea laisse les évoques et les cardinaux ; il marche sur la joîtice qui le maudit et sur les juges qui l'adorent; treate correspondances informent le continent qu'il a froncé le sourcil, et tous les télégraphes électriques tressaillent s'il lève le petit doigt; on entend autour de lui le froissement des sabres, et les tambours batteat aui champs;