L'Année Terrible
3!fi HISTOIRE D'UN CRIME.
catastrophe en lui faisant ses conditions. Ici riCD de pareil. On pourrait presque dire que le traître est frappé en traître. C'est un malheureux qui se sent manié par le destin et qui ne sait pas ce qu'on lui faiL II élaH an sommet de la puissance, maître aveugle du niouJi* imbécile. Il a¥ait souhaité nn plébiscite, il l'avait ea. Il avait à ses pieds ce m(^me Guillaume. Cesl à « moment-là que brusquement sou crime l'a saisi. II ne s'est pas débattu ; il a été le condamuë qui obéit à la condamnation. Il s'est priîté à tout ce que le sort terrible Toulaît de lui. Pas de palieal plus docile. Il n'arail pas d'armée, il a fait la guerre; il n'avait que Rouher, il a provoqué Bisœarct ; il n'avait que Lebœuf, il a altaque Mollke. 11 a confié Strasbourg â Ulirich ; il a doHDê MetzàgarderàBazaioe. 11 avait cent vingt mille homma k Chaious ; il pouvait couvrir Paris; il a senti que son crime s'y dressait, menaçant cl debout; il a pris la fuite devant Paris ; il a mené lui-même, exprès et malg^ lui, le voulant et sans le vouloir, le sachaol et sans le savoir, misérable esprit en proie à l'abîme, il a mené son armée dans un lieu d'eitermi nation ; il a iaii ce choix effrayant du champ de bataille sans issue; il n'avait plus conscience de rien, pas plus de sa faute d'aujourd'hui que de son crime d'autrefois ; il fallail finir, mais il ne pouvait finir qu'en fuyard ; ce condamné n'était pas digne de regarder sa fin en face; il a baissé la tête, il a tourné le dos; Dieu l'a exécuté eo le dégradant; Plapoléon III, comme empei-eur, avait droit au tonnerre, mais pour lui le tonnerre a été infamant ; il a été foudroyé par derrière.
Oublions cet homme et regardons Thumanité.
L'envahissement de la France en 1870 par l'Allemagne a été un effet de nuit. Le monde s*est étonné que tant d'ombre pût sortir d'un peuple. Cinq mois noirs, voilà le siège de Paris. Faire la nuit, cela peut prouver de la puissance, mais la gloire c'est de faire le jour. La France fait le jour. De là son immense popularité humaine. La civilisation lui doit l'aurore. L'esprit humain pourvoir clair se tourne du côté de la France. Cinq mois de ténèbres, voilà ce qu'en 1870 l'Allemagne a réussi à donner aux nations; la France leur a donné quatre siècles de lumière.
Aujourd'hui le monde civilisé sent plus que jamais le besoin qu'il a de la France. La France a fait sa preuve par son péril. L'apathie ingrate des gouvernements n'a fait qu'accroître l'anxiété des nations. A la vue de Paris menacé, il y a eu parmi les peuples une terreur de décapitation. Va-t-on laisser faire l'Allemagne?
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Mais la France s'est sauvée toule seule. Elle n'a en qu'à
se lever. Patuit dea..
Aujourd'hui elle est plus grande que jamais. Ce qui eût lu(i toule autre iiallon Ta blessée à peine. L'assonilirissement de son horizon a rendu plus visible sa lumière. Ce qu'elle a perdu en territoire elle l'a regagné en rayonnement. Aussi est-elle fraternelle sans effort. Au-dessus de son malheur il y a son sourire. Ce n'est pas sur elle que pèse l'empire gothique- Elle est une nation de citoyens et non un troupeau de sujets. Les frontières? Yaura-l-il des frontiÈ-res dans vingt ans? Les victoires? La France a dans le passé les victoires de la guerre et dans l'avenir les victoires de la paix. L'arenir est â Voltaire, et non h Krupp. L'avenir est au livre, et non au glaive. L'avenir est â la vie. et non â la mort. II y a dans la politique opposée à la France une certaine quantité de sépulcre; cliercher la vie dans les vieilles institutions est chose vaine, et se uourrir du passé c'est mordre dans la cendre. La France a la faculté éclairante; aucune catastrophe, politique ou militaire. ne lui Atera celte suprématie mystérieuse. Le nuage passé, on revoit l'éloile.
L'étoile n'a pas de colère; l'aurore n'a pas de rancune. La lumière se satisfait en 0tant la lumière. La lumière, c'est tout; le genre humain n'a pas d'autre amour. La France se sait aimée, parce qu'elle est bonne; et la plus grande de toutes les puissances, c'est d'être aimée. La Révolution française est pour tout le monde. C'est une bataille perpétuellement livrée pour le juste et perpétuellement gagnée pour le vrai. Le juste, c'est le fond de l'homme; le vrai, c'est le fond de Dieu. Que l'aire contre une révolution quia tellement raison? Itieu.
L'aimer. C'est ce que font les nations. La France se donne, le monde l'accepte. Tout le phénomène actuel est dans ces quelques mots. On résiste à Tinyasion des armées; on ne résiste pas à Tinyasion des idées. La gloire des barbares est d'être conquis par l'humanité; la gloire des sauyages est d'être conquis par la civilisation ; la gloire des ténèbres est d'être conquises par le flambeau. C'est pourquoi la France est youlue et consentie de tous. C'est pourquoi, n'ayant aucune haine, elle n'a aucune crainte ; c'est poui'quoi elle est fraternelle et maternelle; c'est pourquoi elle est impossible à amoindrir, impossible à humilier, impossible à irriter ; c'est pourquoi, après tant d'épreuves, tant de catastrophes, tant de désastres, tant de calamités, tant de chutes, incorruptible et invulnérable, elle tend la main à tous les peuples, de haut.
Quand le regard se fixe sur ce vieux continent remué aujourd'hui d'un souffle nouveau , de certains phénomènes apparaissent, et il semble qu'on entrevoit cette chose auguste et mystérieuse, la formation de l'avenir. On peut dire que, de même que la lumière se compose de sept couleurs, la civilisation se compose de sept peuples. De ces peuples, trois, la Grèce l'Italie et l'Espagne, représentent le midi; trois, l'Angleterre, l'Allemagne et la Russie, représentent le nord; le septième, ou le premier, la France, est à la fois nord et sud. Celtique et Latin, Goth et Grec. Ce pays doit à son ciel ce hasard sublime, le croisement des deux rayons; le croisement des deux rayons, c'est comme si Ton disait la jonction des deux mains, c'est-à-dire la paix. Tel est le privilège de cette France ; elle est à la fois solaire et étoilée; elle a dans son ciel autant d'aube que l'Orient
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et aataot cTastres que le Septeotrion. Qoelquefois c^est dans les ténèbres que sa laear se lère, c*est dans la nnit noire des lèTolations et des gaerres que son resplendissement flamboie, et ses aurores sont boréales.
Un joar« arant pen, les sept nations qui résument toute rhumanité, s allieront et se fondront, comme les sept couleurs du prisme, dans une radieuse courbure oSeste: le prodige de la paix apparaîtra étemel et Tisible au-dessus de la dTiUsation, et le monde contemplera, ébloui, rimmense arc-en-ciel des Peuples-Unis d^Europe.