‹ Histoire d'un établissement paroissial de colonisation, St-Jean de Matha [microforme]Chapitre 17 sur 41 · INCIDENT LOUIS FORGET · texte numérisé non relu

INCIDENT LOUIS FORGET

Ici se place un petit incident qui n’est pas hors de propos de rapporter. Divers événements d'importance sont rattachés parfois à des faits qui semblent d’une portée bien commune, mais

la divine Providence a souve::t des voies inson-

dables qui, soit pour récompense, soit pour châÿ f

timent, sont liées aux plus humbles actions des hommes. Que de fois les faveurs du ciel sont descendues sur une famille, sur une congrégation, sur une paroisse à la prière fervente d’une âme simple et pleine de confiance. |

Neuf jours après la plantation de la croix qui marqua la place de l’église, c'est-?-dire le 5 de février, un jour de vent et de froid extraordfnaires, pendant lequel le thermomètre était descendu à la plus basse température de cette saison rigoureuse, un vieillard de quatre-vingts ans, Louis Forget, l’un des donateurs du terrain de

l'église, sortit de sa maison vers les neufs heures

du matin, revêtu d’un vieil et mince habit d'été. Remontant de chez lui par le chemin public la petite éminence qui conduisait à la croix, il vint tout-à-coup s'arrêter devant celle-ci. Il se découvre respectueusement, se jette à genoux dans la neige, fait un signe de croix long, solennel et plein de dévotion, puis il commence à voi demi-haute, lente et régulière la récitation du chapelet de la Sainte Vierge.

La bise glacée du nord siffle autour de lui ; la neige en poudrerie lui fouette la figure, ses longs cheveux blancs se lèvent, se rabattent et tournoient sur sa tête au gré de la tourmente ; de fois à autre son buste et même sa personne disparaissent dans les tourbillons de cette poussière de glace, mais quand le vent fléchit un instant commé pour reprendre une nouvelle force, o# voit la neige s’écouler de la tête et des épaules du vieillard qui droit et fixe comme une sta-

tue, continue tonjours sa prière.

Quelques personnes témoins de cet acte plus que méritoire sont surprises, étonnées de ce que

cet homme ne soit pas déjà engourdi, gelé,

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étouffé, sous l’action de cette effroyable tempête, °# se demande ce que l’on doit faire, si l'on doit aller le chercher ou le laisser dans cette situation ? Qui sait le temps qu'il y restera ? On s'apprête à sortir pour ailer lui parler, En ce moment là même l'ouragan a repris haleine, ce ne sont plus des nuages de: poudrerie qui se soulèvent dans l'air, mais des montagnes de neige qui obscurcissent le ciel. On rebrousse chemin pouvant à peine respirer, et on se rejette dans la maison qui craque et qui gémit sous l'effort d’un vent glacial, impétueux, furieux. Des branches d'arbres sont cassées, saisies par la tourmente et jetées à de grandes distances. Tout le monde est effrayé de la tempête, le froid est intense, personne ne bouge, pas un homme dehors excepté le père Forget au pied de la croix et qui poursuit encore sa prière, Dans l'intervalle de répit qui suivit cette crise de fureur, on put s’apercevoir que le vieillard achevait tranquillement son chapelet. Il n'avait pas bougé. Seulement la neige s'était amoncelée autour de lui, elle lui ar-

rivait sous les bras. Il termina sa prière qui avait bien duré une demi-heure, renouvela le plus révérentieux signe de croix possible, se .:7a, remit son bonnet sur sa tête, fit un profond salut à la croix, puis redescendit tranquillement à sa maison dans la neige à moitié jambes.

Explique qui pourra faire cet acte de foi et de piété accompli dans des circonstances extraordinaires sous lesquelles, humainement parlant, l’homme le plus vigoureux n’aurait pu certainement résister, sinon sans périr du moins sans contracter une maladie inévitable et dangereuse. Et cependant le père Forget n’en fut nullement affecté,

Quel but pouvait avoir eu ce bon vieillard en allant faire cette prière en ce lieu, en ce jour, à cette heure, par un froid excessif et au paroxysme d’un effroyable ouragan ? Qu'avait-il demandé au Seigneur par l'intercession de Marie ?

Qu’avait-il médité devant la croix ! Etait-ce action de grâces publiqne ou privée ? Etait-ce de- | mande de faveurs spéciales pour la paroisse ou pour lui-même ? peut-être tout cela ensemble,

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Toujours est-il que les affaires commencées se poursuivirent avec entente et succès, que l’église fut construite l’année suivante, que le père Forget y entendit la première messe, qu’étant au commencement du carême en parfaite santé, il annonça sa mort à ses enfants pour vendredi saint, que la chose arriva à point, et qu’il fut inhumé le lendemain de Pâques dans l’église comme il l'avait demandé, et de plus que cette sépulture fut la première dans la nouvelle paroisse environ deux mois après l'arrivée de celui qui en fut le premier curé.

XII à ELECTION ET SYNDICS

Dans l’automne de la même année 1853, le 14 octobre, on fit une élection de sept syndics qui devaient se charger de voir sans délai à la construction des édifices religieux ainsi qu'aux moyens à prendre pour arriver à cette fin. Furent élus à l’unanimité les cultivateurs suivants : Etienne Ducharme, Jean-Baptiste Robitaille, Joseph Roberge, Jérémie Breault, Régis Robitaille, Alexis Ayotte, Emmanuel Rondeau.

Il était entendu que tout devait être fait volontairement. On se mit à l’œuvre incontinent, ‘On recueillit les souscriptions. (Chacun donna de bon gré la somme qui lui fut proposée. Il y eut si peu d’exceptions que la chose pût être considérée comme faite unanimement, :

Les souscriptions se payant régulièrement et aussi vite qu’on le pouvait désirer, les syndics donnèrent l’entreprise de l’église suivant les dimensions qui avaient été désignées dans le rap-

dé Aile

port du délégué épiscopal. Pierre Desroches et Louis Cloutier de Ste-Elisabeth conclurent le marché pour l'exécution de ces travaux moyen. nant une somme de douze cents piastres. Ils se mirent à l'ouvrage immédiatement, ils préparèrent pendant l’hiver tout le bois nécessaire pour l'église et le presbytère, puis la bonne saison étant arrivée, de bonne heure au printemps de 1854,les édifices furent levés simultanément.On y travailla pendant tout l'été. Les travaux se poursuivirent avec activité, de sorte que dans l’automne de la même année, ces constructions purent être livrées aux syndics qui les acceptèrent après examen.

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