‹ Histoire d'un établissement paroissial de colonisation, St-Jean de Matha [microforme]Chapitre 4 sur 41 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

St-Jean de Matha, Bier, c'est-a-dire de 1836 a 1876.

Il y a cinquante ans aujourd’hui, une épaisse et sombre forêt couvrait en entier le territoire qui forme en ce moment la paroisse de St-Jean de Matha. Les coureurs des bois, les acheteurs de limites, les travailleurs des chantiers se croyaient bien les seuls qui rompraïent à jamais le silence de ces bois. Leurs observations ne portaient en général que sur les lacs, les rivières, les montagnes, sur le site des vallées, la direction des ruisseaux, sur les accidents du sol, sur les essences des bois. Nul n’y avait encore jeté un coupd'œil dépassant les limites d’une spéculation immédiate dans un but sérieux de colonisation. La terre ne valait rien parce qu'on ne remarquait pas sur ce sol boisé la présence et le travail de l’homme. :

Seules, les voix de la solitude, tels que le mur-

mure des eaux, le chant des oiseaux, les rugissements des bêtes fauves, le bruit des cataractes

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I AN soulevaient les mêmes échos depuis des siècles. Partout la vieille forêt que l'imagination peuple souvent de mystères, céuvrait un sol légèrement ondulé sur lequel pesait un grand oubli.

Vu à vol d’oiséeu, ce territoire bosselé devait représenter une mer de verdure aux vagues irrégulières, moutonnantes, parfois largement creusées et. pleines d'ombre, parfois hardiment soulevées et couronnées en guise d’écume d’un chaud rayon de soleil se jouant dans la ctme des pins. lciet là, peut-être, une étincelle, une.

langue de feu, avait rasé quelques arbres, laissant après elle une trace noire, carbônisée, mais nulle apparence de ces grands embrâsements qui préparent la terre à la culture. Si l'œil découvrait sur quelques sommets des groupes de pins, d’épinettes ou de mélèzes, toujours au bes de la colline se dressait un rideau de bois francs, lesquels recélaient eux aussi comme les pins, toute une fortune dans leurs troncs. Dans les bas-fonds se voyaient des céd:ières reposant sur. un sol humide et spongieux.

Deux grands cours d’eau flottables, la rivière

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de L'Assomption avec la rivière Noire pour tri butaire, traversaient tout ce canton, servant de décharges à plusieurs lacs.

Deux lacs vers le nord-est, l’un presque circulaire, l’autre de forme ellipsoïde, ouvraient de grands yeux noirs et profonds. Ils étaient circonscrits de grands arbres qui les bordaient comme de longs cils, et n'avaient jamais réfléchi dans leurs eaux que cette lisière de vieux admirateurs, et les splendeurs du ciel. Plus tard devaient s’y mirer avec orgueil de belles demeures, de grasses moissons, de riches troupeaux.

Au dire de ceux qu’on appelle les anciens: de la localité, les essences et la qualité des bois attestaient un sol riche et fécond. Presque partout ils avaient trouvé profonde la couche de terre arable ; par endroits, sur les coteaux, les arbres renversés montraient entremêlés dans leurs racines soulevées, des pâtés de terre jaune trèsgrasse, dans certaines vallées de la terre grise, de lhumus sablonneux plein de promesses pour le * colon ; ailleurs de la terre forte, argileuse ; dans les terrains humides, vû le nombre et la proximi-

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té des cours d’eau, le drainage et l'assainissement ne paraissaient pas devoir être des ouvrages hors d'essai, ni extraordinairement difficiles a exécu ter. y |

Tel était autrefois le territoire de St-Jean de Matha, riche en terre, riche en bois, riche en pouvoirs d'eau, mais inexploré, inconnu, sauvage.

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