HISTOIRE DE L'UN DES PREMIERS COLONS
Nous venons de mentionner, dans l’établissement de la partie ouest de St-Guillaume, le nom d'Antoine Robillard. Voici quelques notes intéressantes à son sujet. Cet Antoine Robillard avait laissé St-Cuthbert vers 1830 pour aller s'établir sur la rivière St-Louis, dans le sud, près de Beauharnoïs. C’est là où il se trouvait lors des troubles de 1837. Cet homme avait servi honorablement son pays dans la guerre dé 1812.
Il luieu coûtait beaucoup, vingt-cinq ans plus tard, de s’insurger coutre les autorités, de faire la guerre à la mère-patrie, et de mépriser la voix du premier Pasteur du diocèse.
… Le feu de la rébellion éclatait alors sur les rives et dans la vallée du St-Laurent. (Ce n'était partout qu’agitation et récrimination, partout des cris et des menaces se faisaient entendre, de tous côtés les citoyens, les amis, des frères se divisaient entr’eux, un nuage aux teintes sumbres,
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effrayantes, s'élevait sur l'horizon du pays. Quelques inst ‘ts avant la tempête, on entendii la voix autorisée d’une sentinelle vigilante placée par la religion au poste de l'honneur et du devoir, (C'était celle du premier Evêque de Montréal, Monseigneur J, J. Lartigue, qui rap pelait aux fidèles confiés à ses soins leurs devoirs envers la puissance civile établie et constituée dans chaque Etat, Appuyé sur les divines Ecritures, les explications de l'Eglise, les déclarations récentes du Souverain Pontife, le mandement publié à cette occasion fut considéré corn. me un chef-d'œuvre sous tous les rapports. Mais la voix si grave et si solennelle du premier Pasteur se perdit à moitié dans le fracas et la confusion d’un emportement sabit qui fut malheureux.
Quelques-uns néanmoins résistèrent à toutes les pressions ; les belles promesses qui leur étaient faites ne les éblouissaient pas, leur conscience dirigée par les exhortations d’un chef spirituel vénéré réclamait contre ce soulevement condamné pour le moins comme déplorable et
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dangereux. De ce nombre fut Antoine Robii- Li lard. Pour prix de sa fidélité à la voix de l'E- ‘4 glise et au gouvernement établi, il fut saisi par é les patriotes soulevés, puis garrotté ; trainé hors de sa demeure et emmené captif au village de
| Beauharnois. On s'était emparé du presbytère ll | pour en faire la prison des habitants qui ne vou- : | Il | laient pas se joindre à la rébellion : on y déposa | | le dit Robiliard ainsi que plusieurs autres sous | | verroux et sous bonne garde, Cependant l’agi- f tation à main armée ne fut pas, comm” on sait, LU v
de longue durée. Aux premiers échecs subis |
par les patriotes, les opérations militaires qui Fun
n'étaient point dirigées ni combinées de maniè- E L
re à assurer le succès on une longue résistance, f
cesserent de tous côtés. Les chefs manquant, | nl
les communications étant difficiles et. dangereu- * Æ ©t
ses, les bandes isolées, l’entente et l'unité d’ac- | k
tion à peu près impossibles, la dispersion se fit u
à la hâte et avec une grande inquiétude touchant L
les événements qui en allaient résulter. Ceux d
qui avaient été loyaux à la couronne et fidèles à .
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tous leurs devoirs n'étaient point troublés, per.
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suadés qu'on leur rendrait justice, tandis que
ceux qui avaient suivi les menées de la rébellion
étaient dans une terrible anxiété.
I] se produisit alors en effet des événements douloureux qui plongèrent de nombreuses familles dans le deuil et dans la ruine. On allait par les campagnes, portant le fer et la flam-
me en punition de la révolte contre l'autorité. Dans certains endroits, toutes les habitations
furent incendiées, en d’autres il y eut des réserves suivant les données que l'on put se procurer. Le presbytère de Beauharnois qui servait de prison fut rendu à sa destination première, les loyaux sujets canadiens qui y etaient renfermés furent libérés par les troupes du gouvernement, et lorsque ces troupes promenèrent la
” torche de l'incendie dans le rang de St-Louis, el-
les épargnèrent entr’autres l'établissement d’Antoine Robillard. Sa maison devint le refuge et
le salut de plusieurs familles du voisinage, qui, de la lisière des bois où elles s'étaient sanvées,
venaient de voir la flamme dévorer leurs demeu-
res ; sa grange, ses étables constituèrent un abri
pour le bétail qui restait encore après d’inutiles boucheries, Enfin l'orage passé, on s'efforça d’en réparer les désastres, et la cruelle tentative
de la dispersion des habitants échoua complétement.
Il semble que dans ces lamentables circonstances on eût dû avoir égard aux importants ser-
vices rendus par Antoine Robillard, mais tel ne
fut pas le cas. L'on garda contre ce digne citoyen une haine sourde, une rancune prolongée qui ne finissait point et qu'il er. nait de voir éclater à tout moment. Il ne s’en apercevait que trop, et l’état de malaise dans lequel il vivait au milieu de la population indisposée lui fit prendre la résolution de s'éloigner de ce théâtre devenu pour lui dangereux. Il vendit sa terre, traversa le fleuve, débarqua sur la rive: nord, et s’enfonça dans les terres nouvelles. Il vint se fixer ici même dans la partie du rang de St-Guillaume qui touche à la rivière de L’Assomption, du côté de l’est. Aidé de ses enfants, il se fit dans la forêt une clairière qu’il agrandit
d'année en année. Elle lui donna des ressour-
d’inutiles
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y Circonstants seris tel ne digne ciprolongée s de voir percevait el il vi- Dosée lui > ce théâendit sa
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ces suffisantes pour faire face à toutes ses affaires et procurer à ses enfants des établissements convenables. Il y demeura jusqu’à sa mort arrivée en 1854. Tous ceux qui l'ont connu ici l'ont estimé et respenté,
Et voilà l’histoire de l'établissement de l’un des premiers colons de St-Jean de Matha. Que de traits intéressants auraient pu parsemer cet écrit, s’il nous avait été possible de rencontrer cer. tains intéressés qui ont aujourd’hui changé de domicile.
RANGS DE STE-JULIE ET DE ST-JOSEPH, DE STE-CATHERINE ET DE STE-XUGÉNIE.
En 1845 les trois premières concessions sont occupées ; des succès passables sont la récompense d'un persévérant labeur. Plusieurs habitants des paroisses de la plaine sont surpris des faits qui arrivent à leur connaissance, ils y trou vent un certain encouragement, et de plusieurs parties des contrées limitrophes on se dirige vers
les nouveaux établissements de la seigneurie. Un nouveau rang est arpenté, sa direction est
à angle droit avec les concessions précédentes. Cette nouvelle concession s'appelle Ste-Julie. Elle part de l'extrémité des terres de St-Guillaume, longe celle du rang de Ste-Louise et se prolonge vers le nord jusqu’au grand lac Noir. C’est une longue et large vallée qui n’a pas le moindre acrident dans ses terrains. Elle est élevée de quatre cents pieds au-dessus du fleuve qui en est éloigné de huit lieues. Un niveau