CHAPITRE PREMIER
Oîstributîon du sel ùl la surface du glohe. — Sel gemme. — Sel marin. — Salure de la mer. — Lacs salés. ^ Sources et fontaines salées.
En dehors de tous les sels que la chimie uons a révélés, Dous ne nous occuperons Ici que du sel le plus anciennement connu, par la raison qu'il fut de tout temps le plus iùdispensable à l'homme. Ce £el est le sel commun. Lorsqu'on le retire des eaux de la mer ou de0 lacs salés, il prend ordinairement le nom de sel marin, et celui de sel gemme ou de roche quand> au contraire, on l'extrait directement des masses cristalhnes que renferme notre sol. Dans la Tie ordinaire, ces deux sels» différents d'origine, se confondent sous le nom de sel de
cuisine, et cette confasion n^est pas arbitraire, car ils ont tous deux une composition chimique identique. Le sel de cuisine, en effet, quel que soit son lieu de provenance, est toujours composé uniquement de chlore et de sodium ; de là son nom chimique de chlorure de sodium, ou, plus vulgairement, de muriate de soude, du mot latin muria qui veut dire saumure.
Ce corps est certainement le plus aboodamment répandu dans la nature. Il s*y rencontre sous deux états : eh couches ou amas dans le sein de la terre, et en dissolution dans les eaux de la mer et de certains lacs, dans les eaux des sources et des fontaines salées.
Dans l'intérieur de la terre, le sel constitue des masses pli^s ou moins considérables, dont la pureté est trèsvariable ; le plus souvent, il est coloré en gris par un peu de bitume ou d'argile, ou en rouge par du peroxide de fer. Quelquefois, mais plus rarement, il présente une coloration violette, bleue, verte ou jaune qu'il doit à la présence de marnes, d*oxide de manganèse, de matières d'origine organique ou de certains infusoires. A part même ces différentes colorations, le sel gemme n'est jamais absolument pur ; il contient toujours, dans la proportion de deux à cinq pour cent, environ, du sulfate de chaux, du sulfate de soude, et quelquefois des seïs de magnésie.
Le sel gemme se rencontre en France dans les départements de la Meurthe, de la Moselle, du Jura, de la Haute-Saône, del'Ariége, des Landes et des Basses-Pyrénées. On le trouve également en Prusse, en Russie, en Pologne, en Autriche, en Hongrie, en Angleterre, en
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HISTOIRE D UN GRAIPi DE SEL
Irlande, en Suisse, en Espagne, en Egypte, en Algérie, aux États-Unis, en Asie, au Pérou et au Chili, c'està-dire dans les différentes parties du globe.
La manière d'être du sel, dans ces différents dépôts,' offre deux circonstances très- différentes : ou bien il est en couches contemporaines au terrain dans^ lequel il existe, ou il est en masses qui portent tous les caractères d'y avoir été introduites par des phénomènes postérieurs.
C'est dans le terrain désigné soiïs le nom de trias, et particulièrement dank la sous-division des maroes irisées, que le sel gemme forme des masses stratifiées. Le sel trouvé dans les autres terrains appartient au second genre de gisement.
Les couches de sel n'ont pas la même continuité que lès couches de calcaire, et, en général, que Içs couches de sédiment ; elles forment plutôt de vastes lentilles dans le sens de la stratification. Ces lentilles offrent une régularité telle, que sur une distance de 12 à 15,000 mètres, on les retrouve dans une position identique et avec des épaisseurs analogues.
Des gisements remarquables de sel gemme en couches existent dans le département de la Meurthe, et à Norlhwlch, dans le comté de Cheshire. Nous en reparlerons plus loin.
Les gisements jle sel gemme en amas postérieurs sont les plus fréquents. Ils se distinguent du sel en couches par deux circonstances principales. En premier lieu, les masses salifères ne font plus partie de la stratification du terrain ; elles coupent et s'étendent dans plusieurs
des eouches, ou, lorsqu'elles sont dans le sens de 1% stratification, les coucbes se plient et se contournent autour de ces amas. D'autfe part, le sel qui appartient * à ce genre de gisement ne se trouve plus exclusivement dans un seul terrain. Ainsi les salines de Bex,en Suis«e, sont exploitées dans la partie supérieure du lias ; ^celles de Salzbourg sont placées dans le calcaire jurassique ; celles d'Orthez, dans les Basses- Pyrénées, et les célèbres mines de Gardone, en Catalogne, sont enclavées dans la craie ; les mines de la Gallicie appartiennent également à ce dernier terrain. Enfin ou en trouve même dans les formations tertiaires, telles sont celles d'Ànana, prés de Pancorbo, et de Briviesca, à une petite distance de Burgos.
On peut donc dire que le gisement des sels gemmes embrasse la série des terrains secondaires, depuis le commencement de la période permienne jusque dans, les terrains tertiaires supérieurs.
La masse des eaux qui constitue la mer occupe plus des deux tiers de li surface du globe. L*eau de ûier, limpide et légèrement verdâtre près des rivages et sur les bas fonds, prend un aspect bleu noir dans les endroits où la profondeur est la plus grande. Elle n\i point d'odeur ; celle que Ton perçoit sur les rivages provient des warechs. Sa saveur est à la fois salée, amère et nauséeuse ; l'eau de la mer contient, en effet, en dissolution environ 3 pour cent de matières minérales, parmi lesquelles le sel ordinaire figure, en moyenne, pour 2,70. Ces eaux peuvent donc servir aussi ^ la fabrication du Bel, et malgré l'abondance du sel gemme, la plus grande
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partie du nel liné au commerce provient de la mer, c'est* à-dire, comme nous le verrons plus loin, dePexploitation des marais salants;
La pesanteur spécifique moyenne de Teaude mer, plus forte quecelle de Teau douce, est, d'après Gay-Lussac, de 1,0286. L'évaporation augmentant avecla température, on admet généralement que la pesanteur spécifique de la mer va croissant du pôle ili Téquateur. À Tembouchure des fleuves, Teau douce, plus légère, surnage et la salure de la mer se prononce moins. Ainsi la mer Cas* pienne est à peine salée à Tembouchure du Volga, et l'Atlantique n'est que saumâtre ù 480 kilomètres de Tembouchure de l'Amazone.
li'Océanest le récipient universel des substances sali* nés extraites par les pluies dans leur infiltration au ^avers des terres, et toute voie ordinaire d'écoulement fait défaut pour ces matières qui semblent devoir s'accumuler dans les vallées sous-marines. Elles s^y accumuleraient en effet, et certaines parties de la mer se seraient déjà comblées dans le courant des siècles, si la nature n'avait pris le soin d'assurer le mouvement continu des eaux, et de mettre à l'œuvre les coquillages, les mollusques, et les animaux marins innombrables qu'il faut ranger parmi les agents de la circulation, et 4ui ont besoin de ces matières salines pour leur constitution et leur existence.
L'eau de mer abonde, en effet, en substances organiques; chaque goutte de ce liquide nourrit une population d'animalcules d'une structure aussi délicate que variée : les abîmes de l'Océan représentent les labora-
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12 ' HISTOIRE D'UN 6RÀIN DE SËL
toires les plus curieux de la vie, dont ils abritent les formes les plus changeantes et les plus diversifiées. Une si prodigieuse quantité d'êtres qui vivent et meurent, explique la putridité que l'eau de mer développe dans les ports de la Méditerranée, où. elle ne se renouvelle pas par les marées, dans les dépressions des plages où elle laisse, en déferlant, des flaques énormes, dans les vases et lés cales des navires où elle a séjourné long* temps. Humboldt a merveilleusement exprimé cette fermentation de la vie. océanique : « Sous une surface moins variée que celle des continents, la mer contient dans son sein une exubérance de vie, dont aucune autre région du globe ne pourrait donner Tidée. » Charles Darwin remarque avec raison dans son intéressant Journal de voyage, que nos forêts terrestres n'abritent pas, à beaucoup prés, autant d'animaux que celles de rOcéan. Car la mer aussi a ses forêts : ce sont les Iongueâ herbes marines qui croissent sur les bas-fonds, ou les bancs flottants de fucus que les courants et les vagues ont détachés, et dont les rameaux déliés sont soulevés jusqu'à la surface, par leurs cellules gonflées d'air. L'étonnement que fait naître la profusion des formes organiques dans l'Océan s'accroît encore par l'emploi du microscope ; on sent alors, avec admiration, que là le mouvement et la vie ont tout envahi. À des profondeurs qui dépassent la hauteur des plus imposantes chaînes de montagnes, chaque couche d'eau est animée par des vers polygastriques, des cyclidies, et des ophrydines. Là pullulent les animalcules phosphorescents, les Mammariade l'ordre des acalèphes, les crus-^
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. tacés, les pêridinium, les néreïdes qui tournent en cercle, dont les innombrables essaims sont attirés à la surface par certaines circonstances météorologiques, et qui transforment alors chaque vague, en une écume lumineuse. L'abondance de ces petits êtres vivants, ' la quantité de matière animaliséè qui résulte de leur rapide décomposition est telle, que Teau de mer devient un véritable liquide nutritif pour les animaux beaucoup plus grands. Ces innombrables espèces d'animaux et de plantes, qui naissent et croissent au sein des mers, suffisent pour expliquer la constance et Tinvariabilité de la salure de TOcéan. Nous pouvons encore ajouter que l'équilibre de toutes les mers est conservé par un système permanent de courants et de contre-courants, régnant à la surface et dans les profondeurs, qui font communiquer les différentes mers entre elles, et qui assurent l'échange perpétuel de leurs eaux.
L'air maritime renferme-t-ilun principe balsamique, comme le pensait Gllchrist ? une substance délétère, comme l'admettait Walsher? La chimie, jusqu'à présent, n'a rien démontré de semblable, pas plus qu'elle n'a démontré la vaporisation des matières salines, an-
^ noncée par Mead. Cette dernière erreur est facile à expliquer. Lorsqu'on se promène sur le pont d'un navire sous voiles, on perçoit, en se passant la langue sur les lèvres, une saveur salée; les objets ^environnants se couvrent d'une poudre blanche saline. Ces phénomènes, que l'on pourrait attribuer à la précipitation des molécules volatilisées, sont dus simplement aux gouttelettes d'eau de mer, que le vent ou les secousses du navire
font rejaillir sur le pont. Toutefois, suivant robservation de H. Boussiagault, les Tents impétueux enlèyent des particules d*eau de mer, à peine pondérables, à la buée que la vague, en se brisant, fait naître sur les récifs ; ces molécules liquides, ces poussières de TOcéaD, comme les appelle Arago, ne tardent pas à livrer à Tair, en se dissolvant, des molécules de sel plus ténues encore; c'est ce qui explique pourquoi la pluie qui tombe non loin des côtes contient souvent, si ce n'est toujours, des traces très-appréciables de sel marin.
La salure de la mer a été considérée pendant longtemps comme un caprice de la nature. On sait aujourd'hui qu'elle a, ainsi que tous les autres phénomènes, sa raison d'être, son rôle dans Tordre général du monde, dans la physiologie terrestre.
Ce n'est qu'à' deux degrés au dessous de zéro qiue reau de mer atteint spn maximum de pesanteur spécifique. En s'évaporant à sa surface, elle se concentre et se précipite, tandis que les couches inférieures viennent la remplacer pour la modifier à leur tour et se précipiter de la même manière. Ainsi s'établit ce continuel mouvement, ascendant et descendant, qui entraine dans ' les profondeurs de la mer la masse d'eau échauflée par la zone torride. Ce double courant vertical prépare la formation du grand courant horizontal qui met en communicatiod ces réservoirs sous»marins de chaleur avec les eaux inférieures de la mer glaciale.
Les sels de l'Océan ont, dans l'économie générale du globe, une autre fonction plus importante encore que celle qui vient d'Aire indiquée* Us tnodèrent et règlent-
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r6TaporatioD,et s'opposent à ce que ce phénomène ne se développe en trop grand excès, sous Tiofluence des eau- ^ ses perturbatrices qui pourraient se manifester de temps à autre. On sait que, sous la môme pression atmosphé* rique, différents liquides ont des points d'ébullition très- différents ; de même des solutions fortement^alines s'évaporent avec plus de lenteur que des solutions faibles, et ces dernières plus lentement que Teau douce/
On aurait donc encore ici un de ces phénomènes 4'équilibre, une de ces dispositions admirables dans le balancement des forces, que la nature nous révèle dans toutes ses parties. Si, toutes les autres conditions étant égalas, une pause temporaire quelconque rend la proportion de la matière saline dans l'eau de mer^ su^ périeure à sa valeur normale, Tévaporation a lieu alors en quantité de plus en plus petite ; et, d'un jànite côté, si cette proportion est abaissée par une addition d'eau pure en excès, le pouvoir évaporatoire augmente de plus en plus, et, le temps aidant, l'équilibre se rétablit dans les deux cas.
On peut considérer l'origine du sel gemme comme se confondant avec le sel de la mer ; l'évaporation spontanée des lacs salés représente, en quelque sorte, les phénomènes qui ont pu intercaler les couches de sel dans les dépôts stratifiés.
. Les mers fermées par des détroits, lorsqu'elles reçoivent des fleuves moins d'eau qu'elles n'en perdent par évaporation, présentent déjà un degré de salure plus sensible que celui de l'Océan, bien que des contre-courants sous-marins y déversent toujours les eaux trop
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chargées de sel, tandis que les courants superficiels y amènent la lame d'eau nécessaire pour maintenir le niveau. La mer Rouge a été citée comme un exemple ifi cesileux courants compensateurs. Si Ton supposait fermé le détroit de Bab-el-Mandeb par lequel s^effectuent les deux courants inverses, les eaux, chauffées et évaporées par l'action incessante des vents alizés baisseraient rapidement de niveau. On a calculé que 30 à 40 siècles suffiraient pour dessécher complètement la mer Rouge, en ne laissant à sa place qu'un immense banc de sel. Que l'on supj;)ose cette évaporation plusieurs fois reprise, et interrompue par les irruptions de la mer qui substitua des dépôts sédimentaires aux dépôts de sel déjà formés, on obtiendra des alternances de sel et de dépôts marneux, dans des conditions tout à fait semblables à celles qui se présentent dans nos départements de PËst.Les couches de sel gemme de Vie et de Dieuze représentent, en effet, un dépôt régulier des sels de la mer, dépôt qui a été interrompu alors que les eaux-mères étaient encore chargées de tous les sels déliquescents. Gec: sera plus facile à comprendre si nous ajoutons que les eaux de la mer contiennent et ont dû contenir de tout temps, des sels de magnésie et de potasse qui restent dans les eaux-mères de nos salines; toutes les fois donc que les bancs de sel gemme ne contiennent pas de sels déliquescents, c'est que Tévaporation des eaux delà mer n'a pas été complète.
Le fait de cette évaporation complète parait, du reste, avoir été très-rare, mais il a eu lieu quelquefois ; les produits en ont été trouvés récemment aux satines
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deStrassfart, au sud de Magdebourg, en Prusse. Ce gîte de sel est ancien ; il paraît compris dans des roches ^pernûennes, et recouvert par des grès bigarrés ; on Ta trouvé en couches inclinées. A une profondeur de 300 mètres environ, au dessus du sel gemme, que la sonde a reconnu sur plus de 30 mètres de puissance, les sels déliquescents des eaux-mères ont été trouvés alternant avec des roches argileuses rouges.
Sur beaucoup de points, les dépôts salins ont été troublés car des soulèvements et par des éruptions de roches, de là de& enchevêtrements, des perturbations dans le gisement.
Un grand nombre de lacs salés dont les eaux s'élèvent dans la saison des pluies, et s'abaissent dans celle des sécheresses, laissent déposer du sel sur leurs bords, et peuvent ainsi être considérés comme de véritables mines de sel. Ces lacs sont extrêmement nombreux et on les rencontre principalement dans les grandes plaines de nos continents. Ils sont communs en Russie, en Tartarie, en Perse, en Palestine, en Egypte, en Algérie, dans rintérieur de l'Afrique, en Hongrie, etc. Le sol même des contrées où existent ces lacs est tout imprégné de sel, et Ton cite des masses solides qui se montrent çà et là à fleur de terre, dans les parties où la sécheresse habituelle du climat permet leur conservation. Les eaux des lacs salés ont très-souvent une couleur rougeâtre due à la présence d'une innombrable quantité d'animalcules microscopiques ; elles laissent quelquefois dégager une odeur bitumineuse, et renférnient depuis un jusqu'à 24 pour cent de leur poids de sel marin. .
18 HISTOIRE d'un grain DE SBL
Les gttes aouterraias du sel sont presque toujours sigaalôs & l'extérieur par des sources salées. Les eaux qui ont circulé dans les masses salifères se cbargent en effet de sel, non seulement au contact des masses de sel gemme, mais aussi en parcourant les argiles qui accompagnent presque toujours ces masses. Ces argilep sont en effet mélangées de sei;:qui s'isole dans les fissures enefilorescences, en rognonSi en petites veines et en plaquettes fibreuses.
Il y a des sources salées dans presque tous les pays^ Le sel marin y est toujours associé à d'autres sels, et principalement aux sulfates de chaux et de magnésie. Elles Tiennent manifestement des terrains salés qu'elles rencontrent sur leur passage, et, telle est la circulation des eaux dans l'intérieur du globe, que les plus salées ^ peuvent souvent être les plus éloignées de l'endroit où elles dissolvent le sel gemme. Ces sources sont trésrépandaes dans toute l'Allemagne. En France on en compte une trentaine réparties dans les départements de l'Ariôge, du Doubs, de la Meurthe, de la Moselle, du Jura, des Basses-Alpes, des Landes et des Basses-Pyié^» nées.
Les collines entre les gaves de Pau et d'Oléron, insignifiantes k côté des hautes montagnes des Pyrénées^ ont pourtant aussi leur intérêt. Sous un sol gypseux mêlé d'argile verdfttre ou raugefttre, on voit jaillir les sources salées de Salies, d'Oras, de Caresse, etc.; et« plus lohi^ dans le département de Landes, celles de Oaugeac, de Saint-Pandelon et de Pouillon. A Salies, Teaa salée est tellement abondantei qu'eti creusant des
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puiU on éfite diiScilement les filets d'eau sauroàtre.
Des bancs de sel gemme impur existent dans ces ter*rains ; ils sont expfoités depuis un petit nombre d^années et leurs produits sont surtout employés aux salaisons qui sont expédiées de Bayonne vers les principaux centres commerciaux.
Avant la découverte de cette importante richesse, les sources qui traversaient ces bancs suintaient doucement au niveau du sol et formaient des marécages dans toute l'étendue des deux vallées* On raconte que Tempressement des bestiaux à courir à ces marécages conduisit à la connaissance de leur nature particulière, et, par snite, aux exploitations actuelles qui n'ont pas encore produit tout ce qu'on peut en attendre. Des trous de sonde ont été conduits jusqu'à une profondeur do 50 mètres, des tubes soutiennent le sol, et des pompes amènent à la surface une eau salée abondantOi dont la force de saturation est de 23 à 25.
Aujourd'hui il existe à Salies un établissement de bains à cOté des bâtiments d'exploitation du sel. La spécialité de cette source, c'est, qu'à la très-grande diflérence de ce qui se passe ailleurs, l'eau salée arrive d'elle-même à la surface de la terre parfaitement pure. En effet, bien souvent, comme nous l'avons dit plus haut, les sources salées contiennent divers sels étran* gers. Ce sont alors de véritables sources d'eaux miné» raies analogues, par exemple, à celles de Luxeuil, de Kreutznacb, deCarlsbad, etc. Ces sortes de sources sont presque toujours thermales, et offrent une régularité de débit et de oompositioa que ne préseùtent pas les
sources dont la salure est dae uniquement à la dissolution du sel gemme par les eaux souterraines. Le volume de ces dernières est influencé par les eaux de la surface qui s'y mêlent, en sorte qu'elles sont beaucoup plus abondantes dans certaines saisons de ràonée, mais alors elles sont'également beaucoup moins salées.
A Salins, dans le Jura, parmi les sources salées qui y jaillissent, quelques-unes coulent, dit-on, avec plus d'abondance quand le vent souffle du nord ; pour d'autres, au contraire, c'est quand le vent souffle du sud que la production est plus grande. Ces faits demandent à être mieux examinés.
Beaucoup de ces sources salées ont une origine fort ancienne. Ainsi celles de Lons-le-Saunier y étaient connues avant l'invasion des Romains dans les Gaules. Au commencement du Vl« siècle Slgismond, roi des Bourguignons, dota le couvent d'Agaure avec les sources de Salins. Il est question,. dans les auteurs du XllP siècle, des sources de Moyenvic et de Marsal, en Lorraine. On connaissait au 111* siècle celles de Morhange, dans la Moselle. Les anciens écrivains latins fout mention de la fontaine salée de Salses, dans le Roussillon ; Strabon dit qtie,dans le terrain de la Grau, en Provence,îl y en avait plusieurs qui servaient à faire du sel ; mais au temps de Beaujeu (1551), il n'en subsistait plus qu'une. Selon ce dernier écrivain, le diocèse de Sens en possédait également une. Enfin on lit dans Palissy que le Béam en avait plusieurs.et qu'elles étaient même assez abondantes pour fournir de sel toute cette province ainsi que le Bigorre.
Nous possédons également, en France, plusieurs ri-
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Yières salées. Ainsi le Font-Saled, en Auvergne, roale des eaux salées et chargées d'autres particules minérales ; la fontaine Ëstranser amène au lac de Salsers dans les Pyrénées-Orientales, des eaux salées eu grande quantité. Il en est de même de la rivière de Sais, dans le département de l'Aude, alimentée pair quatre sources salées, dont Tune n'a acquis une forte salure que vers la fin duXVIII*' èiècle. Ces sources ainsi que celle du village de Camarade, à quatre lieues de Pamiers, croissent et se troublent parfois au milieu du beau temps, elles sont alors plus salées que quand les eaux sont basses, bien différentes d'autres sources dont là salure s'affaiblit par le mélange avec les eaux pluviales.
Ce fait parait anormal au premier abord, mais il est probable que les sources dont nous venons de parler sont grossies par des cours d'eau souterrains, qui arri* vent déjà chargés de sel.
En résumé le sel peut se retirer soit des mines, soit des eaux de la mer, soit des lacs qui le déposent sur leurs bords, soit des sources et des fontaines salées. La nature, comme on le voit, a été prodigue dans la répartition de cette substance minérale. C'est qu'aussi le grain de sel, dont nous entreprenons l'histoire, a dans la vie humaine une importance capitale. Sans lui, peu ou pas d^industries, et disons plus, sans lui notre existence serait impossible.