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CHAPITRE XXXIV

' Histoire de la Gabelle.

Dans le principe le terme de gabelle s'employait, conformément à son origine {gabe^ don), dans la significatioii gônéraie de contribution, et s'appliquait ^ diveraeà taxes publiques : c'est ainsi que L'on disait, gabelle de Tin, gabelle de draps, gabelle de; tonlieu, etc. Cependant au xiv« siècle, ce mot, employé seul, commence à désigner spécialement l'impôt du sel, et bientôt on ne ^ui attache plus d'antre signification. .

L'impôt du sel n'a pas été créé par Philippe-de-Yalois ainsi qu'on le croit généralement, puisqu'il en est parlé sous les rois antérieurs, notamment en 1246 sous saint Louis, en 1286 sous Philippe-le-Bel, en 1318 sous Pbilippe-le-Long. Philippe-de-Valois ne fît en réalité qu'organiser l'administration chargée de le percevoir (ordonnance du 20 mars 1340). Jusqu'alors l'exploitation des salines et la vente de leurs produits avaien^été abandonnées à, l'industrie privée, ou plutôt au monopole privé, car la plupart des seigneurs vendaient le sel à

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^ leurs 'vassaux au prix qa*îls fixaient eux-mêmes ; mais dès ce moment elles devinrent un monopole au profit

. de l'État qui retendit à toutes les parties 4u royaume, . avant môme que celles-ci lussent réunies à la couronne. La gabelle fut d'abord considérée comme une ressource extraordinaire qui ne pouvait être perçue qu'avec le consentement des États-Généraux, mais sous Charles Y, elle devint permanente. Voici comment sa perception avait lieu. Tout le sel fabriqué devait être porté, sous peine de confiscation, dans les entrepôts appelés Greniers à sel établis sur divers, points du territoire. Chaque grenier était administré par un Grenetier ou coutrOlear; le grenetier rendait le sel aux marchsmdB en gros, à un prix qu'il fat d'abord autorisé à fixer de gré à gré, et qui plus tard fut soumis à an tarif moUle pour lequel le muids de Paris servait d'étalou. Les aiarchands en gros le revaadaîent tantôt directement aux consommateurs, tantôt, et le plus souvent, à des-dé* taillants appelés Regrattien. Chaque habitant était tenu de renouveler tous les trois mois sa provision de sel, laquelle était estimée d'après ses besoins présumés, et, en outre, il lui était formellement interdit de revendre ce qui excédait sa consommation. G<Mnme la fraude était facile et très-commune, on eut recours aux mesures les plus vexatoires et les plus odieuses pour l'empêcher et la supprimer. Les contrebandiers ou * I^aux-Sauniers étaient punis avec une extrême rigueur, et, pour faciliter la répression, on accordait au délateur le tiers du corps du délit. Enfin le grenetief , )uge dans sa propre cause, prononçait en premiéie

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instance sur tous les diffôrpnds relatifs aux gabelles.

Dès sou origine l'impôt du sel souleva le méconten* tement des populations, et les vexations de tout genre auxquelles sa percepUen donna lieu provoquèrent, à diverses époques, de sanglantes révoltes. Plusieurs ordonnances, surtout celle de 1680 rendue à Tinstigafion de Colbert, amoindrirent quelques abus de détail ; mais le mal persista toujours, et il était si grand que le mot gabelle suffisait pour mettre en émoi tous les habitants de la campagne. La gabelle était aux yeux des paysans une œuvre infernale à laquelle ils attribuaient leurs mauvaises récoltes, les inondations, la grêle et Finceudie, en un mot tous leurs malbeurs.

Au reste cet impôt n'était pas moins odieux par l'inégalité de sa répartition que par son mode vexatoire de perception. Eu effet, et c'est ce qui existait encore au xviii* siècle, la France formait, pour le paiement de la gabelle, plusieurs circonscriptions particulières :

!• On appelait Pays de grande gabelle^ du grand parti, ou de la gabelle de France^ les provinces qui étaient imposées au maximum, et qui étaient l'Ile de France, l'Orléanais, le Maine, l'Anjou, le Perche, la Touraine, le Berry, le Bourbonnais, la Bourgogne, la Picardie, la Champagne, et la plus grande partie de la Normandie. Les familles Aident taxées à 9 livres pesant de sel par tète, et le prix du quintal, ou des 100 livres, était fixé à 62 livres tournois ;

2'» Les pays de la petite gabelle étaient ceux qui payaient le minimum de l'impôt. A cette catégorie appartenaient le H&conuais, le Lyonnais, le Forez, le

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Beaujolais, le Bujey, la Bresse, le pays.de Dombes, le Daupbiné, le Languedoc, la Provence, le Roussillon, le Rouergue, le Gévaudan et une partie de l'Auvergne. Le prix du quintal était fixé à environ 33 livres 10 sous, maisia 'cons(mmation obligée s'élevaitàll ou 12 livres par tête;

3" Les pays rédimés étaient les parties du territoire qui moyennant le paiement, fait une fois pour toutes, d'une somme de 1,194,000 livres, sous Henri II, avaient obtenu de n'être point soumis à la gabelle : c'étalient le Poitou, TÂunis, la Saintonge, TÂngoumoîs, le Limousin, la plus grande partie de TAuvergne, le Périgord, le Quercy, la Guyenne, et les pays de Foix, de Bigorre et de Gomminges. On ne réclamait à ces provinces qu'on droit modique, appelé convoi de traite de Charente^ etc., sur tous les produits des marais exploités pour leur ,consommation, et le prix du sel y variait de 6 à 12 livres le quintal ;

4* Par pays des salines on entendait les provftices qui étaient alimentées par les salines de la Lorraine, de la Franche-Comté, et des Trois-Évéchés. Cette division comprenait, outre ces trois pays, le Réthélois, le Baa:rois, et une partie de l'Alsace et du Clermpntois. Le prix moyen du quintal y était de 21 livres 10 sous ;

5» Les provinces franches étaient celles qui n'avaient jamais été soumises à l'impôt : la plupart devaient cet avantage au voisinage des marais salants ou à la difficulté d'y empêcher la contrebande. C'étaient F Artois, la Bretagne, la Flandre, le Hainaut, le Calaisis, le Boulonnais, les principautés d'Arles, de Sedan et de Raucourt, le Nébouzan, le Béarn, la basse Navarre, les pays de Soûle

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et de Labour, les îles dU)léron et de Rhé, et les parties de l'AuniÂ, de la Saintonge et du Poitou qui étaient attenantes aux marais salants. On plaçait encore dans la même catégorie, les villes et les petits territoires qui, dans les pays de gabelle, jouissaient de quelques exemptions particulières. Les provinces franches étaient traitées, en général, comme les pays rédimés. Le prix du quintal y variait de 40 sous à 8 ou 9 livres.

6" Le pays des quatre bouillons ne se composait que d'une partie de la Basse-Normandie qui tirait son approvisionnement des sauneries particulières qui fournissaient ce que nous avons appelé sel ignifère, ou de FAvranchin. Le quart du produit appartenait au roi, et c'est à cette circonstance que le pays soumis à ce régime devait son appellation particulière.

7« Enfin, on connaissait sous le nom de Francs saUs^ des distributions de sel tantôt gratuites, tantôt à un prix inférieur au tarif général, que le roi faisait faire à certains privilégiés.

Philippe de Valois, qui avait organisé la Gabelle, était, par dé^ision^ appelé roi de la loi ^a/îçue par son ennemi Edouard, roi d'Angleterre, et le peuple se plaisait, dans s^ vengeance, à répéter ce sobriquet injurieux.

La Gabelle fut supprimée par un décret de l'Assemblée constituante, en date du 10 mai 1790. Quant à l'impôt qui . pèse aujourd'hui sur le sel, il a été établi par une loi du 24 avril 1806, et réformé parcelle du 31 décembrre 1848. Ce droit est de 10 francs par 100 kilogrammes pour les sete de France et d'Algérie. Les sels étrangers sont sou- ' mis à un droit d'importation.

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sonner leurs discours de sel avec grâce^ éela 'signifie que leurs discours doivent être agréables, mais qu'il n'y doit rien entrer qui sente la corruption. C'est pourquoi, dans TEcriture, le sel est le symbole de la durée, et qii^oa y trouve fort souvent ces locutions : un pacte^ une alliance de sel^ qui voulaient dire un pacte, une alliance perpétuelfe.

Le sel désignait encore au figuré la reconnaissance. Les gouverneurs juifs, des lieux situés au delà de l'Euphrate écrivaient à Artaxerxès qu'ils se souvenaient du sel qu'ils avaient mangé dans son palais. — Autrefois ceux qui juraient fidélité au roi mangeaient du selea sa présence.

Il désignait aussi la stérilité, c'est pourquoi Ton semait du sel sur. les endroits qu'on voulait rendre^ stériles. C'est ce que fît Abimelech après avoir détruit la ville de SicheuL Cet exemple a été suivi par beaucoup de conquérants.

Les Égyptiens croyaient quç le sel était le crachat ou l'écume du géant Typhon, ennemi de leurs fausses divinités. C'est pourquoi ils l'avaient en horreur. Ils mettaient l'empreinte d'un âne lié sur les pains propitiatoires, symboles de la vie éternelle, lesquels étaient sans levain (germe de corruption) et sans sel marin (écume de Typhon), ni sel gemme (symbole des misères de cette terre). Ces pains étaient l'unique nourriture des initiés lorsque le soleil se trouvait dans la constellation du Bélier.

De tout temps le sel a eu une certaine importance dans les cultes : chez les Juifs, chez les Païens, on s'^n

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servait dans les sacrifices poiir purifier etcoûsaérerla victime. 11 ne s'en faisait également aucun sans que l'on offrit des gâteaux salés.

Le Christianisme en s'établissant sur les ruines du Paganisme, n'a pas fait difficulté de s'approprier certains rits, certaines pratiques delareligion vaincue.G'est aiasi qu'un grand nombre de temples païens se transformèrent en églises chrétiennes. De môme Veau lustrale e&t devenue * Veau bénite. Chez les Grecs l'eau lustrale était celle dont on se servait pour se purifier avant les sacrifices. Chez les Romains on en aspergeait l'enfant nouveau -né, quelques jours après sa naissance. On attribue au pape saint Alexandre, martyrisé sous Adrien, l'institution de l'eau bénite. C'est une eau à laquelle le prêtre mêle une certaine quantité de sel, et sur laquelle il fait des bénédictions particulières. Ces bénédictions consistent en prières auxquelles on joint le signe de la croix. L'Eglise, en adoptant ces signes matériels, y a joint une signification symbolique : ainsi Teau est un symbole de purification. Le sel bénit que l'on mêle avec l'eau est le signe de la sagesse chrétienne qui doit assaisonner nos actions, nos paroles et nos pensées, pour nous préserver de la corruption. Il ne se fait aucune bénédiction, aucune céré moaie religieuse sans aspersion d'eau bénite; on l'emploie dans les cérémonies funèbres, et, ici encore, noua retrouvons un usage antique, par lequel on déposait devant le corpsdes morts, un bassin rempli d'eau dans laquelle on avait trempé un tison enflammé. On y plongeait des roseaux pour faire des aspersions de cette eau.

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Le sel, comme on sait, est également employô^dus la cérémonie du baptême.,

C'est de cette coutume qu'est venue, ^it-on^ Textoeision de Bourguignon salé. On Tattribue, en effet, à ce que ce peuple fut le premier de tous les peuples de la Germanie qui embrassa le christianisme, d'où ses voisins, qui étaient restés païens, lui donnèreni par dérision cette qualification de salé, i cause du sel qu'on met dans la bouche de ceux qu'on baptise. /

On mettait aussi du sel auprès des Catéchumènes qui n'avaient pas encore été baptisés. C'était aussi au-, trefois la coutume de mettre du sel avec les enfants exposés; le concile d'York, tenu en Angleterre, en 1195, ordonne qu'on baptisera les enfants exposés, quoiqu'on trouve du sel avec eux, sans craindre de réitérer le baptême. On lit égaledaent dans Du Cange: « Les exposants mirent l'enfant sur un estai an devantde laKaiaon Dieu d'Amiens , et assez près du dit enfant» mirent du ad un signe qu'il n'avait pas été baptisé. »

Dans la cérémonie de la circoncision, les Turcs mettent d'abord dans la bouche de l'enfant quelques grains de sel en disant : Plaise à Dieu que son nom te soit Um^ jours aussisavoureusc^ que le selquej'at mis à ta bouche^ et q\f il t'empêche de goûter les choses de la terre.

Dans la conversation on se sert souvent du mot sel au figuré, et cet usage est également ancien. « On ne peut, dit Pline, vivre agréablement sans sel ; et c'est une substance tellement nécessaire, que le nom en est appliqué même aux plaisirs de l'esprit ; on les nomme, en effet, sales (sels). Tous les agréments de la vie, Tex-

trêmegatté, le délassement du travail, n'ont pas de mot qui les caractérise mieux.»

On dit^d'un ouvrage quHl n'a ^as un grain de sel^ pour dkô qu'il est fade, et qu'il n'y a rien<[ui pique. On dit qu'une épigramme a bien du sel^ quand elle a un grand sens, ou quelque équivoque agréable ; qu'elle est vive, fine et piquante.

Les anciens, comme nous venons de le dire, appelaient sel ce qu'il y a de plus vif, de plus piquant dans les ouvrages, ou un trait de raillerie ingénieux. Le sel attique était le plus estimé. On doit entendre par là la finesse, la délicatesse, et la manière élégante de penser et de s'exprimer des Athéniens. Un ouvrage était excellent, quand il était accompagné de ce sel précieux et qui était d'un goût exquis.

Molière s'exprime ainsi quelque part, en parlant d'un ouvrage : •

Il est de sel attique assaisonné partout.

Et vous le trouverez, je crois, d'assez bon goût.

Saint- Ëvremont a dit de son côté : Le sel de Juvéï^al est trop piquant ; le sel de Plante est rude et grossier ;* celui de Térence est plus délicat et mieux préparé. — C'est lui qui a dit également : La raillerie est un sel qui rend la conversation moins fade et lui donne un goût p}us piquant.

Tous nos poëtes ont employé le mot sel dans le même sens; '

Ainsi Lebrun :

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Qu'an monsieur Turcaret savaure en se pâmant De ses mots à gros sel, le stupide enjouement:

Et Grécourt : •

Sous un ombrage frais, on le voit avec grâce.

Rire atec ses amis, et mêler à propos

Un peu de sel attique avec quelques bons mots.

On pourrait les citer tous.

On dit souvent, eu parlant d^un diseur de bons mots*. c'est un grenier à sel.

Enfin nous trouvons encore le sel au figuré dans deux proverbes :

On dit de deux personnes de .différentes humeurs qui s'associent, qu'elles ne mangeront pas un minât de sel ensemble^ et au contraire, que pour bien connaître m homme il faut avoir mangé un minot de sel avec lui»

Arrêtons-nous, notre tâche doit se terminer ici. Poissions-nous avoir démontré assez clairement à nos lecteari, que le grain de sel, le mica salis des ancien8,apporte partout avec lui le bien être, la fortune et la gaieté.

FTN.

PREFACE

CHAPITRE PUEMIEK Distribution du sel à la surface du globe. — Sel gemme.

— *Sei marin. — Salure de la mer. — Lacs salés. — Sources et fontaines salées 7

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