CHAPITRE XXXIII
Bmploî du sel en agriculture. — Gbaulage des grains. — I^ourriture des bestiaux. — Art vétérinaire.
Jamais peut-être, question n'a été agitée avec plus de passion que celle de l'emploi du sel en agriculture ; et c'est depuis peu, que le cajme des esprits a laissé entrevoir autant d'eîagêration dans les partisans du sel que dans ses antagonistes.
La question du sel est complexe pour Tagriculture. Il s'agit de savoir quelle est son action sur là culture, «t quelle est son inHuence sur l'alimentation du bétail?
Ces deux questions sont solidaires pour nous; en effet, si le sel marin est un agent cultural, il ne peut être étranger à la question de la production du fumier, non plus qu'à Talimentation du bétail ; et, de même, s'il joue un rôle important dans cette alimentatioo, il n'est pas sans intérêt sous le rapport du fumier. 11 y a donc ici un cercle dont tous les points sont dépendants les uns des autres.
* Il ne faut pas oublier qu'en science, comme en indus- . trie, il n'y a point de principes absolus. laterrogeons
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donc les faits', saas nous préoccuper des opinions émises, d'idées préconçues, nous resterons dans le vrai, et nous ne craindrons pas de nous égarer.
li est incontestal^le que certaines plantes ne peuvent yivre sans sel marin : telles sont celles qui croissent dans la mer et sur ses bords.
Il est incontestable aussi que la plupart des* plantes terrestres, mises subitement en présence d'une grande quantité de sel périssent aussitôt. Ce fait était anciennement connu, et nous pouvons rappeler Texemple d'Abimelech semant du sel sur les ruines de Sichem pour les rendre stériles.
Mais si un excès est nuisible, en est-il de même d'une petite quantité, d'une proportion sagement calculée suivant la constitution de chaque espèce de plante et suivant la nature du sol ?
Il y a un grand nombre de faits qui démontrent les bons effets du sel sur les plantes terrestres, lorsqu'il n'existe dans le eoI qu*en proportion convenable. Tels sont surtout l'abondance et la qualité supérieure de l'herbe dans les prés du bord de la mer, et dans le^ prairies voisines des salines de la Meurthe, du Doubs et du Jiira ; la fertilité bien connue des Pblders hoUan- ' dais, celîe de quelques anciens marais salants \ la puissance comme engrais des plantes marines, des Xumiers qu'on arrose avec de l'eau de mer, ainsi que Cela se pratique depuis des siècles dans une grande partie de la Bretagne ; l'usage des composts de terre, de sel et de chaux, dans les comtés de Gbester et de Gornwall,en Angleterre ; l'emploi très-favorable comme engrais des tl.
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saumures provenant de la salaison des harengs ainsi que cel^ a lieu dans les environs de Dieppe, dé Saint- Yalery en Gaux, et des autres petits ports de la Normandie ; celui non moins avantageux des résidus des mines de sel en Allemagne et en Pologne ; Tusage immémorial en Provence de répandre du sel au pied des oliviers, et PefScacité de la même pratique pour tous les arbres fruitiers, etc. Ces faits, personne ne peu^ les mettre en doute, et rapporter à une cause, autre que la présence du sel, les résultats remarquables obtenue.
L'eau et le sel en petite proportion, voilà les éléments qu'il faut employer pour faire produire à la terre des fourrages de qualité supérieure. Encore faut-il tenir compte de certaines circonstances* Ainsi supposons une saison ou trop pluvieuse ou trop sèche ; ou bien encore un sol assez incliné pour se laisser facilement laver par les eaux. L'action du sel sera, étrangement modifiée. Dans un de ces deux cas, il sera entraîné loin des racines des plantes ; dans l'autre, il manquera de Fhumidité qui devait le porter dans la circulation , et attaquera les radicelles par une action trop directe et trop vive.* Le sel pouvait être utile, les circonstances ultérieures ont paralysé son action.
Il suit naturellement de là, que l'action du sel sur les plantes doit varier suivant l'époque à laquelle il est répandu sur le sol. Les expériences de M. Becquerel établissent, en outre, que le sel nuit généralement à IjSt germination, et que, suivant les proportions employées, il altère ou détruit les embryons ; tandis que, versé en solution sur les jeunes plantes sorties de la terre^ il ne
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froàitit que des effets araûtageux. 8i donc, par exemple, w, Teut empl07ef1e m\ comme engrais pour les céréales, ii se faut pas la répandre à l'époque des semaiUei; mais vers le mois de mârs^^iuand la terre est encore fortement tiumide et avant que la végétation ne se développe avec force. Quant aux prairies, tà. elles sont kiimidei, on 7 répandra le sel au moment où lA végétation se développe ; si, au contraire, elles sont sôche6, il faudra pour répandre l^ngrais salin attendre une saison pluvieuse. Ou comprend aussi qu6, si le terratu est imperméable, le sel doit finir par s'y accumula, «t iialurellement on doit en répandre moins fréquemm^t et avec beaucoup de ménagements.
De tout cela uous pouvons conclure que le sel éèt und ahne à double tranchant, un amendement qui, Mm que réclamé par la culture, peut soudain lui faire tellement défaut qu'on ne saurait le préconiser comiAe amendaient systématique. Il peut être un amendement -excellent dans un sol qui n'en contient que peu, et quand les circoastsmces ultérieures sont telles qu'eUes m contrarient pas son action.
Le salage, de même que le pl&trage, le çhaulage, le marnage, m'est qu'uu moyen^d'augment^ la production^ de doubler ou de tripler les récoltes, lorsque toutelMs -on a rempli les autres eonditiuns d'une ;bonne cultui^.
L'impôt auquel est soumis le sel marin ne permet .guôre de r^nployer comme engrais. Le dégrèvement obtenu en faveur de l'agriculture, apa:è8 dénaturation, 4mtfaine trop de travaux et de formalités gênantàs. Aussi les cultivateurs ouMlt dès longtemps dtorcM k
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6r procjarer eet engrais au prix de déchet d'usines ou de l:ai)hcatioo. Aux envirpus de Gherl>ourg, on emploie, sous le nom de sels noircis^ un résidu noir de ëoude lessivée qu'on applique sur les trèfles, les luzernes, les. orges, et sur les prairies naturelles humides pour y détruire les joncs.
A la suite de nombreuses pétitions, le gouyernement, a consenti à diminuer Timpôt de 50 pour cent, sur les sels neufis, et Ta diminué entièrement pour les ressels (ou vieilles saumures^ sels de coussin^ etc.)i mais à la condition que 60 pour cent de ceux-ci retour* neraient à la mer. Ces derniers sont aptes seulement à servir d^engrais ; les premiers sont, après dénaturation, livrés pour la consommation du bétail. Cette dénaturalion doit se faire d'après la formule suivante : 100 kilo- ^^rammes de sel, 40 kilog. de tourteaux pulvérisés, 20 iiçctolitres de son, et 400 kilog. de balles de blé. Les formalités pour la délivrance de ce sel, le transport des matières, la main-d'œuvre, le transport au retour d'une juatière ainsi mélangée, et devenue aussi peu nutritive pour le bétail, valent plus à coup sûr que le dégrèvejnent de 5 francs par 100 kilogrammes. ,
MM. Pourriau et Yelter ont proposé de dénaturer les sels avec le pyrolignite de fer et le sulfate de fer, ou avec le sulfate de fer et le rouge de Prusse. Il serait à désirer que ce mode de dénaturation, qui ne revient qu'à 52 centimes les 100 kilogrammes, fut adopté par le gouvernement. 11 e^i économique et prompt, rend près" que impossible toute revivification en grand, et sauviB- £arde ainsi les intérêts du Trésor.
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La meilleure maniôre d^administrer le sel comme engrais confiste à le faire dissoudre dans Te^u et à répaiïdre cette dissolution faible sous forme d^arrosage, ou bien encore, ce qui est plus économique, à le mêler au fumier ou à des composts calcaires.
Si la sel employé en grande quantité arrête les progrès dé la putréfaction des matières organiques, 11 la hâte, au contraire, lorsqu'il n'est qu'en très-petite proportion, c'est pour cela qu'il est avantageux de le mêler avec le fumier d'étable, les composts formés de terreau, de débris de végétaux, de mauvaises berbes, de racines amassées derrière les herses, de curares de fossés, etc.
Le chaulage des grains qui s'effectue avec 2 ou 3 kllogr, de.chanx par hectolitre de blé, est plus assuré si Ton y ajoute 500 grammes de sel, ou si Ton emploie 25 litres d'eau de mer pour mouiller le grain avant de le saupoudrer avec la chaux pulvérulente hydratée.
M. Barrai, dans sa Statique chimique des animaux^ a démontré, d'une manière irréfutable, que les liquides et les solides qui constituent le porps des animaux renferment presque tous du chlorure de sodium en proportions plus ou moins notables. D'un autre côté, nous avons montré, dans un chapitre précédent, le grand i6le que le sel marin, j^ouait dans la physiorogie animale. L'utilité du sel dans TaUmentation des animaux est donc incontestable, et un seul fait suffît pour prouver l'appétence naturelle des animau^x pour ce corps, ce sont ces nombreux sentiers nommés bu/falo, que les buffles, les bisons et les autres bêtes sauvages ont frayés, depuis des siècles dans les grandes plaines de l'Amérique^ pour
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ttàwftr )6 sel qui tentt satisfaire letr instiiiet, sentieis quioût ftitdéoaaTrir au Iiidi«ifetauc«é<»ii toutes 1» sources, fontaines ou lacs salés« àetuellemeat ooansB dAiis les deux Américpies.
Mais comment) et dans quelles proportions doit-on admimstrer le sel marin aux animaux^ U est toute la question, ici encore, il y a eu bien desofHnions contraôtes d'émises, et sans nous arrêter à leur discuiâon nons allons nous borner à examina, sans p^rti pni% leafàils connus.
La plupart des sols renferment une certaine proportion de sel marin que leur emprant^t te» Tégétaux, et, conséquemment les fourrages doivent en introduire daiui réconomie des quantités notaolés.* On peut dire que réconomie animale reçoit, le plus souvent, par sa ration journaliôre, la proportion de sel indispensable à sa santé, et qu'il est le plus souvent inutile de l'adjoindre artificiellement au régime. La meilleure pratique doit donc consister à laisser à l'instinct du bétail, le scmi de compléter la quantité de sel utile à sou hygiène. Pour cela il suffit de laisser à sa portée un bloc de sel gemme.
On sait cependant que le sel marin jeuît de pfopriétéB antiseptiques dont l'économie domestique et rurale font une utile application. Il empêche la ferm^tatiou des liquides et la putréfaction des tissus. On peut se demander à ce propos, si le même effet se produit surieg tisens vivants ? Gaspard^rapporte un fait qui semble r^ondre affirmativement à cette question : pludeurs trottpetiix de bœufis nourris avec beaucoup de sel en Hongrie, et
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amenés enÉuite en Hollande, y échappèrent, par une immunité collective, aux ravages d^une épnootie qu moissonnait les bœufs indigènes.
Le sd 8*oppo8e également à la germination des spores cryptogamîques, et, par son pouvoir hygrométrique, il fixe les corpusculesqui rendraient les foins poussiéreux. Employé en stratification ou en aspersion sur les fourrages trop aqueux, sur ceux envasés ou rentrés humides, sur les fourrages trop secs ou grossiers, il améliore leur valeur hygiénique et nutritive, les rend plus sapides et plus digestifs. Ces faits sont incontestables et conformes à toutes les propriétés reconnues du sel. Ce corps est, en outre, le meilleur antidote contre le principe vénéneux coiîtenu dans les pommes de terre et doit, par~ conséquent, leur être adjoint, surtout quand elles sont crues. V
L'emploi du chlorure de sodium est encore d'une bonne hygiène pour les animaux qui vivent dans des contrées insalubres, dans les endroits marécageux, les prairies basses, les vallées humides, etc. Dans ce cas le sel marin stimule Torganisme et les tissus, active la> circulation et les sécrétions. ^
On peut dire en règle générale, que les bestiaux bien soignés, bien nourris, à Tétable ou à Fherbage, n'eut aucunement besoin qu'on ajoute du sel à leur alimentation ; et qu'il faut en donner, au contraire, de temps à autre, aux animaux qui sont nourris avec trop de parcimonie ou qui ont une alimentation de médiocre qualité.
Le sel étant reconnu très-favorable au développe-
ment de la laine chez les animaux de la race ovine, il est nécessaire de laisser toujours un bloc de sel dans les étables de moutons.
Mais ' il ne faut jamais perdre de vue que le goût des animaux pour le sel gemme se développe surtout par babitude, et que en leur en donnant chaque jour, il i^rd de son efficacité.
Le sel doj^ être complètement retranché de la ration des animaux dans tous les cas de pléthore générale, de colig.e8tion d'an organe Important, et de phlegmasie aigtie.
11 purge les animaux domestiques aux doses suivantes : 250 à 375 grammes pour un cheval, 500 gr. pour un bœuf; 60 à 90 gr. pour un mouton ou un porc; 30 à 50 gr. pour un chien. Il devient presque toujours un poison quand on l'administre mal à propos od à dose trop forte. Les symptômes d'intoxication par le sel se manifestent par un froid glacial dans tout le corps, et par 4es crampes suivies de la paralyse des membres postérieurs. Ces symptômes sont suivis de la mort après un intervalle qui peut varier de 16 à 2i heures. Le sel est un poison pour les animaux aux doses suivantes: pour le cheval 1,000 à 1,500 grammes; pour le bœuf 1,500 à 2,500 gr.; pour le mouton 180 à 200 gr., et pour le porc 125 à 180 gr. Plouviez nous semblait donc être dans une grave erreur, lorsqu'il prétendait que le sel à dose suffisante pouvait remplacer avantageusement une partie de la ration pour la race chevaline.