CHAPITRE III
Salines de Wleliczka et de Bochnia. — L'escalier du Leszno. — Chapelles de Saint-Antoine et de Sainte-Cunégonde. — La Kloska. — La cascade. — La salle de bal. — Le lac Przykos.
Les mines de Wieliczka, dont la tradition attribue la découverte à sainte Gunégonde, épouse de Boleslas V, le Pudique^ occupent une surface de 3,000 mètres de longueur, sur une largeur de 1,300 mètres. Sous cette superficie il existe 62 amas ou lits de sel gemme. Mais toutes ces masses salines ne sont pas composées de la même variété minérale. A lapartie supérieure on trouve le Grûn-Salz ou sel vert ; il est mélangé de 5 à 6 pour cent d'argile qui lui ôte sa transparence. La partie moyenne est formée de sel dit Spiza^ cristallin et mélangé de sable. Enfin le sel Szybick, cristallieé, à grandes facettes, pur et transparent, se rencontre surtout dans les niveaux inférieurs.
Wieliczka, jadis amas de quelques misérables chaumières, est maintenant, grâce à ses salines, une des plus jolies villes de la Gallicie. Elle est située au pied des monts Karpathes, un peu au sud de Gracovie. G*est
Mines de Wicliozka. — La chapelle Saint-Antoine.
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du produit de ses richesses que se formait la meilleure partie . de la cassette des rois dé Pologne, et que les reines tiraient leurs revenus. La yille est non-seulement toute minée, mais les mines s'étendent encore considérablement de chaque côté. Aujourd'hui les salines appartiennent à l'Autriche. L'intérieur est une succession dévastes souterrains, unie ville immense ayant ses rue3« ses places publiques, ses cabanes pour les mineurs et leurs familles dont plusieurs centaines y sont nés et y finissent leurs jours. 11 y à deô chapelles pour le service du culte et plusieurs des galeries sont plus élevées et plus larges que des églises. Un grand nombre, de lui lotiièfes y ^ont toujours entretenues et leurs flammes^ réfléchies de toutes jiarts sur les murs de sel, les fon^ pàraltse tantôt clairs et étincelants, tantôt brillants des plus belles couleurs. Aussi, pas un voyageur passant dans le pays ne manque d'aller visiter ces merveilles.
Dans un des ptiits, appelé Lesano^ le roi Auguste 111 a fait construire un escalier magnifique i il est à vis, ses 476 gradins sont en bois, mais ses parois sont massives et bâties en briques et en pierres de taille. C'est par cet escalier que le visiteur descend après avoir revêtu le costume indispensable, c''e8t-à- dire la longue blouse ou chemise blanche destinée à préserver les vêtements de la poussière dé sel.
Au premier étage, &û est, tout d'abord, saisi par lé nombre et la grandeur des galeries, qui ressemblent plutôt à des corridors d'un palais souterrain qu'aux galeries d'une mine* On ne peut rien comparer à ces galeries vastes et larges, taillées dans le roc de sel qui
brille à la lamière des flambeaux, comme s'il était parsemé de diamants. Les nuances diverses que présentent 1^ se] ; les dessins variés des veines de plâtre qui les parcourent, vous arrêtent à chaque pas. A ce premier étage se trouve une chapelle dédiée à saint Antoine, avec son autel, ses colonnes, sa chaire, et jusqu'à deux enfants de chœur sculptés en sel cristallisé, rosé et transparent, dont la veine est maintenant épuisée. Il ne reste plus que quelques fragments de ce sel dont les ouvriers font, à leur profit, des bagues, des petits canons et autres menus objets. Cette chapelle a 10 mètres de haut. Une autre chapelle est dédiée à sainte Gunégonde ; à son entrée on remarque la statue du roi de Pologne Auguste Ili, de grandeur naturelle, et faite d'un seul bloc de sel. A quelque distance de la chapelle se trouve la salle du lustre, appelée Kloska par les mineurs. Rien de merveilleux comme cette salle entourée de piliers noirs couverts de petits points qui brillent comme des diamants à la lumière des torches et des lampes qui les éclairent. Des corridors sans fin y aboutissent et se perdent dans les ténèbres : à peine est*on dans la salle que l'entrée, par laquelle on a pénétré, disparaît entre les arcades ; jamais on ne pourrait se reconnaître dans ce labyrinthe sans avoir un guide connaissant parfaitement les localités. Du milieu de la voûte descend une immense girandole de sel cristallisé dont les branches se prolongent au loin dans tous les sens. Aux parois son t attachées de petites échelles les unes au dessus des autres, et sur lesquelles on voit monter les ouvriers avec une agilité et une rapidité inconcevables.
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On ne peut exprimer la seosation qu'on éprouve à voir ces hommes se suspendre sur Tabîme, et grimper sur les murs que la lumière de leui's lampes fait étinceler. La Toute est si élevée que, pour bien se rendre compte de la hauteur, il faut observer une cascade qui, après s'être brisée mille fois sur les rochers, retombe enfin en masse pour serpenter ensuite tranquillement. Un petit escalier avec une rampe légère suit en quelque sorte les sinuosités de l'eau. Il semble parfois que les personnes qui le montent se confondent avec la vapeur du torrent. C'est un spectacle àla fois ravissant et terrible ; cette palle, cette voûte, cette cascade, ces hommes qui disparaissent comme des vers luisants ; on ne sau* rait jamais décrire un ensemble si extraordinaire.
I^'ômettons pas ici le beau phénomène de vision offert à ceux qui, au fond des ouvertures intérieures de la mine, lèvent les yeux vers le firmament; quoique le soleil soit à Thorizon, ils voient briller les étoiles à toutes les heures du jour^ quand le ciel n'est pas coi^vert de nuages.
Entre la salle du lustre et la chapelle, on trouve en* core au même étage un obélisque de sel, élevé en mémoire d'une visite que l'Empereur d'Autriche fit aux salines en 1817. . ,
Vient ensuite la salle de bal ou Leutow ; c'est là que se donnent ordinairement les bals lorsque des visiteurs illustres viennent aux mines. C'est ainsi que Wieliczka a reçu la visite d'un grand nombre de souverains étrangers^ et qu'elle a vu tous ses rois. C'est dans cette salle, qu'en 1813, après la campagne de
Russie, lorsque l'armée polonaise commandée p(ar Poniatow3ki se retira sur Gracovie, et que le gouvernement ^y chercha un refuge, eût lieu une des plus belles fêtes quiaient jamais été données dans les salines. Ce fut, Ûôlas ! la dernière fête nationale. Wieliczka passa bientôt après sous la domination autrichienne et y est toujours demeurée depuis.
Quittons cette salle de bal où il y a trop de décors; où les lumières abondent. La nature est plus belle dans sa simple grandeur. Le vague d'une faible clarté, telle que la lueur des torches et des lampions des mineurs, suffisante pour laisser apercevoir les objets sans les éclairer, convient parfaitement au genre de beauté des mines.
Un peu plus loin se trouve une grotte dont le plafond se perd dans la nuit des souterrains, et dont le [fond est enseveli dans celle d'un ablmo qui s'ouvre à vos pieds. Lorsqu'en suivant la lampe du guide, le voyageur se hasarde à descendre dans cet abîme, un spectacle étrange s'offre à sa vue. 11 se trouve sur les bords d'un lac noir étendu devant lui. L'écho imposant qui, en répétant ses paroles d'uA ton grave et tremblant, éveille le silence d'une nuit éternelle ; le tonnerre qui semble gronder si le guide jette une pierredans le lacinfernal; les bords de ce lac noir revêtus de cristaux de sel qui les tapissent d'un btenc mât ; les tourbillons épais de la fumée rouge des flambeaux qui se multiplient dans le miroir des eaux souterraines, et donnent aux hommes revêtus de leurs longues blouses blanches une apparence cadavéreuse ; tout ici représente au voyageur l'image parfaite des apj^ches de Venter*
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HÏSTOÏRE i*m «RXm DE SEL , 43
Hinc via Tartarei que fert AcherorUis ad undas Perquedomos Ditis vactms et inania régna *.
Qtt^ moMes le Dante aurait pci prendre dans ces Mfftes ! Ce qu'il a tiré de son imagination existe là en réalités lanmis leâ Enfers ne pouvaient être mieux re^ présentée cpi^ par les abords du lac Przykos. Une bar^ que est sur ce kc ; on se surprend à cfaercber Tobole qu*il faut donner à Caron.
Ge lac et la cascade dont nous avons parlé pluiS haut, proviennent des infiltrations des eaux des niveaux supérieurs, cardans la mine eile-méme on n'a p^ encore rencontré d'eau. €'estgénéraleiBent par le lac que se tei^ ' mine la visite ; on peut cependant encore deffcendre ;îly a même une salle sous ce lac, mais le voyageur éprouve le frisson rien qu'à la pensée de cette masse d'eau suspendue sur sa tête dans ces profondeurs, et il préfère remonter. Il faut six heures pour visiter superficiellement cette mine. Un mois sufSrait à peine pour la visiter en détail. Il y a des écuries pour les cbevaux destinés aux manèges qui font le service des puits d'extraction ; des chambres pour le foin, la paille et les divers approvisionnements, etc.
On pourra se faire une idée de l'importance des mines
de Wieliczka quand on saura que, dans le courant d'un
siècle, on en a retiré plus de 600 millions de quintaux de
sel.
^ En 1644, le feu prit dans le magasin à fourrage^
* Là B'ouvre le chemin du Tartare qui conduic sur les bords de TAchéroD, à travers les espacées ^îdes et déserts où règne Platon.
44 liistoiRfe d'un grain de sel
hommes et chevaux périrent tous ; Tincendie dura une année entière pndant laquelle tous les travaux furent interrompus. Il faut ajouter qu'à cette époque toutes les galeries du premier étage étaient en charpente. Déjà en 1510, un autre incendie avait éclaté, et avait coûté la vie à la plupart des hommea alors à Touvrage. Cette fois l'incendie était dû à la malveillance. Il fut éteint grâce au dévouement de deux hommes, Koscielecki, mineur, et Bethmann, bourgeois de Cracovie, vieillard de soixante-dix ans.
A côté de Wieliczka se trouvent les salines de Bochnia, découvertes, dit-on, par un cordonnier qui creusait un puits dans sa propriété pour y trouver de l'eau. •La mine de Bochnia consiste eu unlong corridor souterrain qui a 250 mètres de largeur du nord au sud, et dont la longueur, de Test à l'ouest, est de 3 à 4,000 mitres. Le sel çst un peu plus fia que celui de Wieliczka, surtout quand on creuse en profondeur.