‹ Histoire d'un grain de selChapitre 5 sur 36 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mines de Hallein. — Le rutscli. — La descente. — Le lac. — La • sortie.

U est peu de contrées ea Europe qui possèdent des richesses minérales aussi abondantes et aussi variées que le district de Salzbourg, dans la haute Autriche. Cependant on doit considérer les mines de sel de ômunden, ù'Ischl^ de Hallstadt et de Hallein^ comme une des principales sources de prospérité du pays. Rien de plus étonnant que l'intérieur de ces immenses cavités ; rien de plus curieux que les procédés qu'on emploie pour extraire le sel qu'elles renferment.

Les mines de Hallein se trouvent près de la pittoresque ville de Gastein^ 8i*renommée par ses bains, ses belles cascades et ses mines d'or.

La route de Salzbourg à Hallein est charmante. Ce ne sont que collines l^s unes sur les autres, petites chapelles, jqlis villages arrosés par les eaux claires et limpides de la Salzer, ruines pittoresques de vieux manoirs, et accortes paysannes au costume tyrolien.

Les salines sont dans la montagne à une liene aa dessous delà ville. Avant d'y pénétrer on revôt par dessus ses vêtements le costume officiel, qui consiste eu un énorme pantalon et une veste de grosse toile l)lanche; puis on ajoute autour du corps une ceinture de ^ cu^r épais, considérablement large .k l'endroit où Ton s'assied ; de la main gauehe on tient un flambeau tandis que la main droite est égalemeat revêtue d'un gant de cuir.

On ouvre une porte, c'eçt l'entrée du soutwrQân» w mineur passe le premier,, puis viennent les étrangers, puis un mineur encore, pour fermer la mgirche. On parcourt d'abord une galerie haute de six pieds, ou les parois de rocs humides laissent voir, de temps à autres, de larges veines dé sel blanc et rôuge. Dân^e lointain on entend le murmure de l'eau et Ton cherche vainement à distinguer si c'est quelque ruisseau au dessus de la tête, ou un écoulement souterrain. Le premier guide s'arrête, ouvre une espèce de trappe, et découvre aux regards un goufFIre dont il ne sert à rien de vouloir percer la profondeur, et qui semble descendre, noir, étroit et rapide, dans les entrailles de la terre. Une forte corde y est suspendue le long d'une poutre glissante, inclinée à 45», c'est le rutsch ou glissoire établi au dessus des différentes chambres à sel qui se trouvent dans la mine. Il y a bien dans chaque chambre, un petit escalier taillé dans le roc ; mais il est si humide et si glissant, qu'il ne peut servir qu'aux pieds exercés des mineurs.

Cette poutre, large à peu près d'un pied, n'est desti*

HISTOIRE D'UN OBAm ftÇ SE^«

née à rien autre qu'à faciliter la -descente (Jans celte espèce d^abtme. G^est sur elle que le gui4e vous invita gracieusement— si un guide allemand pçut être gracieux — à vous asseoir ou plutôt à vous coucher, p\iia vous

Mines de Hallein. — Le I^utsch. l

montre la manière dont il faut enlacer la corde de la jambe droite et de la main gantée, pour maîtriser la descente ; il vous place sur les bords de la glissoire, et vous pousse au fond de l'antre en vous souhaitant un

bon voyage. Tenant d'une main la corde protectrice et de l'autre le flambeau, et recommandant son âme à Dieu» on descend, avec une rapidité vertigineuse, cette montagne russe d'un nouveau genre:

On se sent d'aise en touchant la terre ferme. Après avoir marché dix minutes en ligne droite, ou tourne et on enfile une nouvelle galerie au bout de laquelle on voit luire une, deux, puis vingt, puis cent lumières. On s'approche rapidement et on se trouve au bord d'un petit lac dont les rives sont garnies d'une guirlande de flambeaux qui brillent sans éclairer. Une barque attend tout équipée le voyageur qui est annoncé. On s'assied, le plafond du roc étant trop bas pour qu'on puisse se tenir debout. La barque s'éloigne du rivage, comme poupée par une main surnaturelle, car pas un bruit de rames ne se fait entendre, pas un soufile de vie ne trouble les ondes silencieuses de ce lac noir comme le Chaos. Dans cette nuit épaisse les flambeaux ne font ressortir que ,les vêtements blancs des visiteurs et leurs physionomies rêveuses. On sent que chacun, aux prises avec unepen-^ sée grave, reçoit une étrange impression de cette scène mystérieuse ; puis, tout à coup, les guides entonnent un de ces mélancoliques chants de mineur qui font rêver toujours et pleurer quelquefois. Ces chants, plus beaux dans ces lieux que le silence même, forment le complément de ce romanesque tableau. L'on dirait un songe, et certes ! il n'est pas besoin de beaucoup d'imagination pour se croire dans un monde nouveau. Mais le bateau touche brusquement au rivage ; on est de nouveau sur la terre ferme.

HlSTOIflE d'un grain liE SEL

Oq récommence de plus belle à marcher dans d'interminables galeries, au bout desquelles on trouve encore un rutsch. Après l'avoir franchi, on tombe dans un carrefour où Ton vous fait voir plusieurs monuments de marbre, dont les inscriptions constatent que l'Empereur et l'Impératrice d'Autriche, accompagnés de l'aiche* Yôque de Salzbourg, sont passés par là.

Dans ces mines, ce qui surprend le plus, c'est de ne pas voir démineurs. Le guide vous dit mystérieusement d'attendre, et on attend, lorsqu'on arrive à un troisième et dernier rutsch qui renchérit de rapidité sur les précédents. Une fois au fond, une chose inquiète, c'est de savoir comment on parviendra jamais à remonter du côté de la lumière. Mais un bruit de roues dans le lointain vient distraire. Pour cette fois, se dit-on, voici bien les mineurs... Pas encore : ce n'est qu'un grand wagon dans lequel on se place. La machine s'ébranle sur un plan un peu incliné, et marche avec une vitesse telle, que lorsqu'on franchit l'un des carrefours que l'on rencontre à tous les deux ou trois cents mètres, on ne fait que l'entrevoir comme un éclair, et on s-enfonce de nouveau dans le gouffre. Ënfln paraît dans Téloignement une faible lumière que les guides font remarquer, puis, peu à peu, de vagues et indéfinissables teintes bleuâtres se répandent contre les parois. On pense que la galerie où travaillent les ouvriers est, pour une raison ou pour une autre, éclairée de manière à produire cet effet, et on se réjouit à la pensée du spectacle qui vous attend. La teinte lumineuse augmente, augmente toujours jusqu'à ce que tout à coup elle devienne

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êblouisgante, et qu'on se trouve la^cé dans un monde inconnu où i|n torrent de> lumière d^un éclat insoutenable TOUS inonde C'est le soleil! on croit rôver!

Longtemps Ton doute, Tesprit ne peut saisir le mot de rônigme, le sens de ce miracle, IL faut se rappeler qu*on a beaucoup monté pour arriver aux salines, qu'on est. entré dans la montagne à son sommet et qu'on en sort par la base. Quant aut mineurs; ils travaillent dans des galeries remplies d'eau qui ne sont jamais visitées par les étrangers, à cause du danger que l'on peut courir, et aussi, il faut bien le dire, à cause du déplaisir que ces visites curieuses donnent en général aux mineurs.

Jies guides ont bien soin de ne pas vous préparer % cette magniQque sortie. Il faut leur eu savoir gré, car rimpression que Ton reçoit à la vue de la nature rayon* nante, alors qu'on se croit encore plongé pour longtemps dans les entrailles de la terre, est encore plus agréabte et plus inattendue que toutes celles causéesîpar cette excursion.

Le produit annuel des dépôts de sel de TAutriche est considérable. Le prix de revient moyen est de 12 francs la tonne. Les mines de Wieliczka fournissent à elle^ seules 67,000 tonnes, dont 39,000 sont destinées par contrat à la Russie. La mine de Maros-Ujvar, que Ton a défendue contre les inondations du fleuve par des constructions en béton, produit annuellement 40,000 tonnes au moyen de 500 ouvertures.

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