Voir le plan d'ensemble, fig
3. Equivalant à environ quarante mille livres de notre monnaie actuelle.
mencer les travaux de la cathédrale, s^engageant à fournir chaque année une somme de deux cents livres ^
Ces ressources étant loin de suffire pour permettre de pousser les travaux activement, ainsi que chacun le désirait, il fut décidé en conseil que Ton ferait appel à la générosité du roi, que les bourgeois établiraient une taxe sur le beurre et les volailles vendues au marché, laquelle pourrait produire environ cent livres annuellement, et qu'enfin on solliciterait des dons des habitants riches et des prestations des gens peu aisés.
Le roi, en effet, fit remettre deux cent cinquante livres à révêque, et bientôt les dons atteignirent le chiffre de près de mille livres. On pouvait donc commencer les travaux de la cathédrale avec une encaisse de mille sept cent cinquante livres^. Mais il faut ajouter à cette somme les prestations pour charrois de matériaux, fouilles et terrassements, qui équivalaient à une somme assez élevée.
La démolition de la partie orientale de l'ancienne cathédrale fut donc commencée sans délai, et les fouilles faites. On conserva les anciennes fondations romaines, car elles étaient très-bonnes, et contre celles-ci vinrent s'appuyer les nouvelles.
. La première pierre du nouveau chevet fut posée le 1 5 octobre 1 1 5o. On n'avait pas perdu de temps.
Tous les habitants de Clusy et même ceux des villages suburbains qui faisaient partie de la commune, apportaient une singulière ardeur à cette entreprise qu'ils considéraient comme devant à tout jamais assurer leurs franchises.
On voyait de pauvres cultivateurs qui donnaient, par
î. Seize mille francs de notre monnaie. 2. Environ cent quarante mille francs.
semaine, une journée de travail pour contribuer aux terrassements, ou bien qui, à dos d\lne, apportaient du sable
et de la chaux.
Des femmes même travaillaient aux dcblais. Cétait
une fièvre.
11 avait fallu obtenir du roi la permission d'empiéter quelque peu sur la muraille de la ville à Test pour établir la petite chapelle du chevet. L'autorisation avait été accordée à la condition de faire passer le chemin de ronde librement à Textérieur ou de créneler le couronnement de la
chapelle.
Quant aux conventions scellées entre Tévêque et la cité, en voici les principales. La cathédrale nouvelle conservait le droit d'asile que possédait Tancienne. Elle devait être ouverte du lever du soleil à la nuit, et les bourgeois pouvaient se rassembler dans la nef, en avant du chœur, à toute heure du jour, pour traiter de leurs affaires, le chœur seul étant réservé au culte pendant les jours de la semaine non fériés. L'édifice entier serait livré aux gens de la ville le jour de Noël, le lundi de Pâques et le lendemain de la Pentecôte pour y tenir des assemblées populaires, telles que fête des Fous, procession de TAne, mystères et jeux, auxquelles réjouissances participeraient les chanoines et Tévêque, quand bon leur semblerait. Les causes majeures, ressortissant à la juridiction épiscopale, seraient appelées dans la cathédrale, devant le siège épiscopal, les bourgeois assistant aux plaids dans le collatéral du chevet.
Plus les travaux avançaient, plus les dons affluaient-, après cinq années de travail, la partie orientale du chœur était élevée jusqu'à la hauteur des grandes voûtes. L'évêque Baudoin, qui était âgé et voulait, avant de mourir,
voir au moins cette partie de Te Jifice achevée, donna encore une grosse somme pour activer les travaux, bien qu'il eut dépensé déjà beaucoup dans Tévêché, et en ii58, le jour de PAscension, Tarchevêque de Reims, assisté de sept évêques, put faire la consécration du chevet, entièrement achevé. Nous en donnons, fig. 19, la vue intérieure, et fig. 20, la vue extérieure.
Pour maintenir la poussée de la première voûte croisée, il avait fallu établir des éperons provisoires à Textrémité de la nef carlovingienne, en attendant qu'on pût démolir celle-ci pour continuer les travaux.
Peu après cette consécration, en février 1169, Tévêque Baudoin mourut. Ce fut une véritable désolation dans la ville de Clus3^ Son corps fut placé en avant de la chaire épiscopale, sous une table de bronze où il était représenté en ronde bosse, couvert de ses vêtements épiscopaux, et pendant longtemps, les habitants du diocèse vinrent prier devant cette tombe et implorer le défunt prélat, comme un saint.
L'évêque Gilbert, qui succéda à Baudoin, aurait eu grand'peine à faire oublier son prédécesseur, en admettant qu'il en eût eu la pensée. C'était un homme déjà vieux, d'un tempérament flegmatique, qui songea tout d'abord à mettre de Tordre dans le trésor épiscopal, singulièrement obéré par les dépenses de Baudoin. Les travaux d^ la cathédrale s'en ressentirent et ne furent poursuivis qu'avec lenteur. Après que le culte eut été transféré dans le nouveau chœur, l'ancienne nef carlovingienne fut abandonnée aux ouvriers, et on commença les deux travées à la suite de celles qui étaient achevées, afin de compléter le chœur définitif. Quant aux travaux de la salle capitulaire et de l'officialité, ils furent entièrement suspendus.
VUE INTÉRIEURE DU CHŒUR DE LA CATHEDRALE DE CLUSY DU Xll« SIÈCLE.