‹ Histoire d'un hôtel de ville et d'une cathédrale;Chapitre 3 sur 43 · LA CATHEDRALE · texte numérisé non relu

LA CATHEDRALE

Bientôt après hs événements que nous venons de raconter, les Francs, Ghlodowig à leur tête, se convertirent à la foi chrétienne, et on sait que les évêques de la Gaule furent les actifs ouvriers de cette évolution. Leur influence, par suite, ne fit que s'accroître sur ks populations.

Les municipes romains conservaient leurs attributions, mais, de fait, les charges descuriales avaient perdu de leur importance. L'évêque représentait le pouvoir; il était Tintermédiaire entre lautorité souveraine, mal définie d'ailleurs, et SCS administrés. C'était à lui qu'il fallait recourir pour tout ce qui touchait aux intérêts de la cité. C'était lui qui jugeait les différends entre les habitants ou qui obtenait justice à la cour des Francs. Pour tout ce qui avait trait aux intérêts mêmes du clergé, l'évêque recourait aux synodes.

L'invasion, suivie de la domination définitive des barbares sur le sol des Gaules, avait eu pour conséquence de rapprocher le haut clergé du peuple. Une sorte de lien intime

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s'était établi entre révéquj et les lidcles, en présence du péril commun. Mais, quand les vainqueurs se furent convertis, cet état de choses prit un autre caractère. Les débris des institutions administratives romaines s'efTacèrent, les populations, habituées à ne plus compter que sur Tintervention de Tévéque, se désintéressèrent des questions communales. Les curiales se crurent heureux de se débarrasser des lourdes charges que la législation romaine leur imposait, et la masse du peuple des cités tomba di plus en plus bas. Qu'ils le voulussent ou ne le voulussent pas, les évêques ne trouvèrent bientôt plus, au sein de ces populations, les forces actives sur lesquelles le pouvoir pouvait s''appu3'er', et la distance qui les séparait des misses ne fit que s'accuser chaque jour davantage.

L'autorité épiscopale qui, au moment de l'invasion, relevait encore de l'élection populaire, et qui, par cela même, pensait ne devoir s'exercer qu'avec le concours des notables clarissimes et curiales^ perdant ce soutien, chercha son point d'appui auprès du pouvoir fantasque des rois barbares nouvellement con\'ertis. Il leur fallut briguer les faveurs de ces chefi mérovingiens, et les intrigues, les complaisances, l'habileté durent, en bien des occasions, remplacer les vertus pastorales et viriles qui étaient le partage de répiscopat des Gaules pendant le cinquième siècle

Si les populations ne s'en trouvèrent pas mieux, les églises, leurs privilèges, leur richesse s'étendirent, et, à l'époque des derniers rois mérovingiens, cet épîscopat, qui s'était placé entre les envahisseurs et les vaincus pour rendre le sort de ceux-ci moins dur, donnait trop souvent l'exemple de la dissolution.

Alors l'édifice municipal, la curie, n'avait plus sa raison d'être; toute affaire était traitée sous la direction supérieure

3o HISTOIRE d'un hôtel de ville

de révêque; de rautonomic municipale, il ne restait que des débris sans consistance.

Cependant, un pouvoir nouveau s'élevait en face de 1 episcopat. Des établissements religieux, qui cherchaient à s'affranchir de Tautorité diocésaine, se fondaient rapidement sur tout le territoire des Gaules. Pourvus de privilèges considérables, enrichis par des donations répétées, — car, à la fin d'une existence désordonnée et trop souvent souillée de crimes, les grands, parmi les Francs, léguaient partie de leurs biens aux monastères, croyant ainsi racheter leur ame, — ces établissements religieux acquirent à leur tour sur les populations une influence considérable. Ils jouissaient du droit d'asile, ils offraient un refuge relativement respecté, leurs terres étaient moins soumises aux dévastations, ils possédaient des écoles, se livraient à certaines industries et n'étaient tenus à aucune charge envers l'État, — si toutefois on peut donner le nom d'État au règne de '.'arbitraire, du caprice et de la force brutale.

L'épiscopat, au huitième siècle, était donc menacé dans son existence", menacé par l'influence croissante des monastères, menacé par les abus qui s'étaient introduits dans son sein, à la suite d'un pouvoir presque illimité. Le règne de Charlemagne, en réglant les attributions du pouvoir, en essayant une renaissance de l'organisation romaine, releva l'institution, car la durée n'est assurée qu'à ce qui vit sous l'empire de la loi.

Mais il ne faudrait pas croire cependant qu'à l'état d'anarchie précédent, succéda tout à coup et par le fait de la volonté d'un homme, fiit-il un puissant génie, une organisation réglée, stable. Non. Le travail de réédification du grand empereur d'Occident trouvait dans les mœurs, dans de longues habitudes prises, des obstacles

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sans nombre ; ses efforts échouaient souvent malgré sa persistance.

Il établit d'abord des agents de gouvernement résidents ; ducs, comtes, \-icaires des comtes, scabini^ ces derniers remplissant les fonctions municipales; puis, au-dessus de ces délégués du pouvoir central, des missi-dominici ^co. que nous appellerions aujourd'hui des inspecteurs généraux, chargés de visiter les provinces et de lui rendre compte de la gestion des agvints résidents.

L'empereur convoquait en outre des assemblées générales consultatives, mais -qui ne décidaient rien d'ellesmêmes, pour traiter des grands intérêts de l'empire.

Tous ces fonctionnaires étaient nommés par l'empereur, et le mode d'élection par le peuple n'était plus admis quand il s'agissait de pourvoir à la vacance d'un siège épiscopal. Les évêques étaient désignés par leurs pairs et nommés par l'empereur. D'ailleurs, les assemblées générales se composaient en grande partie de prélats, et les missi-domiuici n'étaient autres que des comtes, des évêques et des abbés appelés à la cour de Charlemagne à cause de leur savoir ou de leur activité dans l'étude des affaires.

Du cinquième au huitième siècle, les arts n'avaient pu que décliner*, les dernières traditions romaines s'étaient effacées \ les édifices que l'on éleva pendant cette période accusaient de plus en plus l'oubli des règles les plus élémentaires de l'art de l'architecture. On se contentait de maintenir tant bien que mal les monuments de la décadence de l'empire. Mais Charlemagne apporta ses soins à la réédification des anciennes églises, et sous son règne, les édifices

I . Eschevins, chargés de la gestion des affaires de la commune Ils remplaçaient les curiales.

épiscopaux furent presque partout rebâtis, agrandis ou restaurés.

La basilique de Saint- Etienne était devenue la cathédrale de Clusiacum, car ré\ êque y avait sa cathedra, son siège épiscopal. Mais le vieil édifice était fort délabré, ne répondait plus aux besoins des habitants et à Timportance des solennités qu'il devait abriter.

En effet, par suite de Fextension de Tautorité épiscopale, non-seulement la cathidrale servait au culte religieux, mais c'était sous son toit que se tenaient les assemblées pendant lesquelles, sous la présidence de Tév^êque, on discutait des intérêts de la cité. Elle servait de tribunal lorsque le prélat avait à juger des causes importantes.

En 796, Eustoche venait d'être nommé évêque de Clusiacum : c'était un prêtre instruit, natif de Lyon. — Car Charlemagne cherchait sans cesse à s'entourer de tous les hommes, de quelque contrée qu'ils fussent, qui s'étaient fait connaître par leurs lumières. — Il avait gouverné avec sagesse un monastère d'Auvergne, avait su y fonder des écoles renommées. Chargé par l'empereur de missions difficiles dont il s'était tiré à son honneur, le siège de Clusiacum lui échut.

Un de ses premiers soins se porta sur l'agrandissement de la basilique de Saint- Etienne, et, peu après son installation, il adressa une longue lettre à Charlemagne, de laquelle nous extrayons les passages suivants (car les évêques et les comtes, indépendamment des visites des missi-dominici^ se croyaient tenus d'adresser à l'empereur des missives, sous forme de rapports, sur leur gestion) :

Lorsque feus, suivant votre ordre^ pris possession de cette église, fagis de tout mon pouvoir, selon les forces

Tic,.?.

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