LETTRES MINUSCULES
plus facilement la position qu'elles doivent avoir quand on les assemble à la suite les unes des autres pour former des lignes. Certaines lettres même ont plusieurs crans, qui servent à les distinguer plus aisément entre elles.
On nomme caractère, en terme d'imprimerie, non pas chaque lettre, chaque signe pris à part, mais toute la série des lettres de l'alphabet avec les signes de ponctuation, les chiffres, etc., etc., concordant par leurs dimensions et leur forme, et destinées à s'unir ensemble. Ainsi un gros caractère, c'est un ensemble de lettres de grande dimension; un caractère fin, c'est une série semblable de types plus petits.
La forme des lettres, elle aussi, varie. Il y a d'abord le caractère ordinaire du livre, qu'on appelle caractère romain : c'est celui qui sert le plus, et pourquoi? parce que c'est le plus facile à lire. Le caractère un peu couché qu'on appelle italique, parce qu'il fut inventé par des imprimeurs italiens, sert à distinguer les mots, les phrases que l'on veut particulièrement faire remarquer. Je vous citerai encore le carac-
12i HISTOIRE D'UN LIVRE.
tère dit gothique, et qui imite une certaine forme d'écriture manuscrite en usage au moyen Tige; en voici un spécimen :
£a société entre les Ijommee ne peut subôtôter que par l'amour qui nous fuit mure et tnunuller les une pour leô autres.
Caractère gothique (île 10 points).
Les livres allemands, encore aujourd'hui, sont presque tous imprimés en une sorte de caractère gothique à peu près semblable de forme à celle-ci, et qui est beaucoup moins facile à lire que nos caractères romains. En voici un exemple ; ces lignes sont en langue allemande , nécessairement ; ce sont des vers, des vers charmants du grand poète allemand Sch ttler, auquel nos pères, pleins d'admiration pour son talent et surtout pour ses nobles pensées, accordèrent comme la plus belle récompense le titre de citoyen français :
3Çï a»atten, Icfct too$I,
S^r fonniçjc SBctbcn !
S£)er (Senne mug feneiben
SDev (Sommer iu (un.
ÎQtr fafyven ju 93erg, toit fommen uneber, SBcnn ber 5îufuf vuft, toctin crtoadjcn bie £iebcr, SGBeun mit SBuxmen bie (Srbe fid) fteibet non, 2Benn bie 33rituufein fUefen im lteWu-r.cn 9Rai
Caractère allemand (de 0 points).
€ Alpes, adieu! adieu, pâturages ensoleillés; il faut vous quitter, l'été est fini. Nous gravirons la montagne, nous reviendrons quand le coucou jettera son appel, quand les chansons éclateront de toute part, quand la terre revêtira sa parure de fleurs, quand les ruisselets couleront au gracieux mois de mai.
C'est la chanson du berger des Alpes, qui dit adieu à ses montagnes, en les quittant à L'automne.
Enfin on a imaginé une ibule de caractères de fantaisie, les uns allongés, les autres courts et larges, gras ou maigres, souvent ornés de traits et de fleurons : on les emploie rarement dans les livres. Je vous citerai seulement certaines lettres capitales très simples de forme, sans aucun délié, appelées antiques, parce qu'elles reproduisent en effet la figure des majuscules tracées sur les anciens monuments romains; l'alphabet romain de la première partie vous donne un exemple de cette sorte de capitales, (page 65)
On apprécie la grosseur d'un caractère en mesurant, sur une des lettres de plomb, la dimension que nous avons appelée la force de corps de la lettre. — Mais dans l'art de la typographie on ne compte point par centimètres et millimètres; la raison en est que l'imprimerie était organisée bien longtemps avant que le système métrique fût inventé; or il eût été extrêmement difficile et embarrassant de changer toutes les dimensions anciennes des caractères.
On se sert donc d'une unité de mesure spéciale, exceptionnelle, qu'on appelle le point typographique : en imprimerie, tout se mesure par points. Un point vaut un peu moins de 4 dixièmes de millimètre (0mm,38). On fait des caractères de toutes les dimensions : il y en a d'énormes, de monstrueux pour certaines affiches... mais ceux-là, cela va sans dire, ne servent pas dans les livres! On a gravé, par contre, des caractères microscopiques, si fins, que l'œil avait beaucoup do peine à les distinguer : on a imprimé ainsi des livres... dont personne n'eût pu lire deux pages de suite! de coûteux et inutiles chefs-d'œuvre. Les caractères employés dans les livres varient depuis S points (environ 1 millimètre) jusqu'à une trentaine de points (environ un centimètre). Et, bien entendu, les plus petits sont habituellement employés dans les petits livres, les plus grands dans les énormes in-folio. — Voulez-vous vous rendre compte de ces différences? Voyez la petite page de texte imprimée ci-après, et composée en ca-
ractères de quatre points, le plus petit dont on se serve couramment dans les livres; puis voyez, en regard, cette autre page qui est en caractère de vingt-deux points, le plus gros qu'on y emploie ordinairement : comparez! Pour l'économie de la place, du papier, pensez-vous, cela fait une différence! — Oui; et pour la facilité de la lecture aussi. Mais un caractère de force moyenne est ce qu'il y a de plus commode : tel