LE BUIUN DANS LA MAIN DU GRAVEUR
supérieure, qui a la forme d'un rectangle, est parfaitement dressée au rabot, finement polie; puis en l'a blanchie en y étendant une couche très mince de couleur blanche (blanc de céruse). Sur cette surface, comme sur une belle feuille de papier, avec un crayon de mine de plomb taillé en pointe très fine, l'artiste aestjuissé d'abord les traits déliés des contours, puis tracé les hachures qui marquent les ombres. — Pari en certaines parties, il étend aussi, à L'aide d'un pinceau, une teinte grise ou de petites touches de blanc. Le dessin achevé, le bois est porté chez le graveur : un artiste encore, el dont l'œil doit être bien vif, la main bien adroite... Le graveur prend son burin, petit outil d'acier tranchant, terminé eu
pointe très fine et très aiguë. Avec cet instrument, il creuse de petits sillons dans le bois. Il enlève ainsi le bois à tous les endroits que le dessinateur a laissés blancs : il laisse au contraire en relief, en saillie, il épargne, comme on dit, tous les traits noirs, si fins, du crayon. Œuvre difficile, délicate! travail de patience! L'habileté du graveur consiste à suivre avec intelligence les coups de crayon du dessinateur. — Cette façon de graver en enlevant les blancs, en laissant en saillie les noirs, c'est ce qu'on appelle la gravure en relief ou en taille d'épargne. Le bois est gravé. Passons dessus un rouleau encré : il est évident que l'encre s'attachera seulement aux parties touchées par le rouleau, c'est-à-dire aux traits laissés en relief, et qui correspondent aux traits noirs. Gela fait, si nous pressons fortement et bien également, sur le bois touché au rouleau noir, une feuille de papier, les traits noirs laissés en saillie marqueront; les endroits creusés laisseront le papier blanc. Nous aurons ainsi, imprimée sur le papier, une vignette absolument semblable à celle que le dessinateur avait dessinée sur le bois : avec cette différence toutefois que le dessin sera retourné, lui aussi, comme l'eût été une ligne composée, la droite à la gauche, la gauche à la droite. — Vous voyez qu'un bois gravé en relief s'imprime absolument comme les lettres ; il peut être tiré sous la presse en même temps que le texte de la page. — Le bois gravé est donc envoyé à l'imprimerie; le metteur enpages, lorsqu'il forme son paquet de page, introduit entre les lignes composées, à l'endroit que l'auteur a désigné, ce petit bloc de bois, en ayant soin que sa surface soit bien à la hauteur du relief des lettres. Si le bloc de bois n'esi pas assez épais pour cela, il collera dessous une feuille de papier ou de carton, qu'il appellera une hausse, afin de hausser les traits gravés au niveau des lettres. La page contenant le bloc de bois sera imposée avec les autres, mise sous la presse, encrée et tirée en même temps que les autres, et le dessin apparaîtra imprimé à sa place entre les lignes.
Mais cette façon d'agir offre un inconvénient très grave. Le bois, même le bois le plus dur, n'est pas une matière très résistante. La pression un peu forte, nécessaire pour bien imprimer, peu à peu écrase les traits si délicats, les fins reliefs de la gravure; en sorte qu'après un certain nombre d'exemplaires tirés, dix mille, par exemple, la gravure est usée, elle ne peut plus servir. Et certes c'est bien dommage! une chose qui a coûté tant de talent, de soin, si délicatement travaillée! Un bois gravé finement et artistiquement est chose précieuse et qui coûte cher. Pour éviter ce dommage, on a imaginé, il y a une quinzaine d'années, d'imprimer, de mettre sous la presse non pas le bois lui-même, mais un cliché, c'est-à-dire une copie en métal, absolument semblable au bois gravé, faite au moyen de ce bois. Ce cliché en métal est beaucoup plus résistant que le bois, il s'use bien plus lentement; on peut tirer plus décent mille exemplaires avant qu'il soit hors de service; de plus, s'il est usé ou brisé, le bois qui a servi à faire le premier peut servir encore à en faire un second, un troisième — enfin autant qu'on en voudra.
Mais comment peut-on faire ce cliché, cette copie de métal?— On pourrait prendre l'empreinte, le moule du bois avec du plâtre, et y couler du métal de caractères, ainsi que nous l'avons vu pratiquer pour faire des clichés de pages composées. On a fait autrefois usage de ce moyen; on remploie encore quelquefois aujourd'hui. Mais les clichés ainsi produits sont rarement irréprochables : les traits si fins des dessins ne se reproduisent pas assez nettemenl sur le cliché. On a imaginé enfin, il y a une quinzaine d'années, un procédé plus perfectionné, qui donne des clichés de cuivre, beaucoup plus résistants que ceux de plomb, et d'une lin merveilleuse.
Voici notre bois gravé, avec ses creux et ses reliefs. Si non* Le pressons fortement contre une plaque de cire, amollie par une douce chaleur, ces creux, «'es reliefs vont
faire leur empreinte dans la cire. En retirant le bois, nous verrons, forme dans la cire, le moule de la gravure. Imaginez maintenant que nous coulions du métal dans le moule que nous venons de faire... — Ah! mais la cire va fondre, tout sera détruit! vous écriez-vous. — Très juste; mais enfin supposez que par un certain moyen nous puissions arriver à couler du métal dans le moule sans faire fondre la cire... admettez cela. Eh bien! alors, en retirant le métal du moule, vous aurez une reproduction exacte du bois gravé, ayant les creux et les reliefs disposés de la même manière, en un mot absolument semblable, sauf la matière, qui est plus résistante. Or ce moyen de mouler du métal dans l'empreinte sans faire fondre la cire, il existe; c'est une découverte toute moderne, et bientôt j'essayerai de vous en donner une idée.
L'ouvrier clicheur a d'abord coulé dans une petite cuvette de plomb très peu profonde une plaque de cire assez mince, à peu près de la grandeur du bois; et tandis que cette cire est encore molle, il va la presser sur la surface gravée. Mais la main ne pourrait produire une pression ni assez forte ni assez égale. Le mouleur emploie donc une presse d'une forme toute particulière, et qu'il serait inutile de décrire en détail. La platine de cette sorte de presse est solidement fixée; et c'est le marbre qui peut s'élever et s'abaisser à volonté. Sur ce marbre l'ouvrier a d'abord disposé le bois gravé, maintenu par une sorte de cadre; dessus, il dispose la plaque de cire. Puis, en tournant une roue, il fait monter lentement et doucement le marbre. Le bois et la cire, pris entre la platine fixe et le marbre qui se soulève, sont fortement et très également pressés. Le mouleur desserre sa presse, retire la cire, en détache le bois. — Une observation cependant : si le mouleur avait pressé, sans autre précaution, la cire sur le bois, cette cire se serait collée au bois, et il n'eût pu les séparer. Pour éviter cet inconvénient, l'ouvrier a soin
de saupoudrer sa plaque de cire molle, à l'aide d'un pinceau très doux, d'une substance qu'on nomme plombagine — et que vous connaissez bien, car c'est la mine de plomb avec laquelle on fait les crayons. La surface de la cire devient ainsi lisse et luisante, et ne peut plus adhérer au bois. Ce n'est pas tout encore : lorsque le moule est séparé du bois, on le frotte de nouveau de plombagine, à l'aide d'une brosse douce, en