LE CALUMET DE LA PAIX
I L existait jadis de nombreuses tribus de Peaux-Rouges professant des croyances qui nous semblent aujourd’hui extraordinaires. En réalité^ ces croyances n’étaient pas aussi extraordinaires que nous le pensons. Aussi nombreuses et aussi différentes que fussent ces peuplades, ayant chacune leur nom, elles avaient toutes une foi commune. Elles confessaient qu’elles avaient été créées par un Esprit Souverain, l’Esprit de Vie, ou, comme elles l’appelaient: Manito le Tout-Puissant. Elles lui obéissaient en toutes choses.
Bien longtemps avant la naissance d’Hiawatha, toutes ces tribus vivaient dans les provinces de l’Amérique du Nord. Les unes habitaient auprès des rivières, les autres dans les prairies. Elles s’appelaient Mohawks, Choctaws, Dacotahs, Ojibways, etc... etc.
Comme une mère veille sur ses enfants, se mêlant à leurs bavardages et à leurs jeux, Manito, qui habitait sur une haute montagne dominant la prairie, veillait sur les tribus. Il les
HISTOIRE d’un PEAU-ROUGE
voyait s’amuser entre elles, puis, comme il arrive souvent aux tout petits, se quereller. D’abord, c’étaient de simples brouilles de rien du tout, puis avec le temps ces brouilles tournaient en disputes, et ces disputes en batailles. Un jour vint même où ce fut la guerre continuelle entre ces peuplades et naturellement les plus faibles furent vaincus par les plus forts. Les vainqueurs célébraient leur victoire par des chants et des fêtes et après avoir ainsi marqué leur triomphe, enivrés par lui, ils allaient attaquer d’autres tribus. Les choses en arrivèrent même à ce point qu’il y eut une époque où il y avait toujours quelque part, chez les Peaux-Rouges, la guerre.
Les peuplades vaincues vinrent trouver Manito et prièrent le grand Dieu de les aider à se venger de leurs ennemis. Mais Manito n’écouta pas leurs demandes, il veilla seulement sur ces malheureux, espérant que cette dure leçon pourrait leur servir. Cependant, quand il s’aperçut qu’il n’en était rien, il descendit de sa montagne, prit un peu d’argile rouge dans une carrière et, cueillant un roseau sur le bord du fleuve, fit avec ces choses un calumet de la paix. Puis il remonta sur sa montagne et alluma cette pipe. Et la fumée inonda la vallée et les forêts. C’était le signe qui révélait aux tribus que Manito les convoquait pour leur parler.
« Le Grand Manito nous appelle ! » dirent-elles.
Et elles obéirent. Elles se rendirent alors tout de suite à son ordre, en armes; elles se présentèrent devant le Tout-Puis-